I.E POISSON-CHAT
méritoires, se conforme au vieux proverbe, malgré l'aspect rébarbatif que la nature lui a octroyé, « Cet animal est fort méchant, quand on l'attaque il se défend. » Mais quand on ne le provoque pas il n'attaque personne; il est bon poisson, brave chat, et pacifique, comme on était jadis, bon mari, bon père, et bon garde-national.
Très vorace, il avale, à bouche-que-veux-tu, les vers, les végétaux, les animaux aquatiques, les microbes, et les résidus industriels ; mais, il ne faut pas lui parler de manger les autres espèces de poissons, ni leurs ceufs. Celle lâche lui répugne instinctivement, et lorsqu'il s'agît de nuire à ses congénères, suivant l'expression acluellemenl admise, « le poisson-chat ne marche pas « I II reste obstinément confiné dans son rôle d'assainisseur et n'en veut sortir sous aucun prétexte.
On ne pouvait pas, en vérité, laisser aux États-Unis le monopole d'un aussi agréable poisson. Empressons-nous de constater que la vulgarisation ena été faite 1res gracieusement par le rédacteur en chef d'un journal de pisciculture de New- York, M. Mather. Après avoir propagé le poisson-chat aux États-Unis, M. Mather en a envoyé des alevins en Belgique, et ils y ont prospéré dans la propriété de Lommel, dans le Limbourg belge, oii un homme de science et de progrès, M. Charley Poutiau, les a mis à fessai.
Pendant douze ans, M. Poutiau fit des déversements d'alevins de poissons-chat dans le canal de la Meuse, et l'an dernier il en offrit généreusement 7,000 aux Sociétés françaises de pisciculture : l'étude du poisson-chat, préludant à son succès, se fait maintenant dans le département de Seine-et-Oise.
Il yalà, tout d'abord, pour les pécheurs, de grandes satisfactions en perspective. Mais, il faut mettre en ligne de compte aussi une précieuse ressource alimentaire. Car, ce
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poisson, en quatre années, parvient assez aisément à la taille de Eo centimètres environ et au poids de un kilogramme : il constitue ainsi une belle pièce. Sa chairesl tendre et savoureuse, intermédiaire entre celle de la truite et de l'anguille. Enfin, de même que l'anguille, il n'aqu'une seule arête, et ton peut le manger avec des gestes propres et délicats, sans avoir l'air, ainsi qucle prétendent les gens malicieux, de se tricoter une paire de bas dans la bouche pendant le repas.
Le poisson-chat, lorsqu'il a été question de l'acclimater en Europe, a reçu, tout d'abord, un assez mauvais accueil. Voici pourquoi, 11 a une sorte de cousin zoologique, un proche parent, nommé le « silure glanis » qui habite le Danube. Ce gaillard-là, à la façon de l'esturgeon, détruit tout et attaque même les hommes : il pèse volontiers 25o kilogrammes et terrifie les populations danubiennes qui le traquent comme un loup. Mais ne confondons pas ce brigand des eaux avec le gentil petit poisson-chat : tout le monde n'a pas les mômes dimensions ni les mêmes instincts dans une même famille, et d'ailleurs notre chat terrestre ne le démontre-t-il pas ? Ne semble-t-il pas avoir été créé et mis au monde, comme on dit, pour nous permettre, sans danger, de caresser le tigre ? De même, souhaitons de pouvoir bientôt « ferrer » à la ligne, dans nos cours d'eau, même industriels, l'inoffensif et savoureux poissonchat I
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