LE CIMENT ARMÉ
Sous le nom belliqueux de « ciment armé » se groupent tous les ouvrages de construction pacifique dans lesquels on noie une carcasse, un squelette métallique, au sein d'une masse de mortier, ou, de béton de ciment. On fait ainsi des constructions, ou des matériaux de construction, économiques dans bien des cas, et d'une résistance calculée, « loués par ceux-ci, blâmés par ceux-là », comme le dit la formule bien connue de Beaumarchais. Que fautil en penser ?
Deux mots d'historique tout d'abord.
Le ciment armé fît son apparition à l'Exposition universelle de i855, et cela, sous la forme originale d'un navire construit par Lambot. Il est à penser que ce précurseur ne songeait pas à la possibilité de construire des flottes avec ce genre de matériaux : sa conception se rapprochait davantage de l'emploi du carton-pâte. Toujours est-il que le bateau de Lambot cimenta à l'origine l'alliance entre le fer et le ciment.
Ensuite, François Coignet en proposa l'application, qui est devenue fréquente, à la construction des planchers, des voûtes, et des tuyaux.
Joseph Monier, en i865, en fit breveter l'emploi pour des « caisses et bassins mobiles en fer et ciment applicables à l'horticulture ».
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Peu après, T Aile magne, T Autriche, TAngleterre, et TAmérique s'en engouèrent.
L'Exposition universelle de 1889 en montra des applications nouvelles ; celle de 1900 s'en servit d'une façon assez générale pour ses constructions hâtives.
Bien que la théorie de ce nouveau mode d'emploi des matériaux ne soit pas complète, il est évident que l'on en peut tirer parti dans la pratique, à la condition de ne pas demander aux constructions exécutées sur ce principe des efforts par trop considérables et excessifs, à la condition aussi que la mise en œuvre du béton et du fer alliés soit faite avec une conscience méticuleuse.
Les propriétés spéciales du ciment armé, ainsi que l'a indiqué M. A. Morel, dans une excellente étude sur ce sujet, consistent à mal transmettre la chaleifr, le son et l'électricité, à présenter une très grande dureté, et à pouvoir facilement se mouler. Les constructions que l'on édifie ainsi s'élèvent très rapidement, leur « poids mort » est faible, leur prix de revient est modéré, leur esthétique est agréable dès lors que l'artiste y intervient.
Mais quelle sera leur durée ? C'est une question à laquelle on ne peut répondre que par des suppositions à l'époque actuelle, puisque, en somme, la mise en pratique effective du ciment armé ne remonte guère à plus de dix années.
Le métal bien abrité dure indéfiniment : le ciment, pour son compte, et lorsqu'il est de bonne qualité, est d'une durée également illimitée. L'association de l'un et de l'autre sera-t-elle aussi d'une durée illimitée? Bien audacieux serait celui qui répondrait par une nette affirmation.
D'ailleurs, quelles sont les constructions que l'on oserait effectuer à l'heure actuelle, avec des prévisions de durée interminable? La rapide évolution du progrès ne les permet guère, caries remaniements sont incessants. Lesconstruc-