CURIEUSES MALADIES
fauteuil : ne prononcez pas devant lui des termes rappelant l'acte qui consiste à s'asseoir, par exemplede «magistrature assise ». Aussitôt il sursaute, il se contourne, il se cramponne à tout ce qui l'environne. Quelques sujets, lorsqu'ils essayent de s'asseoir, se relèvent comme si on les avait assis sur une plaque de fer rougi, et sont obligés de courir à quatre pattes pour faire passer l'accès.
Les ti akatisiques » ne pouvant pas toujours rester debout ont la ressource de se coucher. Cela peut encore aller dans certaines professions ; mais, si l'on est atteint de cette maladie, on ne saurait songer à devenir un chef de bureau sérieux : jamais on ne dépassera le poste de souschef de bureau ou de secrétaire particulier.
Il est vrai que l'akatisie a pour contre-partie une maladie autre nommée » l'abasie ». Dans celle-là le sujet quoique bien portant ne peut pas rester debout; il s'effondre sur tout ce qu'il rencontre, chaise, fauteuil, canapé, tabouret. Mais la position verticale lui est interdite. Assurément, les abasiques sont des gens très difficiles à utiliser.
Pour terminer cette agréable série de maladies curieuses, signalons « l'épidémie de rire » qui vient, paralt-il, d'être observée à Wellington, dans l'illinois. Elle est très curieuse.
On sait, même sans y avoir été, que les États-Unis sont une des régions du Monde où l'on s'ennuie le plus. L'Américain s'ennuie dès le jour de sa naissance, il s'exerce ensuite à s'ennuyer le mieux et le plus possible, et c'est ainsi qu'il arrive à ce flegme, justement renommé, qui lui a valu une admiration presque universelle.
Mais revenons à l'épidémie de l'illinois. On y rit! On y rit partout, d'une façon contagieuse. Les transactions commerciales sont interrompues, les médecins y perdent leur latin, on rit aux enterrements : l'illinois se tord, et les gens sérieux de ce pays ne peuvent s'empêcher de déclarer, entre deux éclats de rire, que cette situation n'est, en vérité,
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pas risible du tout. Peut-être fauUl voir dans cette contagion une réaction naturelle contre les longues années d'ennui systématique dont nous avons parlé? Peut-être aussi quelque médecin avisé trouvera-t-il h Wellington le microbe du rire et son sérum guérisseur ? Ce serait une belle découverte scientiGque : mais comme nou» n'avons pas encore entendu parler de cette épidémie de ce côté-ci de l'Atlantique, espérons que l'on ne rendra pas cette vaccination spéciale obligatoire : le célèbre « baume de porte-enterre '1 suffit, jusqu'à nouvel ordre, à catmeP les gens disposés à abuser de ce que « rire est le propre de l'homme w, et nous restons de l'avis du poète Regnard dont les vers ont eu tant de fois les honneurs du mirliton ; « Les moments que l'on passe à rire sont des mieux employés de tous. » Donc, que l'Illinois s
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crobes pathogènes, et il iiest pas douteux qu'il puisse être souvent considéré comme l'agent initial et nécessaire d'infections telles que l'appendicite et la dysenterie.
Mais, il y a plus encore. Le professeur agrégé Guiart a montré que la fièvre typhoïde doit être attribuée aussi au trichocéphale. Les microbes spécifiques, désormais bieo connus, de la fièvre typhoïde, gardent à la vérité, leur action malfaisante: mais il est démontré qu'ils n'agissent que par suite des lésions produites dans la muqueuse par l'helminlhe. Il en résulte que, au début de toute aiîectioa intestinale, au lieu de rester dans l'expectative comme on le faisait méthodiquement, il est prudent d'administrer une médication « anthelminthique « appropriée, Sublatâ causa cessai cl effeclus, dit ajuste titre la vieille formule.
Ce qui a été découvert du rôle des helminthes dans l'appendicite, la fièvre typhoïde, et la dysenterie, s'étendra vraisemblablement à d'autres maladies. On avait été mis sur la trace de ces recherches par l'étude des « trypanosomes w, petits protozoaires appartenant à la classe des " flagellés )). Les trypanosomes sont toujours parasites du sang des vertébrés et ils nagent dans le plasma sanguin : ils y font souvent de la fort mauvaise besogne.
On les a découverts, il y a une soixantaine d'années, dans le sang des grenouilles, des poissons, et de certaines espèces de rats : ils ne paraissent pas nuire à l'économie de ces animaux à sang froid, mais il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit d'animaux d'autres espèces.
Ainsi, il y a dans les Indes une maladie que l'on nomme le (1 surra » et qui ravage les équidés et les camélidés. En 1880, Evans montra que cette maladie, était due tout simplement à un Irypanosome spécial.
Ce fut une sorte de début d'investigation et l'on reconnut bientôt, et successivement, qu'il fallait attribuer à des trypanosomes caractérisés un grand nombre de maladies d'ani-
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maux domestiques, le <■ nagana » ou maladie de la mouche Isé-tsé qui frappe les bœufs et les chevaux d'Afrique; la B dourine u, parlicuhère aux chevaux et qui est répandue sur les bords delà Méditerranée; le >< mal de Caderas», ou maladie de la croupe, qui ravage les chevaux de l'Amérique du Sud ; le « galziekte », ou maladie de la bile, qui navre les bœufs du Transvaal.
En deux ans, les trypanosomes ont détruit les élevages de chevaux et de bœufs de l'île Maurice : Java fut menacée d'un sort pareil et les Hollandais ont eu beaucoup de peine à l'en préserver jusqu'à présent. Enfin, on en redoute l'invasion dans les colonies de la Réunion et de Mada-
gascar.
L'espèce humaine sera-t-elle tout au moins à l'abri de ces tout petits et terribles monstres? On peut craindre quenon,etpeut-être se préparera la lutte. Car, en mai igoS Castellani fil connaître la découverte d'un trypanosome dans le liquide céphalo-rachidien d'un nègre atteint de la a maladie du sommeil » et l'on put, plus tard, identifier ce trypanosome humain avec un trypanosome aperçu en 1901 par le savant anglais Dutton dans le sang d'un Européen en Gambie.
Les caractères généraux de l'infeclion animale par trypanosomes sont des poussées fébriles qui se manifestent dès que les méchants parasites prennent possession du sang. Ensuite, bien que les animaux fassent preuve d'un bel appétit, plus actif encore, en maintes circonstances, que dans le cas d'immunité, un amaigrissement se produit, avec un affaiblissement consécutif que rien ne peut entraver. La décrépitude est fatale : tantôt ce sont des semaines, tantôt ce sont des mois, selon la résistance intime du sujet, pendant lesquels se prolonge la lutte, mais l'issue n'est pas douteuse. Le seul médicament qui ait paru pouvoir, jusqu'à présent, prolonger l'exis-
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tcnce des animaux alieints, c"ost l'arsenic. Pout-être en trouvera-l-Ott d'autres en étudiant de prôs les différents cas d'infection?
Une particularité des infections par les trypanosomes, c'est leur action 6ur la rate qu'ils hypertrophient et à laquelle ils font atteindre parfois la proportion énorme de dix fois son volume primitif et normal !
Faut-il, nous object«ra-t-on, se préoccuper ainsi, dans les régions tempérées, des dangers que peuvent faire courir aux humains ces petits parasites jusqu'à présent constatés seulement en Afrique, au TranBvaal, dans l'Amérique du Sud, dans les pays tropicaux et subtropicaux ?
Il semble en effet qu'il convient de les considérer comme un danger possible et de les observer avec soin pour diverses raisons.
D'abord, en raison de ce fait que l'adoucissement général des saisons peut leur procurer des « terrains de culture » dans des régions où, jadis, ils étaient sans action,
Ensuite, parce que les transports rapides, navigation et chemins de fer, ainsi que la multiplicité de plus en plus grande des relations et des échanges de produits entre les nations et les races les plus diverses, tendent à créer, de plus en plus, une sorte de solidarité de l'hygiène et de ta santé humaines.
tes matières alimentaires exotiques sous diverses formes, notamment sous celle des conserves, entrent, de plus en plus, dans la consommation. Les bois de construction, d'ébénisterie, do pavage, les textiles, les tissus, sont échangés, emmagasinés, débités, sur les points les plus divers et les plus éloignés de leur origine. Qui sait si leurs poussières ne renferment pas les germes de diverses variétés de trypanosomes? On sait, par ailleurs, que cea
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infections sont propagées par des mouches, par des moustiques, et il est prudent d'étudier, à ce point de vue, partout où ont pu éclore les mouches et les moustiques exotiques, la santé des animaux et des humains.
Il est, d'ailleurs, rassurant de penser, comme nous le disions tout d'abord, que la Science actuelle est bien avertie du danger et bien outillée pour lutter contre lui dès qu'il sera effectivement constaté. La découverte de ces nouveaux fléaux, ignorés il y a seulement quelques années, peut logiquement être considérée comme une rançon du progrès : c'est sous cet aspect philosophique qu'il convient de la considérer.
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