‹ Actualites scientifiquesChapitre 64 sur 97 · CULTURE DE LA GRENOUILLE · texte numérisé non relu

CULTURE DE LA GRENOUILLE

du Nord, et sur les bords de l'Erié, la « grenouille-taureau «, dout le corps, Judépendam ment des pattes, atteint 27 centimètres de longueur sur 1 1 centimètres de largeur, et qui pèse jusqu'à 900 grammes. Dépouillées, blanchies, apprêtées, les « grenouilles-taureaux » sont de véritables et exquis petits poulets. On leur donne le nom annexe de taureau en raison de ce fait que leur cri est une sorte de petit mugissement. Ce sont, d'ailleurs, des animaux tout à fait inofTensifs, même doux et intelligents. Ils sont très voraces : on en a vu attirer sous leau des petits canetons ayant commis l'imprudence de nager dans leurs environs, les noyer (ce qui est tout à fait désobligeant pour un canard) et les manger méthodiquement ensuite.

Il ne faut pour l'élevage des -( grenouilles-taureaux » que des eaux stagnantes, bien garnies de nymphéas et autres plantes aquatiques que l'on peut très facilement ensemencer. En combinant cet élevage avec celui des grenouilles de Seine et-Marne sélectionnées et de certaines autres, telles que la grosse « rana viridis » des étangs du département de l'Indre, on pourrait certainement créer des K fermes de grenouilles » donnant des bénéfices analogues à ceux des fermes américaines. Il a toujours été admis que l'on pouvait se faire k des livres de rente » en élevant des lapins; pourquoi ne pas s'en faire aussi en élevant des grenouilles î

Notons bien que la chair de la grenouille est une nourriture très saine : on peut la recommander aux convalescents et aux nombreuses variétés de neurasthéniques qui traînent, fa notre époque de surmenage, une existence désenchantée. Frites dans une pSte à beignets, à la poulette, en omelette, sautées à la maître d'hôtel, les grenouilles se font apprécier.

La préparation de ce petit gibier est fort simple. On les écorche, puis on les laisse tremper, toute une nuit, dans

22+ ACTUALITÉS SCIENTIKIOUES

de l'eau bien propre qui les rend blaoches comme du poulet. Au malin, les membres postérieurs sont « dressés », c'est-à-dire que les paltes sont croisées et qu'on leur donne à peu près la forme adoptée par les bouchers lorsqu'ils préparent l'arrière-train d'un chevreau. Les membres sont ensuite placés sur des linges secs, puis triés, et livrés en brochettes par catégorie à la consommation. La contemplation d'une brochette de « grenouilles-taureaux » ne serait point banale, en vérité : espérons quedesgens d'initiative nous en donneront la satisfaction.

Actuellement, on se contente de pêcher la grenouille élevée et engraissée par ses propres moyens. On nous a cité un pêcheur de l'Indre, aux environs d'Argenton-sur- Creuse, qui en récolle ijo.ooo dans une seule année, pendant les sept mois que dure cette pêche, et qui en tire de fort jolis profits : ce « cumulard » complétait ses bénéfices en récoltant des champignons et des pissenlits.

Le matériel de pêche est tout à fait élémentaire.

En hiver, lorsque la grenouille engourdie par le froid, dort dans la vase, ou dans les herbes, on la drague tout simplement avec des râteaux.

Parfois on l'attire, pendant la nuit, vers le bord, en allumant des torches ou des lanternes. Victimes de leur curiosité, les batraciens viennent contempler la lumière et restent devant comme hypnotisés : on les recueille alors à l'épuiselte.

La pèche de la grenouille à la ligne est un amusant petit sport.

La ligne est une simple baguette, un « scion » quelconque coupé à un saule du rivage, et à l'extrémité duquel on attache une ficelle longue de 3 mètres environ ; une simple épingle recourbée sert d'hameçon. Comme appât, on peut employer un morceau de viande, un innocent escargot extrait de sa coquille, un ver, un morceau de peau de gre-

Page 1