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qu'au seuil du tombeau que son esprit a été à la hauteur de ce génie dont il n'avait pas su réaliser les inspirations. Byron ne fit qu'irriter et Napoléon que piétiner le mal que tous deux devinaient au sein de Thumanité et voulaient extirper. Maïs tôt ou tard d'autres envoyés viendront qui, avec autant de lumière et de force qu'eux, mais dansun autre esprit, esprit d'amour et d'humilité, pousseront plus loin leur œuvre, car si cette œuvre sera jamais achevée avant la fin du monde, c'est ce qu'est seul à savoir Celui qui est Lui-même cet Esprit et qui en a donné l'exemple au monde. Cet entretien à pareil moment, en pareil lieu et sur un pareil ton, m'impressionna presque comme si j'eusse vu l'esprit de Byron luimême faisant pénitence en cet endroit où il avait rêvé d'être enterré et murmurant tout cela à l'oreille de son continuateur. En revenant vers notre gondole et en voguant vers la ville, Adam poursuivit la comparaison entre ces deux géants contemporains. Il soutint qu'à son insu Byron, dans ses poèmes, observait la même tactique que Napoléon dans ses batailles, c'est-à-dire qu'il avait toujours en vue le point principal qu'à la fin il attaquait soudain avec toutes ses forces, et dont la prise lui assurait la victoire. 11 affirmait que tous deux, au fond de leur âme, étaient profondément croyants et religieux, parce qu'ils se sentaient toujoursen contact avec le monde invisible. Le temps seul leur manqua au milieu d'un labeur constant et du tourbillon de leurs pensées et de leurs sentiments pour se recueillir en esprit et s'éclaircir à euxmêmece mystère. Tous deux né voulurent et ne purent peutêtre pas admettre l'autorité de la parole d'autrui. Le lion et l'aigle, chacun dans son royaume, sont comme les génies au milieu de l'humanité ; chacun d'eux doit tout conquérir par lui-même et isolément : l'exemple et les règles du troupeau ne sont pas faites pour eux. Seulement l'oiseau et l'animal ont cette supériorité sur les hommes qu'obéissant aux seules
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lois de la nature, ils ne sont pas accssibles aux tentations : car il n'existe pas de tentations dans la nature, elles gisent dans le mauvais esprit contre lequel l'homme doit toujours lutter pour devenir à la fin le bon esprit. — 11 était déjà près de dix heures, qaand nous débarquâmes à Tescalier de la Piazzetta .
Il est facile d'imaginer avec quelle émotion Mickicwicz approcha de Rome. Bien des années après, il écrira à sa fille aînée, alors dans la Ville Éternelle :
Êlre à Rome, c'est le lot du petit nombre. Dans ma jeunesse, j'osais à peine y rêver. De mon temps, c'était, de Nowogrodek, aussi difficile qu'aujourd'hui de la (erre à la lune, Tu ne te figures pas combien nous soupirions après cela, en lisant Tite-Live, Suélone et Tacite. On nous élevait conformément aux prescriptions de l'ancienne république de Pologne. Nous vivions en elle et à Rome.
Quelle surprise c'eût été pour ce précoce amoureux de la Rome antique si, lavenir sedécouvrantà ses yeux, il eût aperçu son propre buste au Capitole et, sur la façade d'une maison de la Ville Éternelle, une plaque de marbre murée en son honneur au nom du Sénat et du peuple romain !
Plus les antiquités chrétiennes et payennes vous sont familières, plus on a de compétence artistique et plus Rome vous impose. Il n'y a pas de cité qu'Adam Mickiewicz ait étudiée avec autantd amour. «Rome, écrirat-il en 1851, est l'unique ville, après Nowogrodek et Vilna, que je connaisse beaucoup mieux que Paris. »
Sa productivité littéraire y fut cependant presque
nulle. Les notes qu'il y a prises, les articles sur Fart qu'il y a ébauchés se sont perdus. A TUniversité de Lausanne, en 1839, au Collège de France, de 1840 à 1844, il puisera souvent dans le trésor d'observations amassées à Rorae et que plus d'un de ses amis s'était étonné de ne pas lui voir monnayer immédiatement. Mais dès son arrivée dans la Ville Éternelle, il expliqua à son ami François Malewski son saisissement :
Rome m'a abasourdi et la coupole de Saint-Pierre a recouvert tous mes autres souvenirs italiens. Je n'ai fait encore que traversera grands pas les musées en jetant les yeux çà et là et en m'arrêtant devant Y Apollon, le Laocoon et le Gladiateur, C'a été une marche de deux heures. Si vous réunissiez toules les statues et les plâtres de Dresde, de Venise, même de Florence, vous pourriez les cacher dans un coin du Vatican. Ici le musée est une vraie cilé de statues, encombrée de sarcophages et plaquée d'inscriptions. Rome ôte à jamais l'envie de visiter des collections de statues et de tableaux, et ce qu'on a jadis vu avec enthousiasme, on s'en souvient avec une sorte de confusion. Tîte-Live ici, sur place, a un charme singulier, car le soir on peut aller contempler le théâtre des événements lus le matin. II est difficile d'écrire sur Rome. Byron, comme Horatius Goclès, a occupé à grands pas le pont du Tibre : ingenti gradu occupavit pontem.
La société réunie alors dans la Ville Éternelle était exceptionnellement brillante. Les fêtes succédaient aux fêtes. Mickiewicz et Odyniec se laissèrent entraîner par le tourbillon du monde. Ils rencontraient dans les salons et visitèrent dans leurs ateliers Thorwaldsen , Horace Vernet, Owerbeck, Cammucini. La reine Hor-