POUDRE A PUNAISES ET CHARDONS
Il y a de bien curieuses cultures que l'on ne cODnait pas, en dehors des spécialistes qui s'y adonnent : nos lecteurs auront peut-être quelque plaisir à en entendre parler. En voici deux tout d'abord, qui ne sont point banales : la pyrèthre et le chardon.
La pyrèthre fournit une poudre insecticide que tout le monde connaît et que l'on désigne parfois sous le nom gracieux de u poudre persane ». \\ faut souhaiter à l'hypothétique mémoire de la sultane Schéhérazade, des Mille et une I\uils qu'elle n'ait point eu le mérite de « lancer », en son temps, cette poudre funeste aux punaises.
Toujours est-il que la pyrèthre se cultive principalement en Perse, dans le Caucase et en Dalmatie, el que sa poudre est bien réellement insecticide.
Des gens malicieux ont prétendu qu'en enfermant une punaise dans une boite de poudre de pyrèthre, on la retrouve, au bou4 de 18 mois, gonflée à fendre à l'ongle, grosse comme un petit hanneton, et pleine de sanguinaires ardeurs. N'en croyons rien! La pyrèthre est l'ennemie réelle des petits insectes malpropres et destructeurs. Au point de vue agricole, elle navre l'allise, le puceron, notamment le puceron vert du pécher qui est fort désagréable.
11 y en a diverses variétés dont l'une est un chrysanthème
à jolies fleurs roses avec disque jaune. Rien n'est autant à la mode, actuellement, que le chrysanthème sous ses diverses formes : la variété qui fournit la poudre à punaises mérite de rester lorsque la mode du chrysanthème aura passé, puisqu'elle joint l'utile à l'agréable.
Ce qui est fort intéressant au point de vue pratique, c'est qu'il n'y a pas de motif absolu de faire venir la poudre insecticide du Caucase, de Perse, et de Dalmatie.
On peut très bien, en effet, cultiver la pyrèthre, industriellement et d'une façon lucrative, en Provence et en Algérie. Les essais de culture faits par M. Davin. jardinier en chef du jardin botanique de Marseille, et par le docteur Trabut,à la station botanique de Houïba, près d'Alger, démontrent cette possibilité. 11 ne s'agit que de vouloir implanter la culture de la pyrèthre insecticide bous l'admirable climat du littoral méditerranéen et l'on réduira utilement, au profit de la production nationale, le chiffre des importations de ce produit. Les punaises seulement s'en plaindront.
Les producteurs de pyrèthre du Caucase et de Dalmatie, et même ceux de Perse, n'ont point manqué de flairer cette concurrence possible et de regarder l'avenir avec des yeux perçants. Leurs intermédiaires commerciaux ont donc fait courir le bruit, que la poudre de pyrèthre provenant des plantes de notre climat ne possédait pas une propriété insecticide aussi énergique que la poudre persane de Dalmatie. La Côte d'Azur ne peut que dédaigner cette insinuation tout à fait ridicule au point de vue chimique et agricole. C'est à une huile essentielle et à uneoléorésine que la pyrèthre doit, en effet, ses propriétés : elle les acquerra tout aussi bien, et mieux qu'ailleurs, dans cette belle Provence où poussent féeriquement toutes les fleurs possibles pour fournir les parfums naturels uniques au monde et dont la concurrence chimique, au lieu de réduire