LE MÈTRE
Il y a une chose, un système, tout à la fois scientifique et pratique, admirable de simplicité et d'exactitude, résumant, en quelque sorte, la netteté et la loyauté du génie français : c'est le système métrique. Tous les pays du Monde, au fur et à mesure que leur civilisation s'établit et que leur progrès s'affirme, se sentent irrésistiblement portés à adopter les mesures précises de ce système.
Le système métrique, dans la plupart des cas, rend impossible au vendeur de tromper l'acheteur. Les calculs auxquels il donne lieu sont d'une facilité en quelque sorte mécanique. C'est une chose excellente, et il n'est personne qui puisse sérieusement le contester.
Cependant, peut-être en raison même de la netteté que l'adoption générale du système métrique apporterait dans les transactions de tout ordre, il est des gens qui font de sérieux efforts, en toute occasion, pour s'opposer à son adoption volontaire en tous points du globe terrestre.
Voici quel est l'argument qu'ils font 'valoir, sous forme de question préalable, à cette adoption :
M Est-il vrai, diaent-ils, que « le mètre », sur lequel repose tout le système métrique, n'est pas rigoureusement, ainsi que le veut sa délînition même, la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre? N'est-il pas
simplement une longueur empirique et égale à celle d'une '< barre-étalon ? Celle longueur fondamentale pourrait-elle être reproduite dans l'hypothèse où l'étalon serait perdu ? >>
Ce son! là des questions auxquelles il n'est pas inutile de répondre en raison même de leur esprit scientifiquement malicieux.
Empressons-nous d'ajouter qu'elles sont généralement posées par des amateurs ingénieux qui se font un jeu de nier la rotation de la Terre, et même de contester sa courbure. Ils ignorent donc les principes élémentaires de l'Astronomie en ce qui concerne la rotation, et n'ont jamais regardé, avec une lunette d'approche, un navire se présenter du fond de l'horizon dans un port.
Mais nous ne les suivrons pas dans ces considérations évidemment fantaisistes.
Revenons au sujet plus immédiatement pratique du mètre et du système métrique, de cet admirable Système créé par la Commission française de l'Académie des Sciences le 17 mars 1791, rendu légal, obligatoire et exclusif, en 1901.
Pour répondre à la première question :
« Le mètre est-il rigoureusement la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre ?» il suffit de dire que, en dehors du domaine des mathématiques pures, l'égalité rigoureuse entre deux quantités ne signifie rien : seule l'égalité pratique a une signification.
Deux quantités sont réputées égales, et elles doivent l'être dans la pratique, lorsque, au degré de précision des mesures servant à les comparer, on ne peut constater, entre elles, aucune différence. 11 y a là une base, non seulement morale, mais encore matérielle, absolument fixe.
Assurément, depuis la création du mètre et du système métrique, les méthodes de mesures scientifiques se sont
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affinées et perfectionnées. Le mètre, à des sortes d'infiniment petits près, n'est plus conforme à sa définition. Soit !
Le kilogramme, fîdële auxiliaire du mètre, n'est plus exactement la masse du décimètre cube d'eau distillée. Soitl
Les définitions modernes des unités métriques, précisément pour être simples et aisées à trouver, ont dû être données de façon à éliminer pratiquement les faibles incertitudes résultant des différences constatées. Le mètre n'eet-il pas, à un cheveu près, la dix-raillionièrae partie du quart d'un méridien terrestre ? Le kilogramme n'estil pas, à un souffle près, la masRe du décimètre cube d'eau distillée avec une pureté irréalisable ? Qu'importe !
Ces deux unité» fondamentales sont représentées par les « étalons prototypes » déposés au Bureau international des poids et mesures près de Paris. Ces prototypes sont la propriété commune des vingt et un États ayant adhéré à la convention du mètre. De nombreuses copies, en platine irridié, en ont été établies et déterminées avec une précision aussi absolue que le permettent les instrU' menla de mesure actuels. Ces copies, répandues dans tous les paya civilisés, garantissent par leur ensemble l'uniformité et la permanence du système métrique au degré de précision indiqué.
Il est inadmissible, invraisemblable, que quelque cataclysme détruise toutes ces copies h la fois. Mais cela se produirait-il ? Grâce à une puissante organisation internationale, les copies du mètre et du kilogramme peuvent, an tout temps, être rapportées aux étalons du Bureau in^ ternational des poids et mesures, avec une précision égale à celle de leur première détermination, de telle sorte que si les mètres et kilogrammes types d'un pays quelconque avaient été endommagés, ils seraient, à bref délai, rétablis dans leur intégrité.
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De plus, on ne s'est pas contenté de la mesure d'arc du méridien, encore que cet arc du méridien soit bien demeuré, comme témoin, & sa place. La longueur du mètre a été rapportée à la longueur de certaines « ondes lumineuses homogènes », et cela avec une précision d'un ordre très supérieur à. celui de la première détermination en fonction des dimensions de la Terre. Tout .laboratoire de physique ayant un outillage exact est donc capable de constituer un « étalon de longueur d'onde » connues.
Enfin, pour en venir au poids, au kilogramme, dans tous les calculs qui n'ont pas en vue le plus haut degré de précision scientifique, dans la pratique, même très exacte, on considérera la densité d'un corps — c'est-àdire le quotient de sa masse par son volume — comme ■ deux quantités égales, équivalentes. C'est là une extrême simplification dans les calculs. Et veut-on savoir quel est l'écart possible entre les nombres résultant de ces deux définitions ? Hé bien 1 11 est de un vingi millième ! Ceux qui, dans la pratique, même très scrupuleuse, voudront discuter sur un gramme ou sur une fraction de gramme, en faisant une pesée de 20 kilogrammes, seront bien difficiles è contenter, on en conviendra : disons mieux, on ne les contentera jamais.
Laissons donc, pour en revenir à notre point de départ, les chercheurs d'idéal faire le procès de l'exactitude du mètre, et demander une précision absolue, surhumaine, à laquelle on n'atteindra évidemment jamais. Çontentonsnous de conseiller à tous ceux qui désirent avant tout la loyauté simple dans les échanges, les conventions, et les mesures, de s'en référer avec confiance à la précision du système métrique : sans aucune discussion, le mètre se mesure lui-même et il n'a rien à craindre d'aucune vérification.