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ABEILLES ET FLEURS

Les abeilles et les fleurs ! Un bien joli sujet d'étude ! Les plus moroses ne pourront manquer d'en convenir. M. Bouvier l'a traité récemment en maître, et pour la plus grande instruction de ses auditeurs, dans le grand amphithéâtre du Muséum d'Histoire naturelle à Paris.

Em pressons-nous de dire que M. Bouvier ne s'est pas attaché à rechercher si l'invention de l'art d'élever des abeilles était dueà Aristée, roi d'Arcadie, ou à Gorgoris qui régnait en Espagne i52o ans avant notre ère. 11 faut laisser les légendes aux poètes.

Ce qui est intéressant et immédiat, c'est de considérer la fonction de l'abeille comme insecte et son rôle au point de vue de la fleur, c'est-à-dire l'action en quelque sorte réciproque de la fleur et de l'insecte. Or, de très curieuses et fort utiles recherches scientifiques ont été faites à ce sujet.

Disons tout de suite que lorsque les progrès de la fabrication du sucre, les facilités de son transport et son bas prix, en firent la matière sucrante presque unique, on put considérer le rôle des abeilles, des diligentes abeilles d'Aristée, comme lerminé.

Erreur profonde ! Car, parmi les espèces d'insectes « antophiles » l'abeille mellifique occupe une place importante comme fécondatrice des fleurs par la répartition qu'elle fait du pollen.

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Les savants Pérez et Dodel-Port ont peut-être élé un peu loin en disant que « cent mille espèces de plantes disparaîtraient de la surface dii globe, si les abeilles cessaient de les visiter ». Mais, ce qui n'est point discutable, c'est que, d'après les observations faites, les récoltes de beaucoup de plantes sont beaucoup plus plantureuses lorsqu'il y a des ruchers d'abeilles dans les environs. On en viendra peut-être, probablement même, dans les exploitations agricoles, à installer et à entretenir des ruchers d'abeilles, non pas pour en recueillir le miel considéré comme un produit accessoire, mais dans le but d'augmenter le rendement cultural. Dans l'un ou l'autre cas, production de miel, ou fécondation des fleurs, la bonne petite abeille continuera à travailler, dune façon profitable et méritoire pour l'intérêt général :

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Une constatation très curieuse, c'est ce que l'on peut nommer l'adaptation de la lleur à l'abeille. Non seulement les abeilles changent, modifient, dans une région, la couleur et l'odeur des fleurs, mais encore elles en modifient la forme.

Cela est aisé à expliquer.

En premier lieu, les abeilles attirées par l'odorat et la vue vont butiner sur les fleurs qui leur plaisent le mieux.

En second lieu, bien que travailleuses infatifçables, elles recherchent, par instinct, les lleurs dont la forme, dont la structure, leur permet, avec le minimun d'effort, de faire leur précieuse récolte de pollen et de nectar.

Il en résulte évidemment une sorte de sélection des plantes en partant de la structure florale. Dans une région qui a été bien « travaillée » pendant assez longtemps par les abeilles, l'odeur, la couleur et la forme générale de diverses fleurs et, par conséquent, l'abondance relative de certaines plantes, se sont modifiées d'une façon très nette et très apparente.

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insectes à langues et à trompes, qui font une considérable besogne de fécondation des plantes à fleurs. L'abeille paraît seulement, en sa qualité d'insecte très perfectionné, posséder à un haut degré la faculté d'adaptation rapide.

Faut-il, pour terminer, conclure à une sorte d'alliance progressiste entre la plante et l'abeille, indispensables l'une à l'autre ? Y a-t-il entre elles une union d'intérêts qui pourrait faire supposer, par surcroît, quelque chose de plus doux au point de vue philosophique ? Hélas I non.

Tout démontre que le mellifère, que l'abeille, ne poursuit qu'un but, la récolte, et que tous les moyens, même parfois brutaux, lui sont bons, pourvu qu'elle arrive à butiner. Combien de pétales découpés, combien de corolles déchirées, combien de tubes floraux lamentablement distendus I

De son côté, le végétal ne cherche rien qu'à assurer sa descendance et ne craint pas de gêner la récolte du pollen par la complication florale, laquelle favorise, par contre , à un haut degré, l'acte reproducteur.

11 y a donc un parfait égoïsme de part et d'autre et un " struggle for life » impitoyable sous des apparences gracieuses. D'abeille h fleur, on se fait << la guerre en dentelles » avec des pollens parfumés ; mais chacun des deux organismes ne travaille que pour lui-même, en évoluant, pour son propre compte, vers l'Avenir et la perpétuation.

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besogne. Car, le territoire américain, dans ses diverses régions, possède les climats les plus variés ; de plus, ou y fait, sur une très grande échelle et sur de très vastes surfaces, des cultures en grand de toutes sortes de plantes et d'arbres fruitiers.

Qu'en résulte-t-il ? C'est une incroyable puUalion d'insectes : les uns utiles, ce sont les insectes spéciaux à chaque plante et chargés du transport du pollen des fleurs, de la fécondation ; les autres, nuisibles, ce sont les insectes parasitaires et malfaisants qui vivent aux dépens des arbres et de la future récolte.

II s'agit de capturer ces pillards et c'est dans ce but que Ton pratique la chasse à la lanterne. On dispose une source lumineuse au-dessus d'un entonnoirsurmontant un sac. La pullulation ailée vient se heurter contre les vitres de la lanterne, tombe dans l'entonnoir, la voilà " en carafe ".

Cette chasse est fructueuse comme quantité. Mais chose fâcheuse, ce sont les insectes utiles qui se font prendre à profusion : quant aux insectes nuisibles, avertis par on ne sait quel génie du mal, ils évitent le piège et se moquent des chasseurs.

M, Ilarold Boice, du service entomologique dont nous avons parlé, cite de nombreux exemples.

Un verger de pruniers était infecté de charançons. On installa i5o fois le piège et l'on prit des kilogrammes d'innocentes lucioles, de coccinelles, d'ichneumons : mais en tout et pour tout, trois charançons se laissèrent prendre.

Des terrains étaient envahis par les papillons de nuit, des punaises volantes que les Américains nomment « chinch-bug » et des sauterelles-bionn ou « buffalo treehopper ■>, qui, sur le territoire des États-Unis, causent de grands dommages aux céréales, au blé en particulier. On installa les pièges lumineux en permanence, et dans le las

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capturé d'insectes inoffensifs, au bout de cinq mois, on avait pris : deux papillons de nuit, une punaise volante, et a3 sauterelles.

Ainsi donc « l'esprit du mal » triomphait complètement. II y a là de quoi, en vérité, consterner les philosophes.

Une autre observation suggestive a été faite au cours de ces expériences, et nos lectrices éprouveront certainement une joie malicieuse en en recevant la révélation.

Parmi les insectes pris au piège, utiles, ou nuisibles, ce sont les mâles qui se laissent stupidement captureren très grande majorité. Quelques femelles seulement se trouvent dans le nombre, et encore, en examinant les prisonnières, on constate avec beaucoup de contrariété, lorsqu'il s'agit des insectes nuisibles, que les mâtines ont pondu leurs œufs avant de ae laisser prendre : leur œuvre néfaste estaccompiie, elles peuvent mourir gaiement après une valse macabre autour du phare lumineux qui va, par le fait, les dévorer.

Les chiffres, à cesujet, sont probants. Suri.ioonoctuides extraits du sac, il y a 182 femelles; sur 100 papillons de nuit, 21 femelles, sur 100 hannelons, 7 femelles.

Assurément, au point de vue immédiat, il est intéressant de détruire les mâles de l'engeance ; mais pour la suite, pour l'avenir, ce sont les femelles qu'il faudrait détruire, et l'on arrive à un résultat tout contraire.

Les entomologistes américains se préoccupent, d'ailleurs^ en partant de ces observations déconcertantes, de perfectionner leurs méthodes de chasse aux insectes. Us garniront notamment leurs lanternes de verres colorés dont la coloration a été reconnue comme attirant particulièrement telle ou telle espèce d'insectes. Peut-être aussi des odeurs répandues autour des pièges, rendront-elles' des services : certaines Heurs, fraîches ou desséchées, peuvent êlre utilement employées dans co but.

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On nous dira sans doute : <i La chasse à la lanterne est fort intéressante au point de vue scientifique et indispensable aux États-Unis dans les vergers et les champs desquels les insectes pullulent. Mais en quoi cela nouslouchet-il en Europe ? Nous ne sommes point en but à ces sortes de fléaux. »

Cela est exact pourle moment, et il n'y a point d'urgence encore à prendre ces précautions de ce côté-ci de l'Atlantique. Mais, que le terrible et ruineux exemple du phylloxéra, que son cruel souvenir nous serve I La multiplicité de phis en plus grande des transports par mer nous apporte constamment, en provenance des pays exotiques et par gros approvisionnements, les grains, les bois, les fruits conservés avec leurs emballages. C'est une excellente chose au point de vue commercial et alimentaire. Mais, tout cela véhicule toutes sortes d'oeufs, de larves, toutes sortes de graines d'insectes avec quelques-uns desquels il faudra compter dans l'avenir. Certes, ces vilaines bêtes ne s'acclimateront pas dans la plupart des cas : cependant, quelques-unes des espèces ainsi transportées peuvent retrouver sur notre territoire les conditions favorables d'existence de leur pays d'origine, notamment en ce qui concerne les arbres fruitiers. 11 convient donc de s'apprêter scientifiquement à une lutte méthodique, et dans un avenir prochain, nous aurons sans doute à faire « la chasse à la lanterne » telle que la pratiquent les Américains. Nous pourrons profiter de leur expérience acquise et ce sera tout avantage. En philosophie pure, comme en pratique, on n'allume jamais une lanterne sans qu'il se répande de la lumière aux alentours.

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