TOUT CE QUI BRILLE N'EST PAS OR
veloppe, il la tourne et la retourne, sous les yeux du savant sceptique avec des soins attendris.
C'est de la simple pyrite, dit le savant ! Ne vous leurrez point 1 Ne vous forgez pas des espérances sans motif I
Et il démontre son erreur au pauvre homme, en lui parlant de géologie, de chimie, de densité, de dureté. Il lui propose d'analyser un petit morceau de la pyrite sans qu'il ait à délier les cordons de sa bourse.
En thèse générale, le pauvre homme, propriétaire du trésor, s'irrite, se fâche, enveloppe soigneusement son trésor, et s'enfuit avec, en faisant claquer la porte. « Elle ne sortira pas de la famille ! », dit-il. Expression comique et touchante à la fois. Puisse-t-elle ne jamais sortir de la famille de cet aveugle obstiné, la pyrite qui fut pépite en espérance !
Il y a, à la vérité scientifique, de la pyrite aurifère dans les Monts Ourals, au Brésil, dans le Piémont. Mais le jeu, comme on dit, n'en vaut pas la chandelle : le traitement du minerai coûte infiniment plus cher que ne vaut le métal précieux que l'on en tire en très faible proportion.
Un des minéraux les plus astucieux, dans l'ordre des pyrites, consiste en ces curieuses boules que Ton rencontre assez fréquemment, avec les silex, dans les terrains crétacés, c'est-à-dire dans la craie. Les chimistes nous ont démontré, l'analyse en main, que, d'après leur composition, il s'agit tout simplement de sulfure de fer. Mais leur forme, leur structure radiée, leur éclat lorsqu'on les brise, ne manquent pas de faire penser à beaucoup de gens qu'il y a de l'or dans leur composition. Dans tous les pays du monde, pour se donner une explication plausible de leur présence, sur laquelle, d'ailleurs, les géologues ne sont pas d'accord, on les nomme « pierres de foudre » et Ton pense volontiers qu'elles sont tout bonnement tombées du ciel.
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Certes, il y a des pierres qui tombent du ciel sur la terre : ce sont les « aérolithes » dont le Muséum contient une fort beJle collection. Il entre, dans leur compositioû sulfurée, du nickel, du chrome, du manganèse, du cobalt, de la magnésie, de la chaux, de Talumine, tout ce que Ton voudra ; mais on n'y trouvera point d'or, et Taérolithe qui vous tomberait sur la tète serait plutôt une simple tuile qu'un trésor.
Lorsque la Terre se désagrégera, dans quelque cataclysme que Ton suppose possible, plutôt bien entendu qu'on ne le souhaite, nous enverrons peut-être, à notre tour, des aérolithes aux astres voisins qui bourlinguent à un respectable éloignement de nous dans Tespace. Mais, nous ne leur enverrons pas plus de pépites d'or que nous n'en avons reçu, et il faut convenir que ce sera par une réciprocité fort équitable. Il restera à nos parents éloignés, les planétaires, la ressource de supposer qu'il y avait énormément d'or dans nos débris et l'on peut les en approuver en songeant qu'ils n'ont peut-être pas été mis suffisamment au courant des divers budgets des populations terrestres ; cela est, d'ailleurs, bien excusable lorsque l'on songe à la distance et à la lenteur des communications, surtout dans ce cas tout à fait spécial.
LHYPERMICROBISME
On n'en aura donc jamais fini avec ces satanés microbes !
Nos lecteurs pousseront avec nous ce cri de découragement, sinon d'alarme, en apprenant les curieuses révélations ultra-microscopiques que viennent de nous faire MM. A. Cotton, professeur suppléant à TÉcole Normale supérieure, et H. Mouton, attaché à Tlnstitut Pasteur, sur les travaux de deux physiciens allemands, MM. Siedentopf et Zaigmondy.
Ces savants, avec une ingéniosité remarquable, , ont reculé les limites du microscope et fait apercevoir à nos yeux étonnés les régions ultra-microscopiques.
Est-ce le nec plus ultra ? On ne peut encore Taffirmer dans Tétat actuel de la Science. Mais c'est bien ce que Proudhon eut classé dans Tordre « ultra-expérimental ».
Voici, en somme, de quel principe simple sont partis MM. Siedentopf et Zaigmondy pour remiser le vieux microscope des anciens.
Pourquoi ne voyons-nous les étoiles, à Toeil nu, que pendant la nuit ?
C'est parce qu'elles s'effacent, pendant le jour, sur le fond lumineux provenant de l'atmosphère éclairée.
Eclairez furieusement le ciel, le fond restera de teinte unie, mais vous verrez irente-six mille chandelles qui
seront les points lumineux saillants, les étoiles, et cela à midi un quart en plein midi.
Un petit objet opaque, très vivement éclairé, diffuse, en effet, ou plutôt, diffracte de la lumière dans tous les sens ; il se comporte, à peu près, comme une source lumineuse.
C'est ainsi que, dans un rayon de soleil pénétrant tout raide parla fenêtre d'une chambre obscure, nous voyons, à l'œil nu, la danse extraordinaire et suggestive des pous~ sières, des infiniment petits.
En concentrant ce faisceau de lumière, de manière à éclairer plus vivement encore ces voltigeurs de l'espace, on augmente l'intensité des rayons qu'ils émettent à leur tour dans les diverses directions, et les infiniment petits de deuxième ordre deviennent visibles. S'ils pouvaient parler, ils diraient comme VHernani de Victor Hugo : <( J'illumine à mon tour I »
Tel est le principe physique pressenti par un savant nommé Gouy, et auquel MM. Siedentopf et Zaigmondy viennent de donner la consécration de la pratique microscopique pour éclairer leurs « préparations ».
Sur les très petites particules à mettre en évidence, ils concentrent un faisceau intense de rayons solaires, de telle façon qu'aucun des rayons du faisceau éclairant ne pénètre dans le microscope destiné à l'observation. De plus, ils font en sorte de n'éclairer qu'un nombre suffisamment faible de ces petites particules, celles qui les intéressent.
Ce programme est réalisé pratiquement au moyen d'un appareil dans lequel on éclaire vivement une fente ; ensuite, on produit, à l'aide d'une sorle de « microscope à projection » retourné, une image considérablement réduite dans le milieu à étudier, limité par une face plane et polie. Au voisinage de cette image, le faisceau a une profondeur très faible ; on n'éclaire donc, dans cette région, qu'une
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tranche extrêmement mince du « milieu » à étudier, et c'est sur cette région que Ton « met au point » le « microscope d observation ».
Voilà le « processus » de « Tultra-microscope » trouvé.
11 n'est point banal ; car MM. Siedentopf et Zaigmondy ont pu mettre ainsi en évidence des particules de « un deux cent millième de millimètre » comme dimensions. Ces savants ne pensent pas pouvoir aller plus loin pour le moment, mais cela est déjà fort joli.
Qu'est-ce que les physiciens étudient et vont étudier avec ce syslème ultra-microscopique ?
D'abord, toutes sortes de liquides et de sels chimiques en dissolution ; puis, des émulsions dites « sans grains », (parce que Ton ne voyait pas les grains, notamment celles au moyen desquelles Téminent Lippmann a presque résolu le problème de la photographie des couleurs).
Mais c'est surtout en matière de microbes qu'ils nous en feront voir de belles I
On connaissait bien les bons gros microbes de toutes sortes de fièvres, les microbes massifs que Ton pêche au microscope de l'ancien modèle comme on pêche des goujons dans la rivière. On les a accablés d'accusations et de justes récriminations.
Or, ces gros microbes, d'après ce que nous apprend l'ultra-microscope, n'étaient que les complices des « microbes invisibles » que l'on pourra désormais observer tout à loisir. Ils n'intervenaient, ils n'interviennent dans quelque pauvre carcasse atteinte de tuberculose, de typhus, ou de péripneumonie, que lorsque d'autres microbes bien plus petits ont empoisonné et préparé l'organisme pour sa destruction.
Dans une certaine mesure, en s'adressant aux gros microbes, aux gros bacilles, pour lutter contre l'infection, on s'attaquait déjà à « l'effet » : l'ultra-microscopisme per-
mettra de s'attaquer à la cause, ou du moins de s'en rapprocher davantage, ce qui est une évidente condition de succès.
MM. Gotton et Mouton font justement remarquer, à ce sujet, que la forme des microbes est dans l'état actuel de laScience — avant Tultra-microscope — leur caractère microscopique le plus net. On aperçoit des petits serpents, des bâtonnets, des cellules poilues.
Pour reconnaître les redoutables microbes du deuxième ordre, les anciens « invisibles », les mortels assaillants, il faudra s'en référer à d'autres caractères, la mobilité propre, le tactisme, l'agglutination. La Science va d'ua coup parcourir une nouvelle étape.
Est-ce à dire que Ton atteindra ainsi jusqu'à la causede destruction ?
On ne peut le penser. Il suffit, nous le répétons, de constater que Ton s'en rapprochera et cela est déjà quelque chose. Virons au cabestan symbolique 1 La chaîne de l'ancre est longue : solidement mouillé sur <îlle, le grand navire qui porte l'Humanité est retenu immobile, pour longtemps encore, pour toujours peut-être, sur les profondeurs insondables de l'Inconnu 1