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L£ POISSON-CHAT

Le poisson-chat ! Vous nous la baillez bonne, vont dire nos lecteurs. Quelle est cette prétention tendancieuse à allier »vec le poisson un des animaux qui ont le plus au monde horreur de l'eau ?

Répondons tout de suite, et bien vite, qu'il ne s'agit point du tout de procéder h quelque mélange zoologiqae yilainement empreint de sorcellerie. Le poisson-chat est bel et bien un poisson, c'est» Tamiure « des naturalistes, « le cat-fish » des Américains. On l'a qualifié « chat » — et et il n'a pas protesté que nous sachions — parce que sa grosse tête ronde, aux yeux questionneurs, est hérissée de huit barbillons dressés comme les moustaches de nos bons chats terriens: il n'est point angora, bien entendu, c'est un chat de... rivière.

D'abord, parce qu'il est de notoriété récente, d'actualité scientifique, ce poisson-chat nous intéresse particaiièrement : première qualité.

Ensuite parce qu'il semble appelé à jouer un rôle dans le repeuplement de nos cours d'eau : c'est le point de vue pratique: deuxième et importante qualité.

Les zo«rfogistes le nomment amiurus nebalosus : c'est un beau nébuleux; il inléresse les dames à ce titre, car un peu de mystère ne nuit pas.

■ Mais, venons précisément à ce point de vue pratique que nous avons signalé.

Les pécheurs à la ligne el au filet actuellement se lamentent. Non seulement les braconniers de pèche se livrent à d'insolentes hécatombes, mais encore les usines et les fabriques, par les eaux résiduaires qu'elles y déversent, empoisonnent les rivières et les cours d'eau. Dans certaines régions, la destruction esl d'ores et déjà presque complète. On ne sait pas, comme le dit la romance où vont les brunes birondetles », mais on sait très bien de quoi meurent les poissons navrés par le « struggle » industriel.

Tantôt, c'est l'hémorragie des branchies résultant de l'irritation mécanique produite par le minerai pulvérisé des usines ou par la poussière de houille. Ou bien, c'est l'asphyxie produite par les fibres de bois et de textiles qui obstruent les branchies. Les eaux ferrugineuses détruisent le globe oculaire du poisson : le voilà aveugle. Les acides el les alcalis « décapent » te pauvre animal, lui dévorent les écailles et la peau, lui rongent la bouche : c'est la mort sans phrases!

En attendant que les rigueurs de la législation et la sagesse des industriels aient un peu mis ordre à celte destruction inconsidérée, il est bon de signaler qu'il y a un poisson plus résistant que les autres et capable de soutenir la lutte, sinon contre les braconniers, du moins contre les usines. Nous l'avons, tout d'abord, nommé : c'est le poisson-chat, le cal -fisb.

Il est déjà fort répandu dans la bonne société des pécheurs aux États-Unis, car, d'après ce que nous apprennent les gens bien informés, il s'en vend environ 4^.000 kilogrammes chaque année dans un seul marché de New-York, à raison de 2 francs le kilogramme. Voilà déjà une fort sérieuse gibelotte de poisson-chat, à moins que ce ne soit, chose plus vraisemblable, une matelote.

Le poisson-chat, dont la rusticité et la fécondité sont

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