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LA PEUR CH£Z LES ENFANTS

C'était, c'est trop souvent encore, un procédé d'éducation — s"il est permis de s'exprimer ainsi — que de faire peur aux enfants.

Non pas de les influencer par la crainte d'un châtiment qui devrait être autant que possible toujours moral et non matériel, mais, de les intimider par des terreurs îmagi-

U faut dire et redire aux parents, aux amis, aux éducateurs de toutes sortes que c'est là, scientifiquement, et d'une façon certaine, une œuvre néfaste, une « fabrication de poltrons ".

Des recherches physiologiques précises ont été faites, , des observations ont été recueillies et classées : les résultats sont formels. La peur, sous une forme quelconque, est un des plus détestables procédés d'éducation que Ton puisse employer.

Notons bien que le sentiment de peur dont nous parlons n'est pas un sentiment de crainte légitime : c'est une angoisse disproportionnée avec le danger et dont on peut augmenter volontairement les proportions. Certes, il convient d'encourager et de développer chez les enfants la prudence, la crainte du danger réel, la présence d'esprit, le jugement, qui leur permettront de ne point se jeter tête baissée dans les accidents ; mais il faut, au contraire, agir

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coDtre la peur et toujours chercher à la supprimer dans toute la mesure du possible.

La liste des objets qui sont susceptibles d'eiTrayer les enfants est d'une étonnante variété.

En première li^ne, il faut placer la peur de l'obscurité, de la nuit: c'est, en quelque sorte la « peur type ». L'enfant ne peut expliquer pourquoi il l'éprouve et cela n'a rien de surprenant, puisque beaucoup d'adultes éprouvent aussi une sorte de malaise dans robscurilé. 11 convient de lutter graduellement, avec beaucoup de ménagements, contre cette peur de la nuit: les violences, les expériences brutales ne produisent dans la grande généralité des cas que des aggravations par suite des chocs nerveux qu'elles occasionnent.

Il y a aussi toutes sortes de peurs psychiques, fondées sur l'inconnu, le mystère, la couleur ; peur des masques, peur de la solitude, des fantômes, des loups, des hommes noirs, ramoneurs ou charbonniers.

Les petites filles redoutent particulièrement les bruits violents, détonations d'armes à feu, bruits de pétards, coups de lonncre, débouchage des bouteilles de vin mousseux ; mais, les petits garçons partagent souvent aussi ces frayeurs dont on parvient surtout à les débarrasser en faisant appel à l 'amour-propre.

Enfin, il y a les « phobies », c'est-à-dire la peur de certaines choses ou de certains animaux, rats, souris, chenilles, araignées. C'est en vain que l'on tenterait de faire disparaître ces phobies par la violence : il faut faire appel au raisonnement, lequel n'a pas toujours le dessus. Il faut surtout éviter de se servir de ces peurs spéciales comme moyen de commandement, de coercition, ou de punition : cela peut occasionner de graves accidents sans aucun résultat utile.

Un instituteur, étudiant la question qui nous occupe, a

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fait une investigation méthodique sur sa classe qui se composait de aH élèves. Voici quelles ont été les conclusions : 7 élèves ont déclaré des peurs causées la nuit, ou, le jour, par un danger plus ou moins sérieux, chien, bœuf, ou ivrogne, qui les avait poursuivis, chute dans l'eau, ou saignement de nez persistant.

Treize ont eu peur d'un danger imaginaire, bruit de branches cassées, ombre prise pour un malfaiteur, surprise faite par un mauvais plaisant.

Quatre avaient éprouvé des frayeurs purement imaginatives dont divers croquemitaines étaient les auteurs.

Deuxavaient pris pour de la peur l'angoisse qu'ils avaient éprouvée de s'êlré égarés.

Enfin 2 autres avaient eu peur d'une punition méritée.

On voit que les peurs par imagination sont au nombre de 17 el par conséquent en majorité dans les résultats de cette expérience. Cela montre toute l'importance de ces peurs par imagination et aussi la véritable obligation qui s'impose de les faire disparaître au lieu de les encourager.

Or, c'est précisément sur ce genre de peurs que reposait jadis l'éducation des enfants et qu'elle repose trop souvent encore. Des gens, en vérité,- inconscients, croient faire œuvre utile el agréable en remplissant les jeunes cerveaux de contes à dormir debout terrifiants ou fantastiques. Il y a toute une littérature de ce genre qui semble faite pour préparer des poltrons ou des candidats à la folie des grandeurs.

Certes, il n'est point aisé d'écrire pour les enfants et l'on ne connaît pas de formule infaillible pour les disiraire. La seule qui paraisse devoir être pratiquée, c'est la mise à leur portée, d'une façon aussi amusante que possible, d'événements réels. Mais, le Conte de fée quinéglige absolument l'ordre des phénomènes naturels est tout à fait néfaste. On peut toujours craindre, et cela se produit souvent.

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