LE VERRE ARMÉ
aptes à servir de matière première sont les verres alumineux; l'alumine retarde, en effet, la cristallisation, et elle augmente le coefficient de dilatation.
Quoi qu'il en soit, désormais, l'emploi du verre armé peut être considéré comme absolument pratique. On peut en citer aux États-Unis des exemples magistraux, par exemple la grande toiture de la gare de Philadelphie, longue de 3oo mètres et large de loo mètres, entièrement vitrée en verre armé. La grêle peut tomber dessus, un ouvrier imprudent peut s'y hasarder, tout accident grave est rendu impossible. Il convient de souhaiter que ce système se propage dans tous les pays.
Entre autres, nous en avons vu une intéressante application à un cas tout particulier. Les « hottes » des laboratoires de chimie du grand Laboratoire d'essais du Conservatoire des Arts et Métiers, récemment inauguré à Paris, au lieu d'être faites en plâtre suivant l'ancienne et traditionnelle formule, ont été faites en verre armé. Il en résulte que l'intérieur de ces hottes est parfaitement éclairé et même lumineux : le chimiste ne travaille plus dans des demi-ténèbres et n'est pas obligé d'allumer un bec de gaz en plein jour pour manier sans accident ses fourneaux et ses cornues.
Au point de vue de l'incendie, les Compagnies d'assurances américaine:^ ont si bien apprécié la résistance héroïque du verre armé qu'elles le conseillent et même parfois l'imposent à leurs assurés. Partout où les parties vitrées sont de grande étendue et placées à une grande hauteur, partout où la fréquentation du public ou d'un personnel nombreux est un peu importante, le verre armé est substitué au verre laminé. Il en est de même pour les planchers pour lesquels les dalles et carreaux armés donnent une sécurité complète en cas de surcharge accidentelle comme en cas de sinistre^
Une seule objection finale serait à faire et c'est celle-ci : le verre armé doit coûter très cher.
Pas du tout ! Son prix de revient et de vente est relativement peu élevé et lui permet parfaitement de se mettre en concurrence avec le verre ordinaire. Si on ne l'emploie pas davantage, malgré ses qualités, c'est, nous l'avons dit, qu'on ne le connaît pas, ou qu'on ne le connaît pas assez : à tout progrès, — et c'en est un bien réel, — il faut un certain temps pour se faire connaître et se répandre. Les habitudes, la routine sont pour les usages une armature qui rend fort difficile de les entamer ; mais, dès lors que l'exemple est donné, la vulgarisation se fait vite; il appartient à nos architectes et à nos entrepreneurs de donner cet exemple en ce qui concerne le verre armé ; ils s'en trouveront bien.