VIEUX BOUCHONS
L'espèce la plus répandue dans les caves appartient au genre « tyroglyphus longior », lequel se nourrit surtout de matières albuminoïdes dont il accélère la fermentation avec développement d'une nauséabonde odeur de vieux fromage.
Le « tyroglyphus » est microphage : il se nourrit de toutes sortes de détritus. Abondant au sein des caves humides, il grouille dans lesdépôts d'excréments en grappes qui se balancent parfois, d'une façon si peu engageante, à la surface des bouchons.
Une autre variété, le « tyroglyphus siro », que Ton appelle communément « mite du fromage », vit parmi les produits poussiéreux des bouchons, où il se nourrit des matériaux de décomposition animale et végétale. Cet acarien ne se rencontre que dans les caves humides ; il communique aux bouchons une odeur de pourriture fort désagréable.
Après ce coup d'œil sommaire sur Tétat des vieux bouchons, et en considérant ce que nous en disent les consciencieux savants que nous avons cités, on ne saurait discuter qu'il soit malpropre et contraire aux élémentaires principes de Thygiène de faire rentrer dans la circulation des vieux bouchons, après un nettoyage nécessairement imparfait et trompeur.
Faut-il pour cela considérer ces débris comme inutilisables ? En ce qui concerne le bouchage des bouteilles, assurément. Mais, lorsque Ton en possède une certaine quantité, on peut les utiliser comme « déchets de liège », et cela n'est pas sans intérêt.
Par la distillation, en vase clos et en cornues, on peut en extraire un gaz éclairant très pur, ne contenant pas d'hydrogène sulfuré, ce qui est une précieuse qualité, car ce gaz, contenu dans le gaz d'éclairage ordinaire de houille, détériore les dorures et les couleurs^ Pour les théâtre»
bien dorés et ornés de peintures, lorsque Ton n'a pas la lumière électrique, le gaz de liège est tout indiqué. On en a fait, avant la vulgarisation de Télectricité, un essai satisfaisant à rOpéra de Paris.
Les produits secondaires de la distillation du liège contiennent des huiles essentielles à base de tanin, que Ton peut employer pour fabriquer des papiers, cartons, et tissus, imputrescibles et imperméables.
Le liège séché et pulvérisé, mélangé au plâtre dans la proportion de moitié environ, donne de bons revêtements qui ne se fendillent pas, qui sont hydrofuges et qui présentent une remarquable insonorité, chose précieuse à notre époque, où, dans les villes, l'économie de surface bâtie conduit les architectes à faire des murs intérieurs réduits à Tépaisseur minimum.
On peut enfin préparer ce que Ton nomme le liège artificiel par traitement de la poudre de liège au coUodion avec addition d'un peu d'huile de lin cuite.
Toutes ces formules d'utilisation du vieux liège ont leurs mérites respectifs : elles ont surtout celui de préserver le consommateur bénévole de trouver sur la bouteille dont il va boire le contenu un bouchon repêché après une inquiétante navigation dans quelque égout plus ou moins collecteur.