‹ Adansonia; recueil d'observations botaniquesChapitre 48 sur 132 · DEUXIÈME SÉRIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SÉRIE

On remplit le fond d’un grand cristallisoir de verre avec du coton ; au-dessus on étend une feuille de papier bleuie par le tournesol et percée de trous, sur Jaquelle on dispose des graines de lin ; puis on recouvre le tout d’un second lit de coton, et l’on arrose avec de l’eau distillée. A côté on place un vase témoin devant fonctionner à blanc.

L'expérience commence le 17 avril 1860, à six heures du soir.

Le 49 avril, à six heures du soir, les radicules ne se montrent point encore ; mais le papier a rougi dans les points où se trouvent les graines.

Ce fait vient appuyer l'opinion qui regarderait la matière acide comme issue des enveloppes séminales et non point de l'embryon.

Le 21 avril, à cinq heures et demie du soir, les radicules sont alors sorties et ont en moyenne la longueur du grain; mais l'intensité de la coloration rouge que lon observe autour des grains ne parait pas avoir augmenté depuis la derniére observation.

Plusieurs expérimentateurs ont appliqué cette méthode d’invesligation à des plantes adultes, et ils opéraient dans cé eas de la manière suivante :

La plante était arrachée du sol, ses racines lavées avec soin et débarrassées de la terre, puis on les plongeait dans la teinture de tournesol.

Pendant l’année 1859 j'ai répété cette expérience sur des plantes de différentes espèces.

ExpéRieNcE N° 18.,— Le 11 mai, à trois heures après midi, on prépare, comme il vient d’être dit, deux pieds de Senecio vulgaris, puis on suspend chacun d’eux de façon que les racines de l’un, n° 18 a, plongent dans la teinture bleue de tournesol, et celles de l’autre, n° 18 4, dans de la teinture rougie. Deux verres contenant des échantillons des deux liquides sont placés à côté, afin d'agir par comparaison.

Le lendemain, 12 mai, à quatre heures et demie de laprès-midi, on examine les plantes : 8-7, sujet bien portant, liquide d'un

rouge vineux ; donc les racines du séneçon ont donné une matière acide: car le changement de couleur, surtout quand il est produit si promptement etsur une aussi grande quantité de liquide, par une plante d’ailleurs parfaitement saine, ne saurait être regardé comme un effet de putréfaction.

18-b : la dissolution, hier d'un rouge vineux, est maintenant d’un rouge pelure d’oignon, ce qui confirme le résultat précédent.

On laisse les deux plantes dans la teinture de tournesol, jusqu'au 7 mai, et la coloration rouge persiste.

ExPÉRIENCE N° 24. — Le 13 mai, à trois heures et demie de l'après-midi, on met en expérience deux pieds femelles de Mercurialès annua, plongeant, par leurs racines, dans de la teinture bleue de tournesol.

EXPÉRIENCE N° 25. — Le même jour, à quatre heures de l'apresmidi, on dispose de la même manière deux pieds de Sonchus oleraceus et un pied d'Euphorbia helioscopra.

Le lendemain, 14 mai, les plantes sont en très-bon état, et la teinture de tournesol a fortement rougi. En outre, cette coloration se conserve la même durant les jours qui suivent.

Ainsi les résultats sont identiques, toujours il y à apparition d’une substance manifestement acide; et l’on ne saurait attribuer cet effet à l'acide carbonique exhalé par l'organe submergé, car la teinture rougie par le séjour d’une racine n’est point ramenée au bleu par lébullition.

Le fait est donc constant, reste maintenant à l'interpréter.

Au premier abord, on serait porté à l’attribuer à une excrétion, et à voir même dans cette simple expérience une démonstration satisfaisante de l'existence de cette dernière. Mais si l’on réfléchit que des rameaux détachés, comme ceux de lilas, de sureau, rougissent également Ja teinture de tournesol dans laquelle ils plongent par leur bout coupé, on penchera pour une autre explicaüon. On sera porté à voir, dans le changement de couleur, l'action de la séve, toujours acide dans le végétal sain, el extravasée par les plaies nombreuses faites aux racines par l'opération même de l’arrachage.

J'ai voulu soumettre cette manière de voir au contrôle de l'expé-

DANS LA NUTRITION DES PLANTES. 165 rience en trempant, dans la teinture de tournesol, les racines rigoureusement intactes d’une plante adulte ; et les faits sont venus confirmer mes prévisions.

Pour satisfaire à la condition fondamentale de l'expérience, un moven simple s’offrait à l’esprit : opérer sur des plantes ayant germé dans l’eau et vivant depuis lors les racines constamment submergées.

Le 29 août 1864, à trois heures de l'après-midi, on suspendit un pied de fève de manière que, restant vertical, ses racines piongeaient entièrement dans de Ja teinture bleue de tournesol.

La plante provenait d'une graine ayant germé dans l’eau et possédait, au début de lexpérience, quatre feuilles séparées et dislinctes du bourgeon terminal. Elle resta exposée, pendant toute la durée de l'observation, derrière une fenêtre où elle pouvait recevoir les rayons du soleil pendant la seconde moitié de la journée. Or jamais la teinture de tournesol n’éprouva le moindre changement de coloration. La plante continua de vivre et de se développer pendant un certain lemps, puis elle mourut sans avoir fleuri ; alors les portions immergées se putréfièrent, et néanmoins la teinture de tournesol conserva sa coloration primitive.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Pendant la germination des graines de lin, il y a production et apparition hors de la graine d'une matière acide; toutefois les expériences rapportées dans ce chapitre ne sauraient suflire pour décider si ce produit est le résultat d'une véritable excrétion, ou simplement l'effet d’une altération éprouvée par quelque portion de la graine,

Les racines de pieds de fèves adultes, élevés dans l’eau, n’excrètent point de matières acides; au moins en quantité suffisante pour colorer la teinture de tournesol dans laquelle elles plongent. Ce qui porte à penser que la coloration en rouge de la teinture de tournesol produite par les racines de certaines plantes, et présentée par divers auteurs comme une preuve de l'existence d’une exceré-

tion acide, est due à ce que des radicelles blessées et partiellement déchirées laissent couler de la sévé au dehors.

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