‹ Actualites scientifiques (volume 2)Chapitre 72 sur 105 · CONSERVATION A OUTRANCE · texte numérisé non relu

CONSERVATION A OUTRANCE

sont évidemment plus digestibles. Autant vaudrait livrer à la consommation des tranches de momies d'Egypte extraites de leurs sarcophages.

En second lieu, on a pu remarquer dans l'énumération des substances chimiques antiseptiques que nous avons donnée la tendance évidente qu'elles doivent avoir à réagir les unes sur les autres. Si donc vous absorbez simultanément, dans un même repas, du sulfate de chaux, de Tacide borique, des fluorures, des sulfites, de la lessive de potasse et de la liqueur de Labarraque, vous avez fait de votre estomac un véritable laboratoire dans lequel peuvent se former du sulfate de potasse, de Thypochlorite de chaux, du borate de soude, et autres composés secondaires qui sont suivant l'expression médicale « contre-indiqués » pour une bonne digestion.

Quelques-uns constituent des remèdes pharmaceutiques qu'il est inutile d'absorber lorsque Ton n*a pas la malchance d'avoir la maladie pour le traitement de laquelle ils devraient être prescrits. On rencontre encore assez souvent des gens bien constitués et de bon estomac qui vous disent : « Moi, j'ai horreur des remèdes et je n'en ai pas besoin : je préfère aller chez le boucher plutôt que chez le pharmacien. » Naïfs clients du boucher! On leur a fait ingurgiter de l'acide salicylique dans leur vin et dans leur lait, manger du poisson au borax ; on a mis de la saccharine dans leurs confitures, de l'hypochlorite de soude dans leur viande, et des fluorures dans leur vermouth. Il faudra bien qu'ils aillent finalement chez le pharmacien pour corriger tout cela, lorsque leur organisme détraqué sera convaincu d'être atteint de névrose et de neurasthénie.

Voilà, en vérité, un bien sombre tableau. Ne peut-il s'éclairer de quelque lueur consolatrice?

Le Congrès de médecine légale de 1900 nous l'a fait espérer.

au ACTUALITÉS SCIENTIF^IQUES

Il a émis le vœu que l'emploi du borax, de Vacide salicylique, du formol, et de la sacchariae, soit interdit dans les matières alimentaires.

Au Congrès d'hygiène, en 1900 encore, M. Bordas, allant plus loin, faisait adopter le vœu que « l'emploi de tout antiseptique fût interdit pour la conservation des aliments et des boissons ».

Supposons le problème résolu, comme disent les mathématiciens, c'est-à-dire l'interdiction de Temploi des antiseptiques proclamée et appliquée par la jurisprudence. Quelle pourra être la sanction ?

Ce n'est évidemment pas le consommateur qui pourra rechercher lui-même si les aliments dont il fait usage contiennent des produits chimiques. Il conviendrait que des échantillons prélevés dans les diverses productions ou fabrications fussent analysés et que l'adjonction d'antiseptiques aux substances alimentaires soit, ainsi que le demande le professeur Brouardel, traitée comme une falsification.

Certes, dans quelques cas, cela gênera les marchés ; mais l'hygiène et la santé y trouveront leur compte. De nos jours^ Vatel, le maître-d'hôtel héroïque dans son genre, ne se fût point percé de son épée parce que la marée avait manqué à ses cuisiniers : il se serait, en effet, prémuni de poissons convenablement saupoudrés d'antiseptiques. Mais les convives eussent peut-être contracté, suivant la dose, des constipations opiniâtres ou de lamentables coliques. Est-ce là un véritable progrès ? Nous ne le pensons pas : les promoteurs des antiseptiques devront nous permettre de partager le scepticisme du professeur Brouardel.

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