ALLUMETTES
Il est fortement question, en Allemagne, d'après ce que nous apprennent des études documentées récentes, d'interdire la fabrication et la vente des allumettes à phosphore jaune. Cette mesure serait prise dans le but d'en finir avec la nécrose, ou carie des os, qui, en tous pays, navre les allumettiers.
La décision serait radicale. Peut-être est-ce cependant la seule qui puisse, malgré de grands efforts scientifiques, entraver absolument cette cruelle maladie inséparable d'une énorme fabrication.
Elle serait facilitée par Tusage, qui se vulgarise dans tous les pays, d'allumettes de fabrication inoffensive, mais plus compliquée que celle reposant sur l'emploi du phosphore jaune.
Il est intéressant de rappeler, à ce sujet, que les allumettes modernes, les « allumettes chimiques » (un terme bien démodé) ne sont pas encore centenaires.
Elles apparurent en 1809, remplaçant les petites bûchettes de bois ou les chônevottes, trempées par un bout, ou par les deux bouts, dans du soufre fondu, et que Ton n'enflammait qu'en les mettant en contact avec un corps en ignition.
On conserva tout d'abord le souffrage, mais en imprégnant les extrémités des bûchettes avec un mélange de
lycopode, de chlorate de potasse, et d'eau gommée. Ce furent les « allumettes oxygénées », bien oubliées actuelment, que l'on enflammait en les plongeant dans de l'acide sulfurique concentré. Horrible système !
En 1882 vinrent les « congrèves », ou « allumettes à friction », dont la pâte se composait de chlorate de potasse, de sulfure d'antimoine, etd'eau gommée. Celles-là « prenaient » en les frottant au papier de verre.
Enfin, en i833, apparurent, pour fournir une longue carrière, les allumettes phosphoriques, munies seulement à leur extrémité de soufre et de phosphore jaune. On en a brûlé des montagnes avant qu'elles ne fussent menacées de périr, indirectement, de la nécrose phosphorique. C'est bien la formule simple par excellence, avec quelques inconvénients pour le consommateur, notamment l'inflammation spontanée et l'empoisonnement. On en regrettera la simplicité, mais, d'autre part, il est évidemment impossible d'admettre une fabrication aussi nettement dangereuse et que les plus grandes mesures de prudence ne parviennent guère à maîtriser.
De même qu'en matière de sentiments on revient, paraîtil, toujours à ses anciens amours, de même (que les poètes nous pardonnent) dans la fabrication perfectionnée des allumettes, on revient toujours au chlorate de potasse de 1882.
La fabrication en question consiste à employer un mélange de ce chlorate avec du phosphore rouge, lequel n'émet pas de vapeurs, comme le phosphore jaune. Il convient de constater, pour ne pas s'enthousiasmer inconsidérément, que la préparation et l'emploi de ces matières ne sont pas exempts de tout danger : elles ont l'inconvénient de ne pas s'enflammer tranquillement et d'exploser souvent avec bruit.
On a préconisé, d'ailleurs, avec plus ou moins de succès^ bien d'autres produits chimiques.