POURQUOI LA MER EST-ELLE SALÉE
n n'y est pas question, bien entendu, de l'hypothèse si simple consistant à penser que la mer prend sa salure en dissolvant des mines de sel, des salines, situées dans ses profondeurs. Rien n'indique — tout au contraire — la présence de salines de ce genre. De plus, si l'eau de la mer se salait ainsi jusqu'à la saturation, comme l'eau salée a upe densité plus grande que l'eau douce, la salure serait plus forte dans les goufres que vers la surface. Or, ni les océanographes, ni les chimistes, n'ont rien observé |de semblable.
Voici donc ceque nous indique le professeur Thoulet résumant tout ce que l'on a observé et écrit sur cette matière :
Les sels de la mer, dont le sel marin, recueilli par évaporation, est la forme connue, proviennent de la condensation des vapeurs chlorurées, et autres, lavées par les premières pluies qui ont, aux premiers âges du Globe, sillonné l'atmosphère : ces eaux se sont ensuite amassées dans les creux de la croule terrestre formant ainsi les premiers océans. Dans l'effroyable suite de siècles composant ce que l'on peut appeler" la vie de la Terre u, ce sont toujours les mêmes sels chimiques solublcs qui, tandis que t'eau des mers ai^ciennes était, des milliards de fois sans doute, évaporée, puis à nouveau condensée, sont dissous dans les océans sur lesquels voguent actuellement nos navires.
D'autres sels, insolubles, ou plutôt, peu solubles, par ejteniple la silice, le sulfate de chaux, le carbonate de cbai)x, servant de passage entre la vie organique et la vie inorganique, constituent et ferment sur eux-mêmes le Cycle éterpe). Ainsi, le carbonate de chaux provenant du sulfate de chaux dissous, grâce à un être vivant, le corail, devient du calcaire, c'est-à-dire une pierre : mais cette pierre, malgré sa dureté, malgré sa résistance, se redissoudra et rentrera dans l'inéluctable Cycle.
Il STiffil d'observer, un peu pour constater la production de ces innombrables actions individuelles, organiques et inorganiques, sortes de successions de vie, de mort, el de résurrection des êtres et des pierres : ces actions s'exercent d'une façon incessante au sein de la nature et il en résulta que l'équilibre de distribution des sels solubles dans les océans est continuellement troublé. On peut dire que, dans celte masse énorme des eaux qui, uniformément répartie, formerait une épaisseur de 2.5oo mètres à la surface du globe, il n'existe pas deux gouttes ayant une composition chimique rigoureusement identique ,
C'est celte diversité des eaux de la mer qui permet, en procédant par analyse directe ou indirecte, d'étudier et de connaître pratiquement les grandes lois naturelles qui gouvernent l'Océan.
Voici donc, à n'en pas douter, la salure de la mer expliquée par des considérations absolument scientifiques. Cependant, il y a une objection qui n'a pas manqué d'être faite. Pourquoi les grands lacs ne sont-ils pas salés comme la mer ?
La réponse est facile.
L'Océan salé est « un Tout » continu. On trouve autour de lui, à la vérité, quelques lacs salés isolés. Mais l'observation géologique rigoureusement faite démontre bientôt que les eaux de ces lacs sont des eaux douces de pluie amoncelées dans des creux couverts de couches de sel provenant d'anciens océans asséchés et disparus : tel est le cas des lacs désertiques, par exemple ceux de l'Asie Centrale.
Quant aux « lacs doux » dont le lac Baïkal est un magistral exemple et dont nos lacs des Pyrénées nous donnent de gracieux spécimens, ce sont des amas d'eau pluviale ou d'eaux de sources dans des creux du sol qui n'ont jamais fait partie du fond d'aucun océan.