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la vogue, a fait, tout au contraire, apprécier encore plu» l'incomparable finesse.
Souhaitons que les cultivateurs du Midi de la France et nos colons d'Algérie essayent résolument de pratiquer la culture industrielle de la pyrèthre : ce sera, lorsqu'il y aura déficit sur d'autres cultures, une nouvelle corde à leur arc.
C'est encore dans le Midi de la France, dans les Basses- Alpes, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône, dans l'Aude et le Tarn, mais aussi dans l'Eure et en Seine-et-Marne, que l'on trouve l'autre curieuse culture dont nous voulons parler, la culture du chardon. Le chardon jouit d'une mauvaise réputation, surtout auprès des poètes : Le chardon importun hérissa tes guérets,
a dit Boileau.
Pas si importun que cela !
Le superbe n chardon-Marie » ne se contente pas d'être beau : il engraisse le bétail : ses graines nourrissent la volaille ; on en tire de la très bonne huile : il estfébrifuge, diurétique, sudorifique. O grande puissance du chardon I Seulement, à titre d'encouragement, au lieu de le pourchasser, il convient de le cultiver, de le cantonner, de l'éduquer. Tout est un peu comme cela dans la nature.
Les Snes, les chevaux, les vaches, aiment beaucoup le « chardon panaché » aux fleurs sentant le musc, ainsi que le M chardon laineux ». Les fleurs du « chardon-bénit » sont toniques, apéritives, et vulnéraires. Le « chardon des champs » fournit les « galles » que l'on mange avec plaisir, dans certaines régions, après les avoir bien fait bouillir.
Au point de vue industriel, le " chardon à foulon » est une intéressante culture française créée, il y a environ deux cents ans, à Saint-Rémy de Provence, par un homme ingénieux, M. Mistral.
Ce chardon sert pour le foulage des tissus, c'est-à-dire
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pour arracher tes fins débris au drap, au velours, à la peluche, à la satinette, â la flanelle, avant que ces tissus ne soient régulièrement rasés à la tondeuse mécanique.
Il n'y a aucune raison pour que la France reçoive du a chardon à foulon » d'Angleterre, d'Autriche, d'Espagne, du Caucase et des États-Unis, bien au contraire . C'est une question de culture intelligente et qui donne de très bons profita aux agriculteurs.
11 y a, à la vérité, unemaladie du chardon: un petit champignon, rerysip/mscom/nwnfS, lui faitla guerre. Mais, ce champignon est détruit par le soufre, comme l'oïdium de la vigne.
Le B chardon à foulon », en outre de ses têtes employées par les tisseurs, fournit énormément de graines dont raffolent les volailles, graines qui servent aussi à la fabrication de l'absinthe, et dont on lire une huile de parfumerie capable, d'après ce qu'affirment d'audacieux spécialistes, de faire repousser les cheveux sur les crânes dénudés !
Ce qui est plus sérieux, c'est que le chardon est une plante sarclée qui laisse le sol en bon état, non épuisé, et très bien préparé pour le blé. il vaut mieux le cultiver que d'élever des lapins quand on veut se faire des livres de rente, et bien certainement, en France, on ne cultive pas assez le chardon.
Il y a cependant, comme pour encourager les initiatives, un « ordre du Chardon » créé en iS^o par Jacques V, roi d'Ecosse ; il n'a que seize titulaires, et chacun d'eux, en recevant sa décoration lors de sa réception, doit payer 8.700 francs : excusez du peu ! Nous ne pensons pas que les cultivateurs de « chardon à foulon » puissent être utilement encouragés par l'espoir de recevoir cette décoration spéciale et plus onéreuse de beaucoup que la célèbre hospitalité écossaise; mais enfin, il est flatteur pour le chardon d'avoir son Ordre et aussi sa devise qui est de grande allure : Nemo impune me laceasel !
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Des poissoDS en voyage ! Vous nous la baillez bonne, dira-l-on 1 Le goût des voyages facilités par toutes sortes d'ingénieuses combinaisons de tarifs, a-t-il gagné jusqu'aux habitants des eaux ?
Ce n'est pas précisément là ce que nous voulons dire.
Les voyages de poissons dont nous parlons, sont des voyages utilitaires. Saumons, truites, aloses, anguilles, et quelques autres espèces, les font dans le but d'aller frayer à l'aise en divers cours d'eau, fleuves et rivières, sur des points où ils savent, par instinct et par tradition animale, trouver la tranquillilé nécessaire ; ce sont les villégiatures et les « petits trous pas chers » des poissons migrateurs.
L'aménagement des cours d'eau, indispensable à la bonne économie du régime hydraulique d'un pays et à la bonne utilisation de sa lorce motrice hydraulique, contrarie fort les poissons en voyage. Un certain nombre d'obstacles, et principalement les barrages très nombreux sur certains cours d'eau, les arrêtent dans leur remontée, et s'opposent à leur multiplication. De plus, ce sont des sortes de pièges tout préparés pour les capturer.
Ce n'est pas de nos jours que l'on s'en est aperçu. Dès i835 on constatait cet état de choses préjudiciable et l'on imaginait, pour y remédier, les « échelles à poisson ». Ce n'est point faire un déplorable jeu de mots que de
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constater que cette disposition tutélaire est pratiquée acluellement, et de plus en plus, sur une grande échelle, et que l'on s'en trouve fori bien. On arrivera, sans doute par ce moyen, à reconstituer, dans un grand nombre de régions, de précieuses ressources alimentaires.
Ainsi, d'après une tradition répandue en Limousin, principalement à Saint- Léonard, Bujaleuf, EymoutJers, et Nedde, ainsi que Ta constaté M. J. de SaiHy, Inspecteur des Eaux et Forêts, le saumon était, il y a une centaine d'années, si commun dans la Vienne, la Maulde et le Taurion, que les domestiques s'engageant à servir dans les familles du pays, mettaient comme condition « qu'on ne les nourrirait pas exclusivement de saumon » pendant la saison de poche de ce poisson et qu'on ne pourrait leur eu donnerque trois ou quatre jours par semaine. La même tradition se retrouve en Bretagne, dans le Béarn, en Alsace, en Ecosse, en Irlande, en Cornouailles, dans le pays de Galles.
Or, actuellement, les braves serviteurs n'ont plus à redouter ce que l'on pourrait appeler « le supplice du saumon »; il vaut environ 8 francs le kilogramme et il atteint parfois 9 francs sur le marché de Limoges. El, chose curieuse, la majeure partie des saumons que l'on y consomme ne provient ni de la Charente, ni de la Vienne : ils sont importés., , de Hollande!
C'est que les saumons ne peuvent plus franchir les barrages et les digues à profil vertical que l'on a construits sur les cours d'eau. Jadis les barrages, qui n'avaient été établis que pour le seul usage des moulins, n'aviiieut guère que 80 centimètres de hauteur : ils étaient construits en « dos d'ane », d'une façon rustique et, la plupart du temps, un y laissait ménagé un intervalle variant de 3 à 8 mètres pour le passage du poisson. Sur cet espace, il y avait bien, le plus souvent, un appareil, un piège, destiné à la capture du poisson remontant, ou, descendant; mais cet
appareil n'obstruait pas entièrement le passage : un autre pertuis libre était toujours ménagé sur un autre point de la digue, et d'ailleurs, la hauteur du barrage n'était pas telle que le saumon en voyage ne put le franchir, non seulement à l'époque des crues, mais encore en tout temps. Car c'est un remarquable sauteur en même temps que bon nageur que le saumon. Prenant son point d'appui dans l'eau avec une rare puissance musculaire, il franchit des obstacles de 3 à 4 mètres de hauteur, détiaot la truite dont le saut ne peut dépasser 3 mètres.
Il est essentiel que les barrages actuels nouvellement établis, restaurés, ou reconstruits, soient, en conformité des règlements, et en vue de faciliter les évolutions des poissons migrateurs, munis, tout au moins, de pertuis ou d'échelles pour le passage du poisson. 11 convient même d'étudier les profils de ces barrages et la construction des échelles de façon à ne pas obliger les migrateurs à faire de trop grands efforts pour sauter : car il peut arriver que, dans ces efforts, dans les bonds héroïques pour franchir l'obstacle, ils laissent échapper leurs œufs. Alors, tout le bénéfice des précautions prises disparaîtra et l'on s'en apercevra bien quelques années plus tard en constatant le dépeuplement des eaux en aval.
En quoi conaislenl ces tutélaires « échelles à poissons » ? D'une façon générale, ce sont des plans inclinés taillés en escaliers et sur lesquels l'eau se déverse en cascade. Leur inclinaison varie du sixième au huitième, et leur largeur entre i mètre et i m. 5o. Il ne suffit pas, empressonsnous de le dire, d'installer à un barrage une échelle ayant fait ses preuves pour que son succès soit assuré : tel système qui aura donné de bons résultats dans une région aura moins de succès dans une autre en raison des conditions locales, du régime hydraulique, des particularités que présentent les cours d'eau et leurs berge*..
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La première condition que doivent remplir, en tous lieux, les échelles, c'est d'être de construction peu coûteuse et de pouvoir être déptaçables sans grands frais si le choix de leur premier emplacement n'a point été reconnu satisfaisant par la suite.
Les divers types d'échelles ont, d'ailleurs, pour principe le ralentissement du courant par des sortes de cloisons d'arrêt liquides et non par des cloisons d'arrêt en maçonnerie, ou en bois, lesquelles constituent pour les poissons, ainsi que nous l'avons dit, des obstacles pénibles à franchir. Cette disposition offre aux poissons un passage direct, de section constante et sans remous accentués. Des expériences faites récemment aux barragesde la Seine, près d'Elbeuf, ont montré que les échelles ainsi installées étaient franchies aisément non seulement par les espèces indigènes mais encore par les poissons voyageurs, proprement dits, saumons, truites de mer, aloses fines et communes, avec des chutes atteignant, à marée basse, le maximum de hauteur réglementaire, c'est-à-dire 2 m, 83.
D'une façon générale, il convient que l'entrée de l'échelle soit d'un accès facile afin que les poissons puissent s'y engager aisément et que la quantité d'eau qui passe sur l'échelle soit suffisante pour qu'ils y puissent circuler facilement : la vitesse du courant doit cependant être modérée. Une échelle est indispensable pour tout barrage présentant une hauteur de plus de 2 mètres.
Dans la Basse-Seine, en dehors des échelles spécialement combinées pour assurer la remonte des saumons et des aloses, on en a avec succès établi quelques autres plus élémentaires et en quelque sorte simplement protectrices, en vue de faciliter les migrations locales des poissons indigènes qui, vers l'époque du frai, se rassemblent au pied des barrages et cherchent à les franchir pour gagner les parties de rivière pouvant constituer de bonnes frayères.
It y a deux bonnes installations de ce genre aux barrages de Sandrancouri et de Vîllez.
Pour ce qui concerne l'anguille, on peut se contenter d'échelles élémentaires peu dispendieuses : elles se composent d'un simple couloir en bois dont le fond est garni de clayonnages et qu'alimente par le haut un petit filet d'eau.
Tel est, sommairement, l'étal actuel de la question des o poissons voyageurs » ainsi que des mesures prises pour protéger et faciliter leurs voyages. La voie est tracée : il sufrira d'y persévérer pour redonner à la richesse piscicole des cours d'eau l'importance qu'elle avait aulrefois, tout en laissant à l'industrie la possibilité de capter et d'asservir la force motrice naturelle dont elle a besoin.