‹ Actualites scientifiques (volume 2)Chapitre 74 sur 105 · CONDIMENTS · texte numérisé non relu

CONDIMENTS

d'oignons, d'ail, de gingembre vert, de raisins secs, de graine de moutarde, de sel, de poivre, avec force vinaigre et... beaucoup de sucre. On se demande comment les flacons contenant cela ne font pas explosion.

Le « curry » ! Terrible curry ! On le vend en poudre sèche composée de : anis, piment, cardamone, clous de girofle, maïs, muscade, cannelle, coriandre, grains de cumin, poivre noir, moutarde, chillies, tamerie, ail, oignon, gingembre, pavot, amandes, noix de coco, beurre, sel, tamarin, jus de tilleul, et mango. Cela est, comme on le voit, très aisé à préparer, et quand on a de cette poudre là dans sa tabatière, on peut dire qu'il ne faut que le vouloir pour relever sa cuisine.

Les « confitures indiennes », au sucre, au poivre et au vinaigre, portent les noms de ri pâtes au curry », « pâtes de milligatawny », « saumures indiennes ». En se faisant solidement attacher sur une chaise de salle à manger on peut arriver à en absorber une assez grande quantité.

Comme curiosité gastronomique de ce genre, nous avons vu, à l'Exposition universelle de 1900, des « chiles », fort agréables . C'étaient des piments farcis au foie gras, innocents, appétissants au possible. Mais lorsqu'on y goûtait!... Du feu grégeois! Des étoupilles ! Le « curry indien » semblait de la racine de guimauve en comparaison.

Arrêtons-nous ici ! On pourra juger, par cet aperçu, de Ténergie accumulée par les fabricants anglais dans les condiments « retour des Indes ».

Venons aux fabricants américains des États-Unis. Ils occupent brillamment le second rang dans cette industrie : bientôt, peut-être, ils occuperont le premier rang.

Leurs produits sont un peu plus modérés, un peu moins fulgurantf un peu moins hybrides que ceux de leurs concurrents. Néanmoins, le sucre, le sel, la moutarde, le poivre et les épices étranges s'y mélangent pour former

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les sauces cruelles dans lesquelles nagent les légumes pantelants. Ils étudient avec une froide précision ces mélanges variés, dans des laboratoires spécialement outillés, avec toutes sortes de procédés scientifiques. De cette façon, on peut contracter la gastro-entérite au degré que Ton désire, et même s'entraîner de façon à pouvoir goûter à des flacons qui, dans une première séance, vous auraient fait sauter les dents hors de la bouche.

Des montagnes de ces flacons sortent à jet continu des usines américaines et Ton en consomme beaucoup aux États-Unis. Mais, Texcédent tend à se déverser sur TEurope à la façon du gulf-stream, et se présente à nous sous les formes coloriées et alléchantes que nous avons décrites tout d'abord. Il faut constater que ces terribles fabrications américaines sont irréprochables dans leur genre.

Peut-être, afin de ne pas contrarier de si grands efforts, pourrons-nous, dans l'avenir, trouver un terrain de conciliation. Voici comment on peut le concevoir :

Dans la salle à manger, il y aurait deux tables. L'une garnie de conserves fulminantes, de flacons bariolés, avec des accessoires de théâtre, poulets en carton, homards à l'américaine en stuc, fruits en paraffine de pétrole : on la regarderait. L'autre serait garnie des produits de notre modeste et assimilable cuisine française : on s'y assoierait pour manger. Le présent et le passé se donneraient ainsi la main, et l'on ménagerait l'avenir, évidemment compromis, de nos estomacs.

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