‹ Actualites scientifiques (volume 2)Chapitre 82 sur 105 · TOUT CE QUI BRILLE NTST PAS OR · texte numérisé non relu

TOUT CE QUI BRILLE NTST PAS OR

Lies philosophes et les psychologues sont d'accord pour nous avertir que tout ce qui brille n'est pas or, et ils ne manquent pas de renouveler cet avertissement le plus souvent possible : cela n'empêche pas de nombreux imprudents d'aller se faire prendre au miroir aux alouettes.

S'il ne s'agissait encore que des désillusions morales, on pourrait en prendre son parti : mais il y a aussi les désillusions matérielles, vers lesquelles se précipitent les ignorants et les imprudents. Il convient de les faire réfléchir sur ce sujet en leur contant non pas des apologues, mais des histoires plus frappantes encore naalgré le charme traditionnel (Je l'apologue.

En voici une toute récente :

Une famille de Russes très pauvres habitait Tomsk, en Sibérie, dans les froides contrées qui faisaient déjà„ de son temps, frissonner le poète Ovide : Sine fruge^ sine arbore fellus.

Un beau jour (nous verrons qu'il ne fut pas si beau que cela), le père de famille, le paterfamilias delà petite tribu, en grattant le sol ingrat, crut bien avoir trouvé du minerai d'or. Il y a, en effet, du minerai d'or en Sibérie : le difficile est de le découvrir et de l'extraire. Aussi quel rêve d'en trouver presque au ras du sol, à flanc de coteau !

l.es pauvres gens en tirèrent de quoi remplir une petite

voiture à bras. Puis, tout le monde s'attela après le véhicule, les uns traînant, les autres poussant, et en route pour Saint-Pétersbourg ! C'est là que Ton pourrait faire évaluer le trésor et le vendre. Il n'y avait pour cela que 5. loo kilomètres à parcourir, six mois de voyage seulement, à pied, en tirant dans la bricole. Mais, est-ce là une distance, estce là un insupportable effort à supporter pour des gens qui traînent la Fortune, avec l'Espérance poussant à la roue pour les encourager ?

Les Sibériens parvinrent à Saint-Pétersbourg jusqu'à la porte de la Monnaie, à la forteresse de Saint-Pierre et Saint-Paul. On ne nous dit pas comment ils vécurent en route : ce fut sans grand luxe, on peut le penser. Mais enfin, ils vécurent, ce qui est l'essentiel. La voiture à bras, chargée de l'or mystérieux, leur donnait un certain crédit pendant le voyage et une considération spéciale : la maréchaussée veillait sur eux avec bienveillance.

A la Monnaie de Saint-Pétersbourg, les chimistes, avec toutes les précautions possibles, analysèrent quelques échantillons de la cargaison roulante : c'étaient des pyrites de cuivre, sans aucune valeur. Épouvantable désillusion pour les pauvres diables I

Vous allez dire qu'il faut arriver du fond le plus inhabitable de la Sibérie pour traîner avec soi des illusions pareilles dans une voiture à bras. Quelle erreur! Cela se produit constamment dans les pays les plus civilisés ; nos savants, notamment le savant maître Stanislas Meunier, du Muséum d'histoire naturelle, en savent quelque chose.

Un homme pressé et empressé se présente souvent à la porte de leur laboratoire. Avec toutes sortes de précautions, oratoires et autres, il leur montre une pépite qu'il a trouvée dans son champ de Normandie, de Picardie ou de Champagne. Il la tire avec soin du papier de soie qui l'en-

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