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CONSERVATION A OUTRANCE

La conservation des matières élémentaires, au moyen des antiseptiques, est une chose certainement utile au double point de vue de l'économie et de Thygiène, lorsqu'elle est pratiquée d'une façon logique et discrète. C'est ce qui lui a valu une grande faveur.

Mais l'emploi des antiseptiques devient — il faut trancher le mot, — un danger, dès lors que l'on augmente inconsidérément la dose, et ce danger mérite d'attirer l'attention générale.

Un Maître Ta, d'ailleurs, mis en évidence récemment au Congrès de médecine qui s'est tenu à Madrid ; nous n'aurons qu'à donner le nom de ce savant pour montrer tout l'intérêt qui s'attache à la chose : c'est le professeur Brouardel.

On avait inscrit dans le programme du Congrès la question suivante : « L'adjonction d'antiseptiques aux substances aUmentaîres constitue-telle une falsification? »

Le professeur Brouardel n'hésite pas à répondre : oui. Et il motive, comme on peut le penser, cette affirmation.

On se trouve inquiet, tout d'abord, lorsque l'on considère seulement la liste des principales substances antiseptiques et de produits chimiques variés qui sont usuels dans la redoutable antisepsie des aliments, dans leur conservation à outrancci

Le vin reçoit du plâtre à forte dose, des sulfites, et des bisulfites. Le même vin, le cidre, la bière, les sirops, le lait, le beurre, les confitures, sont traités par Tacide salicylique et le salicylale de sonde.

Les viandes, les poissons, le beurre, sont conservés par l'acide borique et le borax.

Le vermouth, le lait, le beurre, sont volontiers additionnés de fluorure, de fluosilicates, et de fluoborates.

Le lait (toujours le lait), les sirops reçoivent du formol.

Les viandes sont fortement saupoudrées de sels de soude et de potasse, sel Montégut, lessive de potasse, hypochlorite de soude, ou liqueur de Labarraque.

Ainsi que le dit le professeur Brouardel, ce ne sont encore là que les principales substances chimiques employées. Cela donne fort à penser.

Examinons les diverses objections qu'il convient d'opposer au libre usage, ou plutôt, au licencieux usage des drogues conservatrices d'aliments dont nous venons de parler.

En premier lieu, ainsi que l'a indiqué M. Brouardel, on est généralement en droit de penser que si le vendeur a éprouvé le besoin d'antiseptiser Taliment, c'est qu'il y avait déjà constaté un début de fermentation, ou de putréfaction, qui lui enlevait une partie de sa valeur marchande. C'est donc un « repêchage » tout à fait fâcheux pour le consommateur.

Mais, disent les « antiseptiseurs », la dose employée est trop petite pour être nuisible. Qu'en savent-ils? Comment ont-ils expérimenté leurs drogues ?

La fermentation retardée ne paraît point commerciale. A tant faire que de maîtriser les germes et les microbes, on ne résiste guère au désir de les « stopper », comme dit le terme d'argot moderne. Il en résulte que les matières alimentaires chimiquement réduites à l'impassibilité ne

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