‹ Actualites scientifiques (volume 2)Chapitre 67 sur 105 · LA VERTE · texte numérisé non relu

LA VERTE

résinifîées, soit des résines frauduleusement ajoutées en plus grande quantité dans le but d'obtenir le trouble recherché par le consommateur quand il ajoute de Teau au spiritueux.

Toutes ces essences, toutes ces drogues, notons-le bien, ont chacune son effet spécial sur l'organisme humain : les unes sont stupéfiantes, d'autres soporifiques, d'autres épileptisantes. Le buveur qui avale une absinthe de mauvaise ([ualité, une véritable « verte », bien nuageuse, bien compacte, une « purée », comme le dit l'argot, se conduit comme si, entré chez un pharmacien, il mélangeait, au hasard, le contenu de plusieurs flacons et absorbait le résultat de l'opération. 11 est évident qu'une pareille dégustation ne peut conduire qu'au délire et à la folie.

Ajoutons que, pour « corser » l'absinthe de mauvaise qualité, les spécialistes n'ont garde de dissoudre leur essence dans de l'alcool de vin : cela aurait de la fadeur. Ils se servent «d'alcoold'industrie» etrecherchentceuxquiont été l'objet d'une rectification imparfaite. De la sorte, il y a tout d'abord, dans la future liqueur, des aldéhydes, du furfurol, des éthers. de l'acétone, dont le goût est, paraît-il, extrêmement agréable aux consommateurs spéciaux : il est même probable qu'ils trouveraient singulièrement plate et sans aucune saveur de la liqueur d'absinthe correctement fabriquée avec de l'alcool pur vin.

MM. Sanglé-Ferrière et Guniasse signalent aussi la préparation dangereuse de l'absinthe, surtout dans les grands centres, par addition directe d'une quantité déterminée d'essences à l'alcool. Ce procédé expéditif et rémunérateur permet d'écouler les mauvais alcools, ou ceux qui ont échappé à la vigilance de la régie. Une loi du 26 mars 1872 interdit la mise en vente de ces extraits : mais il ne paraît guère qu'elle soit appliquée et sa non-application est certainement un des motifs de la propagation de «l'absinthisme».

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Qtid c^l le tentièâe géftéfal à ce mal, ncms (temanderat-ôn ? Certes, îl n'est pomt facile de Thidiquer, parce qu'en somme on a le droit personnel de s'empoisonner légalement en faisant abus de liqueurs. Cependant, en mettant hiett le danger en étîdence, en affirmant aux consommateurs, Fanalyse chimique et physiologique en main, qu'ils rainent lenr santé et qu'ils se galvaudent en buvant de la « verte », on pourra sans doute arracher de nombreuses victimes à la falie et à la mort qui les guettent ; et ce sera, fotit au moins, autant de gagné.

VÉGÉTARISME ET VÉGÉTARIENS

Il y a quelque temps que Ton n*a plus entendu parler des végétariens, c'est-à-dire des braves gens qui, animés d'une conviction profonde, éliminent systématiquement, en tout ou partie, la viande de leur alimentation.

Ce sérail cependant une erreur de croire que les adeptes de ce système ont disparu. Ils sont, au contraire, fort nombreux, et principalement à l'étranger, organisés en sociétés qui font une active propagande en faveur des légumes et qui prêchent d'exemple.

Avant de les passer en revue, rappelons tout d'abord le principe de leur théorie.

Les végétariens, parmi les précurseurs et les propagateurs scientifiques desquels on doit citer : MM. Fick Mislicenus, Laulanié, Rlibner, Gautrelet, Chauveau, le docleur Jules Grand, G. de Fontenay, Roux, de Villeneuve, et bien d'autres, partent du programme suivant tracé par Bunge.

Les aliments peuvent se classer en trois catégories: i** ceux qui servent à réparer les tissus et à produire de l'énergie ; 2° ceux qui constituent uniquement une source d'énergie (l'alcool est de ceux-là) ; 3^ ceux dont la fonction est de remplacer les éléments disparus sans produire aucune énergie, tout au moins par eux-mêmes et directement.

Les matières albuminoïdes et les graisses appartiennent

à la première catégorie ; les hydrates de carbone, amidon et sucre, à la deuxième ; enfin, Teau et les sels inorganiques à la troisième.

Donc, disent les végétariens, toute l'albumine de la ration alimentaire humaine peut être fournie par le pain, le lait et les dérivés ; Tamidon sera fourni par les farineux, le pain, les pommes de terre, les châtaignes, les légumes secs, le riz et les céréales ; le sucre sera pris surtout dans les fruits, et accessoirement dans quelques légumes, par exemple dans les carottes ; quant à la graisse, elle entrera dans l'alimentation sous forme de beurre, d'huile et de crème. Enfin, les sels et l'eau proviendront des légumes frais, surtout herbacés, des fruits, du lait, des œufs et des farineux.

Ce régime végétarien est évidemment parfaitement admissible. D'ailleurs, les animaux herbivores se font de la chair et du sang avec le régime végétarien que leur a imposé la nature. Reste à savoir, en dehors de l'homme qui est un consommateur mixte, ce qu'il adviendrait des animaux carnivores proprement dits si on les soumettait à un régime végétarien strict ? Il y a là une grosse objection, car il paraît probable qu'ils ne pourraient pas le supporter ni même le tolérer.

En ce qui concerne l'homme, l'être humain, sa qualité de consommateur mixte, ainsi que nous venons de le dire, lui permet d'opter, dans certains cas, entre les deux régimes et d'être purement végétarien. C'est un régime de sobriété dont on ne peut que faire Téloge, mais il est évident que la grande majorité des tempéraments humains ne s'y prêterait pas. En effet, l'assimilation est très différente d'un homme à l'autre ; de plus, les grands efforts physiques exigent une alimentation rapide, condensée, surchauffée, que l'alimentation animale peut seul fournir.

On ne peut donc établir une méthode absolue de végé-

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tarisme, tout en constatant que le régime végétarien est dans bien des cas praticable et logique. Il paraît excellent et cela lui vaudra des sympathies, pour lutter, avec la modération voulue, contre la fâcheuse maladie que Ton nomme le diabète.

Toujours est-il que le « mouvement végétarien » a une réelle importance actuellement et qu'il est même beaucoup plus grand qu'on ne le croit communément. Il y a des sociétés végétariennes, avec des Revues spéciales, des réunions, des Congrès, qui prouvent un véritable esprit d'association, en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en Hollande, et, bien entendu, aux États-Unis. Il y en a même en Australie et aux Indes.

En France, il y a une Société végétarienne, créée en 1899, et qui réunit un nombre respectable de membres.

La pratique du végétarisme en Allemagne est très accessible aux populations urbaines, car près de soixante-dix hôtels ou restaurants végétariens y sont en fonctionnement.

En Angleterre, les restaurants végétariens sont extrêmement nombreux et Ton y voit deux grands hôpitaux dans lesquels le régime le plus strictement végétarien est observé.

La Société végétarienne a créé un restaurant spécial à Copenhague. Elle a eu, en même temps, Tidée de propagande philanthropique d'établir deux « sanatoria » végétariens, l'un dans le Jutland, l'autre proche de Copenhague. Il paraît certain que les gens dont la santé aura été rétablie dans un sanatorium dé ce genre deviendront les propagateurs de la thèse alimentaire en question : la reconnaissance végétarienne de l'estomac leur en fait un devoir.

Aux États-Unis, presque toutes les grandes villes, nous l'avons dit, ont des restaurants végétariens qui sont en prospérité.

Il convient de noter que les efforts de propagande des végétariens ont à porter principalement sur les villes. Dans les campagnes on est le plus souvent, qu'on le veuille ou non, forcément végétarien, et la bonne santé des cultivateurs démontre que le régime est très bon.

Pour les citadins, il y a un moyen assez aisé de pratiquer, par le fait, le végétarisme avec quelques concessions : c'est lorsqu'ils vivent en famille, de manger le traditionnel potau-feu en ayant soin d'y incorporer beaucoup de légumes. Mais, il faut le constater, à regret, un peu d'orgueil écarte beaucoup de gens de la formule « la soupe et le bœuf » : on trouve ce menu peu distingué. Il constitue cependant une bienfaisante formule transactionnelle.

Signalons, à cette occasion, combien il est erroné de dire, ainsi que Ton a eu le tort de le faire, que « l'alcool est un aliment », du moins un aliment complet. Les recherches scientifiques consciencieuses et loyales des végétariens ont démontré, tout d'abord, le contraire. Cet hydrocarbure, à petite dose, producteur d'énergie momentanée, peut jouer un rôle dans Talimentation ; mais ce n'est point un réparateur des tissus, ce n'est point un reconstituant des éléments disparus de l'organisme : il ne saurait fournir l'alimentation complète, même pendant une courte période : l'amidon et le sucre sont là, dans sa propre famille chimique, pour jouer un rôle bien autrement bienfaisant et, qualité précieuse, sans danger, même en cas d'abus.

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