MÉDAILLES
ques années. Mais ce délai sera encore abrégé par ce fait que le public peut acheter dans les magasins de vente officiels des médailles de toute sorte, pourvu que les auteurs des w coins » ayant servi à les frapper soient décédés, ce à quoi il se soumettent très volontiers.
Au point de vue artistique, en cette matière, nous avons accompli un progrès spécial sur l'antiquité. On ne met plus sur les médailles le portrait du héros du jour, ou du personnage célèbre, comme on le faisait jadis : « Le beau à son utilité! », dit cruellement à ce sujet le rapporteur de la Commission du budget.
On préfère de nos jours léguer à la postérité des allégories, des emblèmes, des fruits et légumes, chose dont elle ne saura sans doute que nous être reconnaissante. La plaquette, variété rectangulaire de la médaille, se conforme utilement à cette tendance. Il est infiniment préférable de contempler, dans un médaillier, un Génie ailé aux formes gracieuses, plutôt que le profit d'un haut fonctionnaire demeuré grincheux jusque par delà la mort, et, déplus, indélébile.
Les médailles n'ont fait qu'imiter en cela les monuments funèbres. Les indiscrétions de la photographie et de la photogravure ne permettent plus de « bluffer » la postérité en lui représentant, équestre, le podagre auquel on élève un monument. Alors on met le tout dans le monument excepté, le bonhomme ; quelquefois on en met le buste, tout petit dans un coin ou bien on le colle sur le socle du côté par lequel on ne peut pas tourner autour du monument. Mais, en thèse générale, le motif principal de la construction n'en est que l'accessoire et le grand homme a toujours l'air d'être sorti de chez lui lorsqu'on va lui rendre visite.
Déjà Théophile Gautier, dans ses admirables vers, avait pressenti que le buste et la médaille suffiraient amplement,
dans tous les cas, pour contenter la curiosité des généralions futures. Il dit en effet :
Tout passe, Fart robuste
Seul a rétemité,
Le buste
Sourit à la cité :
Et la médaille austère
Que trouve un laboureur
Sous terre
Révèle un empereur.
Les médailles actuelles auront l'avantage d'être moins austères que les anciennes et de ne révéler aucun empereur. Cela ne les empêchera pas d'être d'agréables témoignages de l'art, chose fort heureuse, empressons-nous de le répéter, si Ton considère l'engouement véritablement étonnant que le public a pour les médailles. Les médecins ne manqueront pas, un jour ou l'aulre, d'en faire une maladie spéciale sous le nom de « médaillomanie », au cours de laquelle ils constateront des accès de « plaquettite ». Peut-être en découvriront-ils le microbe et le sérum? On trouve chaque jour tant de choses curieuses de même genre. Mais, en attendant cette grande découverte, il y a encore de beaux jours pour les collectionneurs de médailles et aussi de belles émotions pour les lauréats, auxquels le président de la cérémonie des récompenses remet le précieux écrin en leur disant d'une voix caverneuse et suggestive :