LA LOCOMOTIVE
de la Malle des Indes étaient sans cesse obligées de « relayer », ne pouvant emporter avec elles que très peu d'eau et de combustible. Ces bonnes grands'mèresfaisaient bien tout ce qu'elles pouvaient, mais, comme le dille vieux proverbe : « La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a ».
Actuellement, les « grandes coureuses » des Compagnies du Nord, du Paris-Lyon-Méditerranée, de l'Orléans, en traînant des trains lourds, réalisent, à pleins poumons, des vitesses, qui vont jusqu'A 120 et i25 kilomètres à l'heure. Grâce à elles, grâce aux belles locomotives compound de la Compagnie du Nord que les autres ont imitées dans une sage et progressiste entente, c'est la France, ce sont les locomotives françaises qui détiennent " le record » de la vitesse et de l'endurance. Parfois la nouvelle de quelque « bluff " de vitesse nous arrive d'Angleterre ou des Etat-Unis : mais, nous avons bientôt fait de prendre notre horaire : en quatre coups de crayon, avec un calcul d'école primaire, les choses sont remises au point.
La personnahté du mécanicien de locomotive à grande vitesse et celle de son chauffeur sont, plus que jamais, dans ces conditions, impressionnantes et intéressantes.
C'est merveille de voir ces deux hommes, avec leurcalme et leur sang-froid, mettre en mouvement la redoutable machine préparée 11 en ordre de route ".Voilà le mécanicien la main sur le régulateur. 11 va déchaîner dans ses cylindres les 1.200 chevaux de force {3.6oo chevaux environ en chair et en os) qui ont à emporter un train pesant i4o tonnes à une vitesse qui atteindra, comme nous l'avons dit, plus dei2o kilomètres à l'heure sur certaines sections. Souvent, le kilomètre est parcouru ainsi en trente-deux secondes, La voilà bien la « Malle des Indes >> ! Tout là-bas, sur l'alignement rigide des rails, le train apparaît, comme un gros point noir ; il grossit, il approche, il passe comme
unouragan : quelques secondes encore,on ne le voitplus; rêve ou cauchemar, il est disparu.
La locomotive électrique nous réserve, certes, de bien autres vitesses encore. Déjà des expériences faites, et pratiquement couronnées de succès, ont démontré la possibilité des vitesses de 200 kilomètres et l'on envisage parfaitement la possibilité d'aller jusqu'à 260 kilomètres à Ihenre. Le vent d'ouragan déchaîné n'atteint, d'après ce que les météorologistes ont observé, que la vitesse de 122 kilomètres à l'heure ; c'est dire dans quelles conditions, entraînées par le courant électrique, rouleront, sur le ruban d'acier, les générations futures.
Il o'en restera pas moins de la locomotive à vapeur qui a tout révolutionné, usages, mœurs, règles de l'existence, supprimé presque les frontières, et rendu, espérons-le du moins, les guerres impossibles entre gens civilisés, il n'en restera pas moins l'exemple et le souvenir d'une des plus grandes conquêtes humaines sur le temps, sur l'espace, et sur les obstacles delà nature.