‹ Actualites scientifiquesChapitre 7 sur 97 · LA PHOTOGRAPHIE INDUSTRIELLE · texte numérisé non relu

LA PHOTOGRAPHIE INDUSTRIELLE

La pholozincographie s'opère en reportant le dessin à reproduire sur une fenille de zinc susceptible de receToir l'encre d'imprimerie et de permettre le tirage à la presse lithographique. Le zinc est recouvert d'une infusion de noix de galle : on place le calque dessus, on laisse la lumière faire son oeuvre. En plongeant le zinc dans un bain d'essence, l'image apparaît en traits blancs sur un fond noir ; on la lave à l'eau acidulée d'acide acétique. Puis, on vernit le zinc; le vernissage ne s'attache au métal que sur les parties découvertes. En enlevant la couche du fond au moyen d'un tampon imbibé de benzine, le vernis insoluble dans la benzine demeure sur la plaque et reproduit exactement le dessin. Voilà le cliché positif tout prêt pour la délicate impression.

Ces divers procédés dans lesquels les spécialistes sont passés maîtres ont, comme nous le disions au début, non seulement apporté une très réelle économie sur les anciennes méthodes, mais encore, permis de vulgariser, d'une façon très profitable k l'intérêt général, le dessin industriel sous diverses formes. On ne s'est pas borné au dessin industriel proprement dit : le dessin artistique, lorsqu'il n'est pas trop compliqué, se prête aussi à des reproductions pratiques.

On peut également obtenir des épreuves en couleur, les épreuves polychromes, avec des teintes très utiles pour distinguer les matériaux entre eux et permettre l'intelligence des dessins dès le premier coup d'oeil.

Dans ce cas, on a recours au « triage photographique n des couleurs, dont le savant Ducos du Hauron a donné la formule. Avec trois clichés photographiques sous verre bleu, rouge et jaune, couleurs fondamentales, on élimine tout d'abord les autres couleurs. Puis, en superposant ces trois clichés fondamentaux, on reproduit la teinte des diverses parties. Le noir n'ayant aucune action sur les sels

24 ACTUALriÉS SCrENTIFIOCES

d'argeni ou de fer, lorsqu'on photographie un dessin traité avec un écran orange, on obtient un négatit où toutes les parties claires correspondent aux diverses intensités du bleu; de même, on obtient les intensités du rouge avec un écran vert (car le vert est en quelque sorte l'ombre du rouge), et les intensités du jaune avec un écran violet. En superposant à l'impression les tirages colorés de ces trois clichés, on obtient le dessin en coulenrs. Assurément les résultats obtenus n'ont pas la délicatesse de ceux de l'aquarelle, mais néanmoins les bonspraticiens obtiennent déjà des effets satisfaisants. La vulgarisation du dessin industriel en couleurs suivra de près la découverte de la photographie directe en couleurs à laquelle les savants travaillent avec une inlassable patience et dont la réalisation ne paraît pas douteuse.

LES BOUTEILLES HËGANIQUËS

C'est un grand progrès que la fabrication mécanique des bouteilles. 11 a été réalisé par un distingué ma lire- verrier de Cognac, M. Boucher, qui peut dire, en modifiant légèrement le vers classique :

Que de soins m'a coûtés cette fiole si cliëre I

Donc, M. Boucher a combiné un outillage simple, pratiqué, et ne coûtant pas très cher, lequel permet de mouler des bouteilles de toutes formes, de toutes capacités, des carafes, des flacons.

Nous ne pouvons pas décrire en détail cette ingénieuse machine : cela a été fait, d'ailleurs, d'excellente façon par M. Léon Appert à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale et par M. Jules Henrivaux, dans son rapport sur la verrerie à l'Exposition universelle.

Contentons- no us de dire que le rôle de l'ouvrier verrier fabriquant les bouteilles se réduit désormais à aller « cueillir i le verre en fusion dans le four ardent de la verrerie, puis à le déposer dans le moule de la machine à mouler. Le moule se referme : un compresseur d'aii-, d'un coup de pédale, envoie un jet d'air comprimé dans le moule ; voilà la bouteille faite, irréprochable. La fabrication complète d'une bouteille dure quarante secondes. Avec deux machines et trois ouvriers, on peut fabriquer 3.600 bouteilles par jour, au lieu de 600 que l'on fabriquait

26 ACTUALITÉS SCIEXTIFIQUES

péniblement par l'ancienne méthode de soufflage à la canne avec la bouche.

Le résultat, pratifiue, industriel, est donc considérable. Mais il y a d'autres avantages à considérer dans ce progrès des plus importants : ce sont les avantages au point de vue de l'hygiène des ouvriers.

C'étaient de véritables enfers que les anciennes verreries à bouteilles. La fusion et le raffinage du verre exigent, en effet, une température de i.Soo degrés et le verre pâteux, cueilli avec les cannes qui servaient à le souffler, était chauffé vers 900 à 1.000 degrés centigrades, il en résultait que les ouvriers travaillaient dans des ateliers où la température était constamment de 4^ à 5o degrés, La fluxion de poitrine, la bronchite, les refroidissements variés, la phtisie, décimaient ces pauvres gens toujours suants bien que couverts à peine de vêlements légers, ou à moitié nus.

Mais il y avait encore quelque chose de pire. C'était l'opération du soufflage. L'ouvrier mettait dans un moule que refermait un gamin la boule de verre placée au bout de sa canne creuse. Alors il soufflait dedans, de tous ses poumons, et la bouteille prenait sa forme. Quel terrible travail ! D'abord, l'épuisement de souffler, souffler sans cesse. Puis, l'inévitable aspiration partielle d'un air enflammé, brOlant les tissus de la gorge et les poumons. Les ouvriers verriers ne dépassaient guère quarante ans, et encore ! A côté de toute verrerie qui se créait, il fallait aménager un cimetière qui ne chômait jamais.

Le maître verrier Léon Appert, de CUchy, véritable bienfaiteur de son industrie, montra tout d'abord comment on pouvait employer de l'air comprimé, au lieu de procéder à ce mortel soufflage par la bouche qui était resté tel quel depuis l'origine de la verrerie. Ce fut une première conquête dont M. Boucher sut tirer le parti que l'on peut penser pour l'annexer A son moulage mécanique des

LES BOUTEFLLES MÉCANIOtTES 27

boiileilles. Conquête difficile à faire elle aussi I car comprimer de l'air, c'est bientôt fait, mais, quand on veut se servir de cet air, il faut le laisser se détendre bien sagement, à pression modérée et réglée. M. Léon Appert mil aussi des années de recherches patientes à combiner les appareils, finalement très simples et très obéissants, au moyen desquels le premier venu peut se servir de l'air comprimé avec une précision parfaite.

Nous disons « le premier venu n ; et la chose n'est pas banale. Car, autrefois, dans un passé tout récent, la verrerie à bouteilles exigeait de ses ouvriers un long et pénible apprentissage. Les apprentis de treize ans étaient déjà depuis plusieurs années dans la dévorante atmosphère. Avec le procédé Boucher, l'apprentissage de l'enfance n'est plus nécessaire, et l'on pourra, sans doute, ou bien renoncer au travail de.s enfants dans les verreries, ce qui serait la meilleure solution, ou bien les employer à un travail intelligent et galubre qui leur permettra de devenir de

Cet exemple du concours apporté par la science à la pratique industrielle est tout à fait typique et intéressant. Il montre, unefoîs déplus, que les problèmes les plus difficiles peuvent être résolus par une analyse persistante, avec la volonté ferme de trouver la solution. Bien d'autres industries pourront être, n'en doutons pas, assainies, régularisées, affranchies de toutes les souffrances physiques imposées à leur personnel, par des recherches analogues k celles dont nous venons de donner un aperçu.

Lorsque nous parlons de patientes recherches, en ce qui concerne la verrerie, ce n'est pas une simple façon de nous exprimer. La verrerie remonte, en effet, aux temps les plus anciens de l'Humanité. L'Histoire nous a conservé la renommée antique des verres de Thèbes, de Memphis, d'Alexandrie, de Tyr, et de Sidon ; et les historiens, ainsi

28 ACTUALriÉS SCIENTIFIQUES

que les savants, étaient d'accord pour considérer la verrerie comme une des industries les plus funestes à la santé humaine. Encore le dommage était-il limité tant que cette industrie fabriquait, aux temps ataviques, presque uniquement des objets de luxe. Mais le verre, en se vulgarisant, augmenlaitsans cesse les ravages de sa fabrication : chaque accroissement de la vente des bouleilles,notamment,correspondait à une véritable rançon payée en vies humaines. Désormais le Minotaure « Four de verrerie » ne percevra plus te cruel tribut qu'il a, pendant si longtemps, exigé du personnel des travailleurs.

Malgré son développement graduel à travers les âges, la verrerie, l'industrie du verre, ainsi que l'a constaté M. Henrivaux, un desmattres qui la connaissent le mieux, ne reposait que sur d'anciens procédés, et ne vivait, en plein progrès, que de sortes de recettes mystérieusement transmises et fidèlement observées. Dussent en frémir les ombres jalouses des célèbres « gentilhorames verriers n, les voiles de leur temple sont déchirés. Depuis quelques années, la verrerie est entrée résolument dans une voie nouvelle : elle suit, comme perfectionnements de fabrication et comme applications, le mouvement général et savamment progressiste que les besoins plus pressants et constamment renouvelés de la civilisation impriment à l'industrie moderne dans son ensemble. L'intelligente machine donne à l'ouvrier verrier, comme à tant d'autres travailleurs, la rémunération large d'un travail hbre sans lui faire perdre, pour cela, le plus précieux de tous les biens : la santé.

LE celluloïd

L'industrie du celluloïd, qui est devenue une industrie des plus importantes, dale de trente-cinq ans seulement. Ce furent deux inventeurs américains hardis, les frères Hyatt, qui, en faisant des recherches sur les explosifs, arrivèrent à définir le curieux produit employé à faire des peignes et des fleurs artificielles.

Cependant, c'est hien dans son genre, et tout pacifié qu'il soitj une sorte d'explosif que le celluloïd. Il consiste, en effet, en un mélange de cellulose nitrique, de pyroxile, c'est-à-dire de colon-poudre, avec du camphre.

Sa préparation est assez simple, mais, comme on peut le penser en considérant sur quoi elle repose, elle exige beaucoup de soins et de précautions.

Le pyroxile se prépare en traitant du papier, c'est-à-dire de la cellulose, par un mélange de 5 parties d'acide sulfurique avec 2 parties d'acide nitrique.

On obtient une pâte que l'on blanchit au permanganate de potasse; pendant qu'elle est encore humide, on la broie sous des meules avec du camphre, on la passe à la presse hydraulique, puis on la découpe en feuilles que l'on fait sécher à l'étuve à la température de 65 degrés centigrades.

Assagi par son mélange avec le camphre, l'explosif pyroxile, une fois séché, peut se travailler comme le bois et l'ivoire auquel il ressemble beaucoup en apparence.

iW ACTUALITÉS SCIENTIFIQUES

A 80 degrés centigrades, il est mou, et se laisse docilement mouler.

Mais, porté à la température de 180 degrés, il se souvient de nouveauqu'il est explosif et il détone sous le choc.

Le défaut principal de cette jolie matière est sa combustibilité : elle est tout à fait incendiaire.

Les chimistes n'ont pas manqué de chercher à rendre le celluloïd ininflammable, et ils ont pris, dans ce but, de très nombreux brevets; mais aucun n'a donné absolument le résultat espéré. Le chlorure d'étain, d'aluminiun, ou de zinc, les sels ammoniacaux, les silicates, les borates, préconisés tour à tour, ont toujours abouti, par leur incorporation, k diminuer la transparence, l'élasticité, et la résistance du celluloïd; mais jamais aucune formule ne lui s enlevé son inflammabilité de fulmi-colon.

Il convient d'ajouter que, malgré quelques accidents, celte- inflammabilité n'a découragé personne. Plus on fabrique de celluloïd, plus on en vend : il est si joli, il donne si bien l'illusion de l'écaîlle, de l'ivoire, et plus modestcmeni, de l'os et de la corne.

Voulez-vous aussi des pierres précieuses en celluloïd? On vous fournira, à s'y tromper, corail, jade, malachite, et turquoise.

L'industrie du peigne utilise, à elle seule, la moitié de ce que l'industrie fabrique, en bloc, de celluloïd.

Mais l'autre moitié de la production est employée pour les usages les plus divers.

On en façonne étonnamment pour les fumeurs sous forme de bouts de pipes et de porte-cigares, remplaçant l'ambre qui ne cesse de coûter fort cher. L'industrie de lu canne et du parapluie en met en œuvre pour faire ses poignées, et l'on 3 vu des pianos avec des louches en celluloïd contre lesquelles les éléphants eux-mêmes pussent été sans défense.

LE celluloïd • 31

A UD momeot donné, on préconisa, pour les gentlemen qui ne veulent pas faire blanchir leur linge à Londres, ni même avoir un carnet trop chargé chez la blanchisseuse, la lingerie en celluloïd. Son nom de h linge américain » était attrayant, et les cols, faux-cols, et manchettes, eurent un assez grand succès. Fort heureusement, au point de vue du vrai luxe de la lingerie, ces accessoires ingénieux n'eurent pas une victoire absolue. Néanmoins, que Ton ne s'y trompe pas : ils jouent toujours un rùlc important, et les commerçants chargés de les fournir à leur clientèle, disent, dans leur langage spécial, que « l'article est classé et que la demande est régulière ».

Les phonographes ont été, tout d'abord, tributaires du celluloïd, avec lequel on moulait les cylindres sur lesquels vient s'inscrire, d'une si curieuse façon, la parole humaine. Mais, on y trouva des inconvénients, et maintenant, les fabricants de phonographes ont tous des formules de compositions spéciales pour leurs cylindres. Cependant, pour les bandes de cinématographes, le celluloïd en feuilles étroites, d'une longueur presque indérmie, a conservé son monopole. C'est là-dessus que s'enregistrent toutes sortes de scènes d'actualité intéressantes au point de vue historique, et malheureusement aussi, grAco à i'habileté des préparateurs, les scènes « qui auraient pu se passer a. On comptait fort sur le cinématographe pour mettre fin aux légendes ; ne nous berçons pas de ce fol espoir : il crée des légendes !

Nous avons parlé de l'emploi du celluloïd pour la fabrication des couronnes mortuaires. Cette application macabre est florissante. Sans être plus étemelles que les regrets, si vite efl'acés, qu'elles symbolisent, les couronnes en celluloïd sont de bonne durée sous les tristes intempéries des nécropoles ; de plus, elles sont moins fragiles, et surtout plus économiques que les diverses autres

variétés d'hommages funèbres de ce genre. Les larmes des oraisons funèbres s'épandent donc, de plus un plus, sur de ravissantes fleurs en fulmi-coton.

Il faudrait un volume pour décrire les applications de cette matière, règles à calcul, équerres, broches de filature, visières de casquettes, talons de chaussures, revers de bottes, isolateurs de fils électriques, sommiers pour découper les enveloppes et les billets de banque : c'est toute une technologie. Les usages se multiplient sans cesse et Ton en imagine chaque jour. Le chimiste, qui trouvera le véritable moyen de rendre incombustible cette substance protéique, aura complété l'une des plus remarquables inventions modernes : souhaitons à cet inconnu le succès.

b,Googlc

Page 1