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Cesl une énorme industrie que l'industrie des os, des os d'animaux, bien entendu, car il n'a pas été encore question d'utiliser les os humains autrement que pour le rude labeur auquel ils sont généralement soumis pendant le cours de l'existence.
Mais, en ce qui concerne les pauvres bêtes, il convient de reconnaître que leurs carcasses se prêtent à toutes sortes de fabrications. Un philosophe a dit que l'on reconnaissait tout de suite, en voyage, l'approche d'une grande ville, à son entourage de cimetières et d*abattoirs : c*est la vérité même. Dans les cimetières, les ossements demeurent à peu près tranquilles, pendant un temps tout au moins ; mais ceux qui sortent des abattoirs en voient, comme on dit, de belles.
Paris, à lui seul, fournit à l'industrie 3o.ooo tonnes d'os par an : la fabrication de la colle dans toute la France en consomme 5o.ooo tonnes par an. Quel ossuaire et quel pot de colle ! Les os de bœufs et de chevaux fraternisent dans cette utilisation finale.
Mais il y a aussi la fabrication des gélatines d'os, du noir animal, des engrais, du phosphore, et la tabletterie. Dans la tabletterie, l'idéal est de préparer avec de Tos quelque chose qui ressemble à de l'ivoire : on y réussit assez bien.
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Quoique l'on mange beaucoup de viande dans nos grandes villes et qu'il y ait, par conséquent, beaucoup d'os, non pas à ronger, mais à utiliser, nous ne sommes pas producteurs suffisants de cette matière première. L'Amérique du Sud, les Indes et quelques autres pays exotiques nous envoient de pleins navires d'ossements sous toutes les formes : rien n'est macabre autant que de voir débarquer une cargaison de ce genre.
Au point de vue commercial, les os subissent, tout d'abord, une compétente classification.
Les t< os » de cuisine sont ceux de bœuf, veau, mouton, chevreau, et quelque peu de volaille ; les os de porc constituent une catégorie spéciale.
Les « os dé cheval » donnent une colle moins bonne que les os de cuisine : aussi servent-ils à frauder dans les fournitures. On les reconnaît cependant lorsque l'on veut s'en donner la peine et l'on n'en tolère pas plus de lo pour loo dans un marché d'os de cuisine acceptable.
Les « os terrés » constituent la troisième catégorie. Ce sont ceux de bœufs et de chevaux qui sont restés un certain temps en terre par inhumation. Il va sans dire qu'il s'agit là, dans la plupart des cas, d'os d'animaux infectieux, morts ou abattus par suite de maladies contagieuses et très dangereux à manier. Mais allez donc empêcher les gens de tirer parti de tout ! On nomme ces os « terrés » parce que le séjour dans la terre leur donne une couleur bistre caractéristique. En thèse générale, il serait bien préférable de ne pas les manipuler. Pour cela, il faudrait préconiser, imposer peut-être, la destruction par le feu ou par l'acide sulfurique des cadavres d'animaux infectés. Ces opérations sont assez difficiles à effectuer. Lors donc que l'on n'enterre pas les animaux morts ou abattus, on les précipite volontiers, à la campagne, dans quelque fissure ou goufre du sol. H. Martel, le savant explorateur
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des cavernes souterraines, a découvert ainsi, sur nombre de points du territoire, de véritables ossuaires. Lorsqu'on songé que c'est par ces mêmes cavernes que passent souvent les eaux que Ton boit un peu plus loin, on ne saurait s'étonner de certaines épidémies, qui, à diverses époques, se sont déclarées sans que l'on put en déterminer la cause. Une bonne surveillance les rendra heureusement de plus en plus rares dans l'avenir.
Pour en revenir aux os recueillis et utilisés, un de leurs principaux emplois industriels est de fournir de la graisse après avoir été, tout d'abord, concassés.
Le dégraissage se faisait primitivement à l'eau chaude, en écumant des sortes de grands pots-au-feu. Ensuite vint le dégraissage à la vapeur, plus perfectionné, et finalement le procédé actuel, qui est de dégraisser au sulfure de carbone, ou mieux encore à l'essence de pétrole. Diverses méthodes ont été préconisées et si bien étudiées dans ce but que cette extraction de graisse, qui répandait jadis des odeurs infectes dans tout le voisinage, est devenue supportable dans une assez large mesure. L'avantage principal de la méthode, ayant pour base l'essence de pétrole, est que les os ainsi dégraissés donnent de la colle de bonne quaUté, ce qui ne se produisait pas avec l'extraction par le sulfure de carbone.
Il y a un argot spécial des industriels en os qui est bien amusant. Les têtes de bœufs se nomment des « caboches » et les têtes de mouton des « canards » ! Quant aux résidus assez considérables des os qui ont été travaillés dans la tabletterie, on les nomme gracieusement des « dentelles ». Qui se fût attendu à trouver de la dentelle dans une industrie de ce genre ? Assurément, en tout cas, elle ne sert pas à faire des manchettes pour les braves gens qui la pratiquent.
En ce qui concerne l'emploi des os en tabletterie, voici
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comment on procède. Ils sont dégraissés et blanchis dans Teau ou dans le carbonate de soude ou de potasse. Les gros os, débités à la scie, suivant leur longueur, sont façonnés en plaques qui sont travaillées ensuite comme rivoire. Les petits os sont mis en œuvre tels quels : on en fait des anneaux, des étuis, des pommes de canne, des manchons d'outils. Tout cela donne de Touvrage à de nombreux et intéressants travailleurs plus convaincus assurément que n'importe quels autres, suivant le vieux dicton, « qu'il n'y a point de bonne viande sans os ».