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LE CIMENT ARMÉ

leurs des grand ponts et viaducs en acier estiment froidement que leurs ouvrages, môme en très bon état, ne dépasseront pas deux cents ans d'existence dès lors que Ton prévoit le développement normal et rationnel des nouveaux besoins à satisfaire, ainsi que des nouvelles chaînes à supporter.

Le ciment armé doit donc fournir surtout des constructions de son époque « up to date », comme disent les Américains. Ce n'est pas en l'employant que Ton fera des monuments à destinées séculaires : il est voué surtout aux constructions industrielles, utilitaires, que le progrès balayera impitoyablement. Pourvu qu'il soit assez résistant, il ne sera jamais trop économique pour jouer ce rôle temporaire.

En ce qui concerne les moyennes ou petites constructions, que leur situation topographique met en dehors des grands coups de vent progressistes, on ne saurait, non plus, se montrer inquiet au sujet de l'avenir du ciment armé et de ses variétés. Il lui arrivera ce qui est arrivé à tant et tant de constructions ataviques : dès lors qu'il aura pris l'habitude de « tenir », il tiendra indéfiniment. Lorsqu'en effet, dans les grandes villes, on fait quelque nouvelle percée, jetant bas des bâtiments transmis par les siècles, on est souvent surpris de la faiblesse relative que possédaiejit les matériaux employés et de la négligence que l'on avait apportée à les utiliser. Nos vieux constructeurs ne calculaient rien du tout, confiants qu'ils étaient dans les données transmises par l'empirisme : actuellement, au contraire, surtout en ce qui concerne l'emploi du ciment armé, on calcule tout avec un soin extrême. Il y a donc toutes les chances possibles pour que les résultats futurs du nouveau système soient au moins égaux, sinon supérieurs, à ceux que fournissaient les anciennes méthodes.

Nous avons dit que notre dernière Exposition univer-

selle, en 1900, avait employé d'une façon assez large le ciment armé : essentiellement éphémère elle-même, elle ne pouvait assurément affirmer la vitalité des constructions de ce genre, ni à l'intérieur des édifices, ni au dehors. Néanmoins, elle a mis en évidence des qualités de résistance et d'économie remarquables, même pour des ouvrages de grandes dimensions et de formes compliquées soumis à de fortes surcharges. Voici comment M. Alfred Picard, réminent Commissaire général de l'Exposition, en établit, dans son Rapport général, les conditions essentielles : disposition judicieuse du métal dans le béton ; emploi de matériaux d'une qualité irréprochable; soins extrêmes dans la confection du béton.

Il conclut, d'ailleurs, que des essais de résistance avant la mise en service des ouvrages sont encore plus indispensables pour les ouvrages en ciment armé que pour les ouvrages métalliques.

Ce sera aussi notre conclusion en ce qui concerne l'emploi et l'utilisation de ce procédé qui a mis un moyen d'action nouveau et certainement intéressant à la disposition des constructeurs.

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