CHAPITRE PREMIER
EXCRÉTION RADICULAIRE,
Je n'ai pas l'intention de faire ici l'histoire des opinions successivement émises au sujet des excrélions radiculaires ; encore moins de prendre parti dans le débat et de proposer une nouvelle théorie. Tous les points principaux de cet intéressant sujet se trouvent consignés et discutés avec beaucoup de soin dans la thèse inaugurale de M. Cauvet. Je désire simplement rapporter ici quelques faits dus à mes observations personnelles et susceptibles de jeter un peu de jour sur la question.
Dans mes longues recherches sur le rôle physique de l’eau dans la végétation, j'ai été amené à faire plusieurs remarques utiles pour cette partie de la physiologie des plantes.
Depuis qu'Ewards et Colin, MM. Becquerei et Matteuci, etc., ont montré que les graines de céréales dégagent de l'acide acétique pendant la germinalion ; un certain nombre d’experimentateurs ont puisé dans cette particularité l'idée d’une méthode d'investigation qui a bientôt été appliquée, avec des variantes diverses, à un assez grand nombre de végétaux, dans le but d'étudier l'excrétion radiculaire. Cette méthode consiste à faire germer les graines : soit dans une petite quantité de teinture bleue de tournesol, soit mieux sur des fragments de papier bleuis par le tournesol et maintenus constamment humides.
J'ai employé ce procédé pendant le printemps de 1860. J'operais sur de la graine de lin. Je rapporterai seulement deux séries d'expériences, car elles ont toutes présenté les mêmes particularités.
PREMIÈRE SÉRIE
PROCÉDÉ EXPÉRIMENTAL. — Au fond d’un verre à boire ordinaire on place du coton, au-dessus des découpures de papier coloré en bleu par le tournesol, puis les graines de lin que l’on recouvre de
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162 ÉTUDES SUR LE RÔLE PHYSIQUE DE L'EAU nouvelles découpures. Par des arrosages à l’eau distillée, on entretient autour des graines l'humidité nécessaire à leur germination.
ExPÉRIENCE N° 1. — Le 9 avril 1860, à quatre heures de l'aprèsmidi, on place ainsi des graines de lin sur du papier bleu de tournesol, À côté est un second verre, chargé comme le précédent, mais ne contenant point de graines; il est destiné à servir de terme de comparaison. |
Le 17 avril, à cinq heures de l'après-midi, les plantes sont en pleine germination, et le papier a rougi précisément dans ses points de contact avec les racines. La coloration du papier de l’autre verre n'a pas sensiblement changé de nuance.
EXPÉRIENCE N° 2. — Comparativement avec l'expérience précé- dente, on fait un essai de germination sur du papier de tournesol rougi. La couleur n'ayant pas changé, on en conclut qu’il y a formation et expulsion d’une substance acide pendant la germination des graines dans l'air.
Mais la constatation de ce fait n’est pas la preuve de l'existence d'une véritable excrétion. Sans doute ces graines sont dépourvues d'albumen, mais on peut attribuer cette matière acide à l’altération de leurs enveloppes. Cependant je répondrai à cette objection que l’on pouvait suivre le trajet des racines, par la trace rougeâtre qu'elles avaient laissée sur le papier.
Quoi qu'il en soit, et que l’on admette apres cela l’excrétion radieulaire, ou qu’on la repousse ; que l’on explique les résultats de celte dernière expérience par l’action d’un liquide exsudé de la racine ou par l'effet d’une décomposition des enveloppes séminales ; j'ajouterai que dans tous les cas, rien ne prouve que le fait soit général et que dans toutes les germinations, il y ait toujours appariion à l'extérieur d’un liquide acide. Car la dernière observation porte sur une graine essentiellement oléagineuse, dont la matière grasse a dû s’acidifier très-promptement au contact de l'air; et celte transformation peut très-certainement se produire sans le concours de l'influence vitale.