ANATOM1E PATHOLOGIQUE DU SYSTÈME MUSCULAIRE
On peut réunir dans une seule description les altérations communes aux deux grandes divisions de ce système. Il en est peu de particulières ; elles seront indiquées à mesure.
^ I". Altérations dans les formes extérieures ;
L'excès de nutrition est commun dans les muscles ; mais ce n'est guère que dans le cœur et la vessie qu'il constitue , à proprement parler , une maladie : il' est caractérisé par un accrois-
sèment remarquable de volume et souvent de densité. L'alro-* phie arrive fréquemment dans les muscles extérieurs par le défaut d'exercé, par la distension ou par toute autre cause. Il s'y joint souvent une décoloration des fibres charnues , qu'on a prise pour un état graisseux, comme Bichat l'a déjà fait observer. La prétendue dégénération graisseuse des muscles ne me paraît pas exister, du moins je n'en connais point d'exemple qu'on ne puisse rapporter à l'état précédent , dans lequel , les fibres chanues disparaissant en partie , la graisse inter-musculaire prédomine et se confond par sa couleur avec le muscle lui-même devenu jaunâtre. Mais on retrouve par l'analyse la fibrine dans ces muscles ; en en mettant sur du papier gris , on retrouve les fibres distinctes après que l'huile animale a été absorbée , etc. Dans le cœur , l'atrophie donne lieu à la dilatation de cet organe , à son anévrysme passif.
Les muscles perdent de leur consistance dans beaucoup de circonstances : le cœur est très-sujet à celle altération , qui a été décrite par M. Laennec dans son excellent Traité de l'Auscultation médiate , où l'on trouvera un grand nombre de faits intéressans sur les maladies de ce viscère. Le ramollissement des muscles peut amener leur rupture ; celle du cœur a souvent été observée en pareil cas , surtout chez les vieillards : elle a été l'objet d'un travail particulier de M. Rostan.
Les fibres musculaires sont quelquefois allongées par l'effet de diverses maladies : il en résulte un affaiblissement plus ou moins marqué dans leur action. Cet allongemeut forcé des muscles coïncide souvent avec le raccourcissement des antagonistes , qui en est alors la cause ; il suffit , dans ce cas , de contrebalancer ces derniers pour rendre aux premiers leur faculté contractile : c'est ainsi qu'on parvient quelquefois à remédier à la flexion permanente des doigts , en les redressant jusqu'au point où les extenseurs peuvent se contracter de nouveau; la même chose s'applique à la guérison des pieds-bots , quant il est possible de ramener l'axe du membre à sa direction primitive.
Le raccourcissement n'a pas les mêmes inconvéniens ; il peut être porté très-loin, sans que la contractilité s'en ressente, comme le prouve une pièce recueillie par Hunter , et dans laquelle l'hu-
mérus avait éprouvé une perte de substance considérable. Il semble au contraire que cette force en soit augmentée : du moins est-elle alors dans un exercice continuel. Cette sorte de rétraction est très-fréquente , et se lie le plus souvent à une faiblesse des antagonistes. Les contractures du scorbut , certaines inflexions vicieuses du tronc , les pieds— bots , que nous venons de citer , le strabisme , la rétraction des muscles de la jambe par une douleur habituelle dans cette partie, en sont des exemples. Le petit doigt est souvent ainsi rétracté.
On a beaucoup parlé de déplacemens des muscles , de luxations, de hernies de ces organes. On peut voir à ce sujet tout ce qu'a écrit Pouteau.
§ IL Altérations dans V organisation.
L'inflammation du tissu musculaire est encore douteuse. On a bien trouvé des foyers purulens dans diverses régions de ce système , mais ils pouvaient avoir leur siège dans le tissu cellulaire interposé entre ses fibres.
Un muscle coupé en travers se rétracte fortement, comme on l'a vu ailleurs. Mais souvent la partie inférieure est paralysée par ce'te section , parce que le nerf est resté contenu dans la supérieure , au niveau de laquelle il pénètre ordinairement dans le muscle ; cette dernière conserve au contraire son irritabilité : la rétraction si marquée dans les amputations dépend en grande partie de cette cause. Ce serait l'inverse, et l'inférieure seule se contracterait , si la section avait lieu plus haut. Dans tous les cas, à ces phénomènes succèdent ceux de la réunion. Un tissu fibreux nouveau remplit l'écartement des deux bouts, qu'il unit solidement l'un à l'autre : s'il a peu de longueur , il ne nuit nullement à la contraction, sans que pour cela le muscle ait gagné , comme on l'a dit ; si la substance intermédiaire est longue et extensible , les mouvemens sont plus ou moins gênés.
On n'observe presque point de transformations dans les muscles. J'y ai pourtant rencontré des tumeurs fibreuses et osseuses , qui avaient un aspect pelotonné , analogue à celui des tumeurs de ce genre que l'on trouve dans la matrice. Nous avons vu plus haut ce qu'il faut penser de la transformation graisseuse.
Les dégénérations sont de même fort rares dans ce système. Dèshydatides peuvent s'y produire : elles sont communes dans les porcs.
§ III. Altérations dans le développement.
On a vu les muscles de la vie animale manquer totalement chez le fœtus ; il n'y avait , au-dessous de la peau , qu'une masse comme graisseuse, formée de tissu cellulaire infiltré plus ou moins consistant : d'autres fo s une partie de ces muscles n'existe pas. Le cœur, dans des cas très-rares à la vérité, a également offert cette anomalie , très-fréquente dans certains muscles pris isolément. Rien n'est plus variable , au reste , que la disposition du système musculaire , considéré relativement à ses formes extérieures. Souvent on trouve des muscles surnuméraires , ou bien ceux qui doivent exister s'éloignent , par leur conformation, de l'ordre naturel. Les attaches, la direction, le volume, la structure, présentent une infinité de variétés qui toutes sont du ressort de l'anatomie descriptive. Les muscles de la vie organique ne sont pas exempts de ces irrégularités ; le cœur à lui seul en offre un assez grand nombre.
Quelques auteurs ont parlé de transformations musculaires ; mais les exemples qu'ils ont cités sont trop vagues pour pouvoir être caractérisés. Il semble y avoir un développement accidentel du tissu musculaire dans la matrice, pendant la grossesse, et dans les liga mens. (Béclard. )
NOTES ET ADDITIONS
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