‹ Actualites scientifiques (volume 2)Chapitre 84 sur 105 · MÉDAILLES · texte numérisé non relu

MÉDAILLES

Si quelque cataclysme géologique, provenant des taches du Soleil ou de toute autre cause, venait à retourner la partie d'écorce terrestre que nous habitons, ce serait bien fâcheux pour nous; mais quelle joie ce serait pour les archéologues et les numismates d*un avenir éloigné! Il n*y aurait, en effet, qu'un coup de pioche à donner n'importe où pour y trouver des médailles et des plaquettes de toutes formes et de toutes dimensions.

Jamais temps ne fut plus fertile que le nôtre, sinon en miracles, du moins en médailles.

Nous sommes revenus, avec une véritable fougue, aux traditions de l'antiquité. Les artistes de la Grèce, les monnayeurs de Syracuse, d'Agrigente, de Tarente, d'Argos, de Corinthe et de Rhodes; les médailleurs de la Renaissance, ont des successeurs d'une fécondité extraordinaire. Tout le monde veut être médaillé, ou bien posséder un exemplaire de la médaille que possède son voisin, et l'on fait collection de médailles comme de timbresposte.

Il y a là de grandes indications psychologiques. La médaille est en effet une récompense enviée lorsqu'elle est délivrée à la suite de quelque acte méritoire ou de quelque Concours; déplus, c'est une récompense économique pour

ceux qui la décernent tout au moins. Après avoir rejeté l'idée onéreuse d'une récompense en argent comptant, après avoir refusé d'examiner le projet ruineux de décerner un objet d'art et après avoir bondi devant la proposition collectiviste d'un simple banquet avec discours prononcé par le délégué du Ministre, les gens chargés de décider sur la récompense votent sans hésiter l'attribution d'une médaille au lauréat. On en a de fort jolies à très bas prix, vu l'état de perfection mécanique auquel sont parvenus les artistes spéciaux; de plus, lorsque le nom du récompensé est gravé dessus, on peut être certain qu'il la recevra en l'inondant de larmes. Le mot de la terrible actrice Brohan s'applique merveilleusement à ce cas : « Cela fait tant de plaisir aux intéressés et cela coûte si peu de chose ! Comment auraiton le cœur de le leur refuser? »

Donc, une véritable nuée de médailles s'abat, bon an mal an, sur l'humanité laborieuse et méritante.

Sans parler des orphéons, des fanfares, et des harmonies, dont la bannière est garnie de tant de médailles que l'on ne voit plus l'étoffe, même en suspendant les médailles des deux côtés, les commandes d'Etat, suivant la belle expression d'un Rapport présenté récemment à la Commission du budget, « favorisent les tendances les plus pures et les plus nobles de l'Art ».

En 1902, le Ministère de l'agriculture commande et distribue 12.400 médailles, le Ministère du commerce, 47.400, et le Ministère des affaires étrangères, 2.5oo. Il ne faut pas, laissons -le remarquer, s'adresser au Ministère de la marine, lequel n'a commandé que 5oo médailles en 1902, ni surtout aux Ministères des travaux publics et des colonies, qui n'en ont commandé que 36o chacun.

Un simple calcul démontre que, dans ces conditions, une grande partie de la population serait médaillée dans quel-

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