‹ Actualites scientifiques (volume 2)Chapitre 98 sur 105 · ALLUMETTES · texte numérisé non relu

ALLUMETTES

L'hyposulfite de plomb remplace le phosphore dans une certaine mesure et il est d'un agréable emploi. Il s'enflamme très bien et sans pétulance même sur les surfaces lisses. Mais on lui a reproché, à juste titre, de dégager des vapeurs plombiques et de causer des empoisonnements par le plomb. Cela a arrêté toute initiative dans cet ordre d'idées.

Le seaquisulfure de phosphore paraît être le boiv conflagrateur actuel, et c'est lui qui est employé par la Régie française. Il va sans dire qu'il est accompagné de Tinévitable et désormais traditionnel chlorate de potasse. Le sesquisulfure n'est pas toxique et Ton peut, paraU-il, en absorber trois grammes et demi sans être incommodé : cependant, il vaut mieux laisser les chimistes procéder à ces expériences hygiéniques que de les faire soi-même.

Toujours est-il que la formule actuelle de ces allumettes « modern-style » comporte : du sesquisulfure de phosphore, du chlorate de potasse, du blanc de zinc, de l'ocre rouge, de la gélatine, et du verre pulvérisé. Voilà bien des « allumettes chimiques », on en conviendra, et elles méritent parfaitement le titre que l'on donna dès le début aux petits morceaux de bois inflammables. Sera-ce la formule finale ? On ne peut l'affirmer, car les chimistes cherchent avec ardeur quelque chose d'aussi efficace et de plus simple : peut-être y parviendront-ils avec les admirables ressources dont dispose leur art.

La suppression du phosphore jaune et des allumettes à phosphore jaune sera un grand bienfait pour les ouvriers voués à cette fabrication. On peut se demander aussi si elle ne sera pas avantageuse pour le public en général ? Car, en allumant d'innombrables allumettes on respirait énormément de vapeurs de phosphore. Or, ces vapeurs sont désastreuses pour les dents. On a fait de suggestives expériences à^ce sujet;

Des dents cariées exposées (hors de la bouche du sujet) à de l'air qui avait passé sur du phosphore humide, perdirent en douze heures, trente-sept centièmes de leur poids. Des dents pulvérisées, traitées parTacide sulfurique à la teneur de 1 p. loo, et à ^o^ centigrades (température du corps humain) perdirent en trois heures près de 9 p. 100 de leur poids.

On constate volontiers — et avec regret — le mauvais état de la denture de la génération actuelle: ce ne sont que dents noires, cassées, ébréchées. Qui sait si la respiration des vapeurs phosphorées émises par nos bonnes vieilles allumettes en bois n'a pas contribué, dans une fâcheuse mesure, à ce mauvais état des mâchoires ? Il y a là sujet à réflexion pour les physiologistes. Ils pourront y réfléchir, d'ailleurs, avec sérénité, et en digérant bien, si la mise en usage généralisée du sesquisulfure de phosphore et du chlorate de potasse rend aux générations futures les belles dentitions de leurs ancêtres. On Ta dit bien véridiquement : « Une bouche sans dents, c'est comm^ un moulin sans meule. »

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