‹ Actualites scientifiquesChapitre 30 sur 97 · LUMIÈRE DE L'AVENIR · texte numérisé non relu

LUMIÈRE DE L'AVENIR

Par l'emploi du gaz d'éclairage et des huiles mÏDérales à la production de la lumière artificielle, nous aurons été éclairés, pendant toute une génération, tout autrement que ne l'avaient été nos pères. Mais, ce n'est pas fini ; l'intervention du courant électrique sous diverses formes est en voie d'apporter à la génération qui nous suit des modes d'éclairage absolument nouveaux et différents de ce que nous avons pu considérer, à juste titre, comme de très grands progrès.

Sans parler aujourd'hui de ce que peuvent nous réserver les propriétés radio-actives dont l'hypothétique « radium » est l'emblème, et sans aborder le sujet de l'asservissement des troublantes phosphorescences, constatons que les temps de la « lumière froide » paraissent venus.

On est fort engoué, en effet, aux États-Unis, de ce que l'on appelle les « arcs au mercure » résultant des récents travaux de M, Cooper-Hewitt, et nous avons pu voir des expériences à ce sujet exécutées à Paris même par les soins de M. Valbreuse et de M. Mildé, à la Société internationale des électriciens.

L'arc au mercure, c'est une lumière blanche, homogène, agréable comme éclairement, que dégagent des vapeurs de mercure lorsqu'on fait passer un courant électrique entre deux électrodes de mercure ou entre une anode en

fer et une cathode de mercure, dans un tube où l'on a fait le vide.

Nos lecteurs vont dire que cela a fort l'air de vouloir s'éclairer avec un baromètre.

C'est en effet la vérité opératoire, en principe, et même le début de l'inventiqn.

En 1751 {on voit combien la Science même dans son progrès est un perpétuel recommencement), un chercbeur nommé Vatson, en cherchant évidemment tout autre chose, illumina avec une machine électrique, une double baromètre de Cavendish. U se contenta de signaler le fait, et ce fut déjà un grand service qu'il rendit. Mais il ne poursuivit pas cette recherche et l'on ne saurait s'en étonner si Ton songe avec l'aide de quelle machine d'électricité statique embryonnaire ce savant devait opérer 4 l'époque indiquée.

Il fallut donc attendre jusqu'en 1892, soit près de cen^ cinquante ans, pour que M- Arons, possesseur des bonnes sources d'électricité dynamique actuelles, reprît, en quelque sorte, la chose, et moRlrftt que les tubes à vide, à électrode do mercure, peuvent fonctionner sur courant continu et donner un cuiieux éclairage avec une faible difTérence de potentiel aux bornes de la maobine. U se servait , pour cela, de tubes recourbés en U, dont chaque branche, scellée, coqtenait du mercure relié à une source électrique par un fil de platine poudé dans le verre; une secQUfisp, aineuant un CQurtrcirpnit po^nentané, détermiTî nait l'allumage.

M. CoQper-Ifewitt, le protagonisme américain actuel de <i l'arc au mercure » a eu l'idée, qui rend le systèine très pratique, d'amorcer l'arc par une étincelle d'extra^^pourant.

Un autre cbercbeur, M. Steinmetz, a eu aussi de bons résuHats en régularisant le court-cîrcuii d'a'lumEige au moyen d'un solénoïde.

itizedbïGooglc

LUMIÈRE DE L'AVENIR fls

Mais nous n« pouvons joi, bien entendu, décrire les détails de ces divers dispositifs. Constatons seulement, et c'est la chose importante au point de vue immédiat, et m ce qui concerne les prochaines applicatians que l'arc ttu mercure existe, qu'il éclaire fort bjen, et qu'il permet une nouvelle utilisation du courant électrique à l'éclairage public et privé dont on ne ge doutait guère il y a quelques mois seulement.

Cette lumière, cet éclairage, sera évidemment économique dans bien des circonstances. En effet, les yapeurs de mercure, dans le vide, sont inusables; de plus, leur illumination ne coûtera pas cher dès lors que l'on empruntera le courant électrique qui leur est nécessaire à la force motrice naturelle " houille blanche, ou « houille verte ». On peut donc s'attendre à voir briller pas mal de ces baromètres lumineux.

Leur éclairage n'est pas celui auquel on est habitué ; ce sont de brillantes étoiles qui scintillent, des stries lumineuses, de belles lueurs violettes ou verdâtres. 11 semble que l'on ait mis les aurores boréales en bouteilles, et peutî-être, par le fait, y a-t-il des analogies entre ces grands phénomènes astronomiques et les phénomènes d'éclairage en petit réalisés par les électriciens.

C'est, d'ailleurs, une lumière fort docile, que l'on peut régler en faisant varier l'intensité du courant ou la pression dans le tube. L'explication des stratifications lumineuses ne peut guère être donnée qu'en admettant une série de contractions et de dilatations alternatives du milieu gazeux, phénomène analogue à la production des ondes sonores dans un appareil à anche. On y trouve une nouvelle preuve de la tendance à l'unification des divers phénomènes de la Physique dans lesquels jouent un si grand rôle les ondes et les vibrations. Combien de théories scientifiquement « séparatistes », et qui ont été pendant

longtemps professées comme reposant sur la vérité absolue, devront être abandonnées de ce fait dans un avenir prochain ! Combien il en résulte aussi pour la Science actuelle, la nécessité de ne point se hâter de donner des explications et d'entasser des calculs sur les premières observations qui ont été faites d'un phénomène nouveau! Il faut se souvenir sans cesse que les observations consciencieusement faites s'enchainent aux observations précédentes comme les maillons d'une chaîne ininterrompue. Le calcul- peut et doit servir à vérifier la concordance avec les grandes lois naturelles, à contrôler les observations faites, et à faire ressortir, au besoin, leurs divergences, Mais, il ne saurait, partant d'une base d'observation nécessairement restreinte, enfermer les phénomènes à peine observés dans le cadre étroit et strict d'une loi nouvelle s'appliquant à chaque cas spécial. Plus que jamais, dans le vaste domaine ouvert à l'électricité et aux électriciens, la constatation des faits est prépondérante et les théoriciens doivent laisser le terrain libre aux pra-

La lumière de l'avenir, sous les diverses formes que l'on entrevoit, ne dissipera pas seulement des ténèbres matérielles ; elle dissipera aussi bien des erreurs, et puisse- ' 1, expliquée ou mystérieuse, rayonner à flots !

Page 1