A1VA.TOMIE PATHOLOGIQUE DU SYSTÈME VASCULAIHE A SANG NOIR
§ 1 Altérations dans les formes extérieures.
Les veines, comme les artères, éprouvent des dilatations totales ou partielles : c'est ce qui constitue les varices. On connaît la fréquence de celte altération aux membres inférieurs ; la raison en a été donnée plus haut. Elle se rencontre encore assez souvent dans les veines du rectum , de la vessie , des organes génitaux , dans les veines sous-cutanées de la paroi antérieure de l'abdomen. Les veines profondes n'en sont pas exemptes , quoiqu'elles en soient bien plus rarement affectées que les superficielles. Morgagni a trouvé la veine azygos considérablement dilatée ; les jugulaires , la crurale , deviennent quelquefois variqueuses. Dans certains cas , tout le système veineux offre un accroissement très — marqué. Puschelt, qui a publié dans ces derniers temps en Allemagne un traité fort étendu sur les maladies des veines , a beaucoup insislé sur cette dilatation générale , à laquelle il fait jouer un rôle important dans un grand nombre de maladies. La dilatation peut , comme on l'a vu précédemment , n'occuper qu'une seule veijpe , mais s'étendre à toutes ses divisions. L'augmentation de volume n'a pas lieu alors seulement dans le sens transversal ; les veines forment des flexuosités qui tiennent évidemment à leur accroissement en longueur. Enfin il y a des dilatations plus bornées encore , qui n'affectent qu'une partie de la circonférence du vaisseau.
L'état opposé au précédent , o» la diminution de capacité du système veineux, n'est pas, à beaucoup près, aussi commun. Cependant on l'observe dans quelques circonstances , soit dans tout le système , soit seulement dans quelques veines en particulier. Cette diminution peut aller jusqu'à l'oblitération. Il existe des exemples d'oblitération spontanée des troncs veineux eux-mêmes , comme des veines caves, jugulaires , etc.
§ II. Altérations dans V organisation.
L'inflammation des veines se développe dans une foule de circonstances ( Voy. précédemment. i°. On l'a vu s'étendre plus ou moins loin à la suite de l'opération de la saignée. C'est toujours du côté du cœur qu'elle se propage dans ce cas , et jamais du côté des vaisseaux capillaires (1). La mort peut en être le résultat. 2°. La ligature des veines que l'on pratique quelquefois dans les amputations a été suivie de leur inflammation, qui, de même que dans le cas précédent , s'est propagée vers le cœur à une distance plus ou moins grande. 3°. La ligature du cordon ombilical paraît avoir produit le même effet : Meckel l'ancien et Osiander en rapportent des exemples. 4 - Des veines affectées de varices et liées au-dessus de la maladie ont également présenté ce phénomène. 5". Dans les inflammations phlegmoneuses très-étendues , clans celles , par exemple , qui surviennent à la suite des couches , dans les abcès et les gangrènes qui leur succèdent , on trouve souvent les veines plus ou moins fortement enflammées tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Cette inflammation s'étend quelquefois fort au-delà de la partie malade.
Il n'est pas de veine qui n'ait offert des traces d'inflammation par quelqu'une des causes que nous venons d'indiquer. Une rougeur plus ou moins vive à la membrane interne , avec épaississement des deux autres tuniques ; des collections purulentes
(1) Cependant cetie règle n'est pa? sans exception. Abernethy a vu, après une saignée du bras, la veine enflammée au-dessous, jusqu'au voisinage du poignet, rester saine au-dessus, c'est-à-dire du côté du cœur. (DÉcLAr.D.)
de diverse nature autour du vaisseau , ou même dans sa cavité intérieure ; des concrétions fibrineuses qui obstruent plus oumoins cette cavité ; quelquefois même l'oblitération complète de la veine ; dans certains cas un endurcissement remarquable , d'autres fois des ulcérations : tels sont les principaux désordres auxquels cette affection donne lieu (i).
Elle devient salutaire , au contraire , lorsque , comme dans la saignée , bornée aux lèvres de la plaie , elle n'y est portée qu'au degré nécessaire pour que l'adhésion en soit le résultat. Tout le monde sait que ces sortes de piqûres se guérissent avec la plus grande facilité ; on sait aussi qu'au bout de vingt— quatre heures le moyen d'union est encore peu solide , qu'il se rompt par ul effort même modéré , et que ce n'est que plus tard qu'il existe une véritable cicatrice. Le mécanisme de la réunion est donc ici e même que dans les plaies des autres tissus; tandis que, pour les artères , cette réunion n'a pu être observée , jusqu'à présent , que sur les animaux. Si l'on en croit M. Travers , la membrane interne des veines ne participe pas à leur inflammation adhésive.
Le même auteur pense que , dans l'oblitération des veines qui suit leur section transversale , ce n'est pas l'adhésion de la membrane interne , mais bien l'épaississement des parois, qui ferme la cavité du vaisseau. Ses observations à ce sujet ont besoin d'être répétées.
On peut rapprocher des plaies produites par une cause extérieure les ruptures spontanées dont il a été question à la page 228. Morgagni cite un cas de ce genre, dans lequel la veine azygos présentait une ouverture ovalaire chez une femme morte de phthisie. Le sang s'était épanché dans la poitrine ; la veine , quoique en partie affaissée sur elle— même , avait encore le volume de la veine cave. Des mouvemens convulsifs ont paru quelquefois être la cause de ces ruptures.
Les plaies faites aux parois des veines peuvent atteindre en même temps une artère qui leur est accolée. Si , dans ce cas , la
( \) La pSilébite est aujourd'hui bien mieux connue, et cette description n'en peut donner qu'une idée fort incomplète: (\oy/2 à -ce sujet une note ajoutée plus loin. ) t
( F. GLAP.DIK. }■
:plaie extérieure se cicatrise , l'ouverture de communication subsistant entre l'artère et la veine , il en résultera la maladie décrite sous le nom de varice anévrysmale , dans laquelle le sang , passant de l'artère dans la veine à chaque contraction du ventricule , distend cette dernière et y détermine un mouvement de pulsation analogue à celui des artères. Tantôt il y a simplement une ouverture arrondie , formée aux dépens des parois correspondantes de l'un et de l'autre vaisseaux ; tantôt il existe un anévrysme faux consécutif, qui se trouve intermédiaire entre l'artère et la veine. C'est dans ce dernier cas que la maladie mérite le nom iïanévrysme variqueux. Le pli du coude «st le siège le plus fréquent de cette affection , dont on trouve divers exemples dans les auteurs , et en particulier dans l'ouvrage de Hodgson sur les maladies des artères.
Bichat a déjà fait remarquer combien les transformations osseuses sont rares dans le système vasculaire à sang noir ; c'est même un des caractères qu'il a donnés à la membrane commune qui revêt tout l'intérieur de ce système. Cependant cette membrane n'en est pas entièrement exempte. Morgagni a trouvé, sur une jeune fille , les valvules sigmoïdes de l'artère pulmonaire en partie cartilagineuses et offrant déjà un commencement d'ossification. Corvisart a plusieurs fois rencontré cette altération dans ces valvules , ainsi que dans les tricuspides. Les veines elles-mêmes sont susceptibles de s'ossifier chez les vieillards, surtout dans le côté par lequel elles touchent à une artère. On trouve quelquefois dans les veines de petits corps durs et arrondis qu'on prendrait , au premier coup— d'œil , pour des productions osseuses. Quelques-uns ont même supposé qu'ils se formaient d'abord dans les parois des veines ; d'autres ont dit que c'était dans l'épaisseur des .valvules ; Hodgson pense que leur siège primitif est à l'extérieur de la veine. Ces corps , que j'ai eu bien des fois occasion d'examiner , m'ont paru être de véritables concrétions , des phlébolithes . Ils sont ordinairement renfermés dans des dilatations latérales, où le sang reste en stagnation ; on ne remarque dans leur structure rien qui ressemble au tissu osseux ; ils paraissent formés au contraire de couches superposées , et ont autour d'eux un caillot très-manifeste. On
les trouve d'ailleurs à divers degrés de consistance. Les veines qui offrent le plus souvent cette altération sont celles dans lesquelles le cours du sang est le plus exposé à être ralenti : aussi est -elle très— commune dans les veines qui occupent l'intérieur du bassin , les environs de l'anus , etc.
Le tissu veineux n'a point de dégénérations qui lui soient particulières ; il participe à celles des autres organes.
§ III- Altérations dans le développement.
Les variétés anatomiqucs dans la situation , l'origine , la distribution des veines , sont-elles plus fréquentes que celles des artères, comme le pensait Haller? Meckel prétend que c'est le contraire , et que les veines ne semblent offrir plus de variétés , que parce que leur nombre est plus considérable. Il y a peutêtre exagération de part et d'antre : cependant il est évident que , dans les gros troncs , la disposition est bien plus constante pour les veines que pour les artères.
li se fait des veines de toutes pièces comme il se fait des artères. En voici la preuve : une fausse membrane trouvée dans l'arachnoïde ne tenait à la séreuse que par un de ses bords , au niveau du sinus longitudinal supérieur , et était du reste entièrement libre ; elle fut injectée paT le mercure , qui nous fit voir des veines se rendant dans ce sinus. (Béclard. )