L'HOMME-VOLANT
lielle. Le « cerf-volant» a un fil à la patte: il monte, plane, évolue, par suite d'une décomposition des forces. La machine-volante est en <i route libre ■> et elle procède « par glissades ». C'est seulement, par la suite, que les deux genres d'appareils fusionneront, lorsqu'un moteur donnera à la machine volante le point d'appui constant que la corde donne au cerf-volant.
A côté des essais et des expériences faîtes aux États- Unis, il convient de mettre tout parliculièrement en évidence celles, très remarquables, du capitaine d'artillerie français F. Ferber. Leur auteur y apporte toute la science, toute l'intrépidité, toute la persistance, qui sont nécessaires. On peut supposer combien il faut posséder à un haut degré ces diverses qualités pour préparer, pendant des mois, un appareil sur lequel on fonde des espérances, puis pour l'expérimenter avec beaucoup de peine, et voir, en quelques minutes, tout cet effort disparaître matériellement dans une fausse manœuvre ou dans un chavirement.
Une des grosses difficultés d'étude des machines volantes, c'est de trouver un endroit d'où l'on puisse faire le fl lancement » de l'appareil lors des expériences.
On peut employer trois moyens principaux : se jeter d'un point élevé comme l'ont fait Charles Riche! et "Tatin, Pilcher et Langley : ou bien se servir d'un plan incliné, comme l'a fait Lilienthal, comme le préconisent MM. Maxim et Eiffel; ou bien, employer un manège, comme l'ont fait MM. Goupil et Bazin.
Lilienthal avait fait établir une petite montagne artificielle de i5 mètres de hauteur du versant de laquelle il se lançait ; Pilcher appareillait en cerf-volant, M. Langley se sert d'une sorte de catapulte analogue à celles avec lesquelles dans l'antiquité on lançait des blocs de" pierres énormes contre les fortifications ; M, Goupil préconise « un
cirque » constitué par un rail circulaire de 3oo mètres de rayon que des pylônes supportent à 20 mètres de haut. Dans ce même ordre d'idées on pourra sans doute utiliser pour le lancement des machines-volantes les divers systèmes de « looping Ihe loop » qui n'ont servi jusqu'à présent qu'à amuser le public, mais dont la construction a donné Heu, pour les ingénieurs, à de très intéressantes et instructives études.
Enfin M.Eiffel va établir, ainsi qu'il en avait été question précédemment, un « aérodrome » pour l'essai des ballons dirigeables, des aviateurs, et des machines volantes, au Charap-de-Mars à Paris.
Cet aérodrome consiste, tout simplement, en un câble d'acier de 5oo mètres de longueur, partant du premier état^edela Tour Eiffel, c'est-à-dire d'environ 60 mètres de hauteur, pour aller aboutir au sommet d'un pylône érigé à distance et ayant 20 mètres de hauteur.
Les chercheurs y trouveront toutes les conditions de sécurité pour eux et pour leurs machines volantes: ils y trouveront aussi, à volonté, la force motrice sous la forme d'énergie électrique. Ce sera merveille de voir les oiseaux mécaniques, ou les hommes- volants, évoluer au bout des fils qui les relieront au grand câble de l'aérodrome, semblables, toutes proportions gardées, à l'intelligente araignée, qui, pendant la confection de sa toile, monte, descend, évolue, le long du fil pour lequel elle cherche le point d'attache ainsi que le marin expérimenté cherche le point voulu pour bien frapper une aussière.
On fera certainement beaucoup de bonne besogne à l'aérodrome de la Tour Eiffel. Car, le capitaine Ferber, dont la compétence est indiscutable, nous dit: « Aujourd'hui, avec les moteurs que nous possédons, toute espèce d'aéroplane doit flotter. » C'est là une affirmation pré-