SYSTÈME PILEUX
Structure des Poils.
Pagf. 8i8. .k .... . . Des cheveux blancs pourroient » éprouver des phénomènes vitaux, ce dont, je » crois, on a peu d’exemples. Au reste, tout ceci )) est subordonné aux expériences ultérieures qui )) éclairciront sans doute un jour , plus quelle n© J) l’est, la structure pileuse. »
Cette structure présente aujourd’hui quelques particularités nouvelles que nous allons exposer.
Le bulbe des poils , ou l’espèce de canal dont ils tirent leur origine (vo/. t. iv, p. 807), est en effet un petit sac logé dans l’épaisseur de la peau ou dans le tissu cellulaire sous-cutané, et recevant l’exi trémité du poil qui s’y Implante. Peu apparent i chez l’homme , ce bulbe a été décrit par Chirac et M. Gaultier, d’après la disposition qu’il offre dans les poils des moustaches de certains animaux, son volume y rendant sa structure plus évidente. Il [ paroît contenir, comme les follicules sébacés ; les
memes parties que la peau, et se continuer de la même manière avec cette membrane. Un feuillet analogue au derme en est la base, et se continue manifestement avec le derme de la peau. En dedans de ce feuillet existe un prolongement du corps muqueux, dont la continuité avec ce corps se voit très-bien cliez les animaux dont la peau est colorée : cette partie est molle et plus facile à apercevoir qu’à la peau; elle est composée, comme dans celle-ci, de plusieurs couches. Le feuillet épidermique est le plus intérieur; il est moins distinct que les autres , mais on le trouve dans les plumes, t['ii ont beaucoup d’analogie avec les poils, et dans les piquans , qui ne sont que des poils renforcés. Une papille conique, semblable aux aspérités du derme qui surmontent la paume des mains, la plante des pieds, etc., remplit le fond de cette espèce de follicule.
Les bulbes des poils reçoivent des vaisseaux et des nerfs. Les nerfs constituent en grande partie les prolongemens c[ui viennent se rendre à leur face externe, et qui occupent particulièrement leur extrémité opposée à la peau; ils leur forment une soi’te de pédicule. Divei’S anatomistes ont suivi ces nerfs dans les animaux ; chez l’homme même ont peut voir pénétrer des filamens nerveux dans les bulbes des cils qui garnissent les paupières et dans ceux des poils placés à l’ouverture des narines. Les vaisseaux sont également situés , suivant quelques-* uns, dans l’épaisseur des prolongemens tenant au fond des bulbes; mais M. Gaultier lésa vus entrer par l’autre extrémité, venant du derme de la peau,
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renfermes entre le feuiüet dermique du bulbe et le feuillet muqueux.
Le col de ces petits sacs est entouré de follicules sébacés versant une matière huileuse c[ui enduit la surface des poils, et a pour usage de les rendre moins cassans. M. Gaultier porte à neuf le nombre de ces follicules, cjiii sont très-petits.
La tige du poil embrasse par sa racine la papille du bulbe dont elle naît; elle emboîte la papille en cet endroit, à-peu-près comme les cornes, les plumes , emboîtent les prolongemens qui leur servent de soutien. Dans. l’intérieur du bulbe, le poil est recouvert par une gaîne que lui fournit l’épiderme, et C[ui est manifeste dans les pic[uans, et surtout î dans les plumes ; cette gaîiie cesse à 'l’endroit où le ! poil traverse la peau pour se poi'ter au dehors, ou i du moins on ne peut la suivre au-delà, peut-être i parce cpi’elle se rompt au niveau des tégumens.
La structure du poil lui- même est un point en- L core peu éclairci. Cette partie semble bien, comme f les plumes, les cornes, les ééailles, etc., être une pi’oduetion de la couche cornée de la peau; mais l’arrangement Intérieur de la substance c[ui la comj pose est' difficile à détermineu. Les soies di^sangller [ sont formées par une vingtaine de filamêns laissant I dans leurs Intervalles un ou deux canaux qui con- I tiennent une moelle particulière. Au contraire, les ’ poils de l’élan, du hérisson, etc., n’ont point de filamens; un tuyau corné, rempli d’une substance ! spongieuse et colorée, les constitue. De là deux opi- I, nions différentes relativement à la structure des poils chez l’homme. Les uns prétendent que ce sont
des filamens juxtaposés; suivant les autres, ^eurdlspo- ;j sition est celle d’un tube. L’une et l’autre de ces opl- j nlonssemblent également fondées : i°. d’une part, en regardant contre le jour un cheveu noir, les bords en sont blanchâtres et transparens , ce qui paroît | Indiquer que l’extérieur du poil est d’une nature | difféi’ente de celle de l’intérieur, mais ce qui pourroit ‘ aussi dépendre de ce que, le bord étant plus mince, la couleur doit y être moins marquée ; 2°. d’autre part , on peut chez l’homme séparer les poils en ■ divers fdamens , soit que cela dépende de leur struc- ■ ture, ou que cette division soit purement mécaniqite. Au total , la ténuité des objets ne permet pas . de rien décider à ce sujet. Seulement il est certain Cju’il y a une matière colorante dans le poil, et que cette matière en occupe l’intérieur. On teint celui-ci j avec des substances telles que les préparations de plomb, qui ne le colorent que par l’action chlmlcjue qu’elles exercent sur cette matière. Mais on ignore si elle éprouve une sorte de cix’culation dans | les poils, ou si, une^^^ols déposée, elle est hors de ' tout mouvement des fluides. Cette matière est sé- I crétée avec le poil lui-même en dedans de la sub- ' stance cognée de celui-ci. 1
D’après ttmt ce qui pixicède, il est éyident que les deux élémens du poil, le bulbe et la tige ou le poil proprement dit , n’ont presque rien de commun dans leur structure , ni par conséquent dans leurs propriétés; que le poil proprement dit I est j)resque inorganique, comme l’épiderme, les ongles, tandis que son bulbe jouit au contraire I d’un degré de vitalité üxs-prononcé.. Voilà pour-
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quoi les poils , quoique insensibles par eux-mêmes, ti’ansmettent des impressions si douloureuses lorsqu’ils sont tirailles; pourquoi ils sont si utiles chez les animaux à moustaches, comme organes de tact, le moindre ébranlement qui agite leur extrémité étant ressenti à l’instant même; pourquoi, dans les maladies, les poils sont influencés par divers organes, les fonctions de leurs bulbes étant troublées par leur liaison avec les autres fonctions ; pourquoi néanmoins ils restent le plus souvent étrangers à tous les désordres qui ont lieu dans l’économie , et ne s’en ressentent qu’à la longue, etc. On doit considérer ces sortes de productions comme le résultat d’une excrétion vdrrtable dont les bulbes sont le siège. Aussi les poils croissent-ils seule- ;i ment à leur base, comme les ongles, ainsi qu’il est aisé de s’en convaincre en observant cet accroissement sur des cheveux teints artificiellement , ou i auxquels on a fait une marque indélébile : la distance seule de cette marque à la surface de la peau I augmente à mesure que les cheveux s’allongent; ce |; n’est que près de cette surface que la couleur des 1 cheveux teints semble disparoître, à mesure (jue ' leur substance s’y développe de nouveau. Le célèi bre Mascagni a reproduit , dans un ouvi^age pos- ; thume, une opinion déjà plusieurs^fois émise sur la structure des parties épidermiques, cornées, et i pileuses : il les regarde comme un tissu de vais- « seaux lymphatiques; il attribue la même textuie à ■| l’émail des dents et à la plupart des tissus organi- )i ques. Mais cette structure vâsculaire, c{ue lledwig a représentée avec tant de vérité pour l’épiderme
des plantes, ne paroît pas exister dans l’e'plderme^ les poils et les ongles de l’Iiomme et des animaux.
Anatomie pathologique du Système pileuæ ' ( p. 828 ).
L’altération la plus commune des poils est la canltle ou blancheur accidentelle. On parle beauconp de cheveux cpil ont blanchi tout-à-coup , et dans toute l’étendue du crâne à la fols : Bichat a même cité des exemples de ce fait. Mais ces. cas ont-ils été suflisarament observés ? Il est permis , je crois , d’en douter , surtout lorsqu’aucun d’eux n’est l'apporté avec les détails nécessaires , jusqu’à ce que de nouvelles observations viennent conlirmer ou détruire les premières. Si ces faits sont exacts , ils tendrolent à prouver qu’il se fait une circulation dans les cheveux. Ceux bien connus établissent seulement qu’une apparence de décoloration subite peut avoir lieu, quand les cheveux , tombent et sont remplacés par d’autres dilïéremment colorés. C’est ce qu’on voit souvent chez les phthisiques qui ont des intervalles de santé presque parfaite; il arrive alors que leurs cheveux, ; qui avolent blanchi pendant le paroxysme , tombent et repoussent noirs , comme ils l’étolent auparavant ; le docteur Chaumeton présenta ce phénomène peu de temps avant sa mort. Cela peut se .répéter plusieurs fois de suite, et les cheveux peuvent être ainsi alternativement colorés et incolores sui-
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vant l’état général de l’individu. Dans les cas ordinaires , le changement de couleur ne se fait point dans tous les cheveux à la fois, mais successivement dans chacun d’eux; il commence à la racine, et gagne petit à petit, à mesure cj[ue celle-ci se prolonge et que le sommet est usé par l’action des corps extérieurs : il s’explique facilement par le changement survenu dans la sécrétion opérée par les bulbes.
L’alopécie ou chute des cheveux est accompagnée, dans certaines circonstances et non dans d’autres , comme on l’a vu (t. iv, p. 824), d’une sorte d’atrophie de leurs bulbes. Cette lésion est quelquefois la suite d’une irritation long-temps prolongée, comme dans la teigne; d’autres fois, C[uoique rarement aujourd’hui, elle dépend de la syphilis ; mais une infinité d’autres causes peuvent également la produire. On n’a pas recherché quel est l’état des bulbes dans ces dllFérens cas.
La plique est une affection encore peu connue dans sa nature. Les meilleurs observateurs ne sont pas d’accord sur ce qui se passe dans cette maladie : suivant les uns , les cheveux acquièrent de la sensibilité et se pénètrent de vaisseaux ; d’autres assurent qu’ils ne font que se feutrer. Il serolt possible de concilier ces deux opinions en admettant- quç les cheveux deviennent simplement vasculaires à leur base, par un' accroissement extraordinaire de la papille contenue dans leurs bulbes , accroissement qui élèveroit cette papille au-dessus du niveau de la face externe de la peau , et dont l’irritation primitive ayant causé la maladie , ou celle secon-
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dalre résultant de la malpropreté , du tiraillement des racines des cheveux , etc., pourroit aisément rendre raison. La plique produiroit alors un phénomène analogue à celui qu’on observe dans les plumes, cliez les jeunes oiseaux : les papilles de ces plumes dépassant le niveau des tégumens , elles saignent lorsqu’on les coupe.
On rencontre des poils accidentels, outre les circonstances indiquées (t. iv, p. 827), à la surface de la peau, à la suite de rinllammation de cette memîorane :M. Boyer citoit dans ses cours /’ exemple d’une femme dont la cuisse se recouvrit de poils rudes et longs à la suite d’un érysipèle. Il faut noter, parmi les kystes qui renferment des poils, ceux situés dans la paupière supérieure, auprès du sourcil; leurs ^ poils ressembient tout-à-fait à ceux du sourcil, et semblent n’ètre autre chose que ces derniers déviés de leur direction accoutumée. Les poils contenus dans les kystes de l’ovaire sont fins , soyeux , foiblement colorés, ordinairement libres de toute adhél’cnce, quelquefois renflés aune de leurs extrémités. 11 est extrêmement rare cpie des poils naissent dans des kystes formés dans d’autres parties. On trouve quelquefois des poils dans le méconium des enfans nouveau-nés ; leur origine est peu connue : on suppose cju’ils existoient primitivement sur la peau du foetus.
TISSUS ACCIDE]N’TELS,
TISSUS ACCIDENTFXS.
Il nous reste , pour compléter l’indication sommaire des principaux cliangemens qu’éprouve la texture organique dans les maladies, à parler des dégénérescences communes à tous les systèmes précé- , . demment étudiés , et qui , n’appartenant par leur nature à aucun d’entre eux , n’ont pu être examinées dans leur histoire particvilière. La description de ces dégénérescences sera en même temps une sorte de complément à l’Anatomie générale, dont les différens tissus simples n’ont embrassé, outre les organes naturels de l’économie , que les productions accidentelles ayant de l’analogie avec ces organes.
En effet, les dégénérescences, bien que résultant toujours d’une espèce de transformation ou de dégénération qui affecte les tissus naturels par suite des phénomènes morbides dont ces tissus sont le siège, sont réellement , une fois formées , indépendantes , i jusqu’à un certain point, de ces tissus, ont au mi- 1 lieu d’eux leur vie propre , semblent , pour ainsi , dire, des organes nouA-eaux surajoutés à tous les I autres, tant est grande l’altération de ceux qui leur ont donné naissance , et méritent par leur structure et leurs propriétés particulières de former une classe,
' ou si l’on veut , un système à part , sous le nom de tissas morbides ou accidentels.
ADDITÎO^Si'
Considérés sous ce point de vue, ces tissus offrent un certain nombre de caractères communs , cpii les différencient en même temps des tissus naturels de l’économie. i“. Leur structure est en général homogène, et quoiqu’ils semblent contenir divers élémens organisés , comme des vaisseaux, du tissu cellulaire, on n’y voit point ces fibres et ces lames qui ca-ractérisent la plupart des tissus organiques. 2°, Ils n’ont point , comme ceux-ci , une organisation constante; leurs propriétés les plus Importantes, telles que la couleur, la consistance, changent dans leurs différentes périodes : en général durs et fermes dans le commencement, ils se ramollissent et se liquéfient même en partie à une époquê plus avancée, ce qui est exactement l’inverse des autres tissus. 5°. Loin de pouvoir remplir des usages en harmonie avec les autres fonctions , comme le font même quelquefois les tissus naturels accidentellement développés là où ils ne doivent point exister, leur présence détermine toujours des dérangemens plus ou moins notables dans l’action des organes ; souvent l’amaigrissement, la fièvre lente et la mort en sont le résultat. Us n’ont point dans l’économie une existence permanente , mais tendent constamment à se détruire à une certaine époque ; f[uelquefois , à la vérité, cette époque est tardive, et ils restent long-temps dans le même état, faisant partie de l’organisation comme les tissus naturels : c’est surtout à l’époc[ue de leur destruction cfu’ils altèrent la santé. 5°. Les maladies qui les affectent y ont une marche et des effets particuliers; ainsi r inflammation y produit constamment les plus
Tissus ACCIDENTELS.
t grands désordres et une destruction rapide, qui se propagent aux parties environnantes.
Les divers tissus accidentels peuvent se rencontrer dans presque tous les organes ; mais il en est T qu’ils affectent plus particulièrement : souvent , chez le même sujet, on les trouve répandus à la fois sur un grand nombre de points. Ces tissus augmentent fréquemment le volume des parties qu’ils occupent, et forment des tumeurs saillantes à l’extérieur. Leur situation apparente, par rapport aux "j organes, présente, en général, deux variétés ; dans ‘ | l’une, ils semblent interposés entre les tissus qui corn- ^ posent ces derniers ; dans l’autre, ces tissus ont dispaj ru, et sont remplacés par la production accidentelle.
Comment ces tissus se produisent-ils dans l’économie animale? Bayle et M. Laennec attribuent *'^lleur développement à une disposition particulière inconnue dans sa nature , qui existe chez certains individus , et ne regardent les causes extérieures qu’on lui assigne communément tout au plus que comme des circonstances occasionelles favorisant l’action de cette cause occulte. M. Broussais fait jouer, au contraire, à ces causes le rôle princb ipal : suivant lui , ces productions sont constamueilment un résultat de l’inllammation, et ont lieu lorsiVe Jque , dans celle-ci , les vaisseaux blancs et la lym- MBiphe qu’ils contiennent sont spécialement alfectés l’irritation n’étant pas suffisante pour appeler la il' partie l’ouge du sang; l’albumine diversement cornbinée avec les tissus , selon la nature de ceux-ci et le degré de l’excitation , seroit la base de ces pro- } ductlons. J. F. Meckel appelle la cause prochaine de
aiBi
ce genre d’altérations , comme en général de toutes les altérations de tissu, une aheiTalion du procédé végétât ij : il explique toutes ces lésions de la même manière, comme J. Ilunter et Abernethy, par l’épancliement d’une matière fluide albumineuse, prenant diverses formes et acquérant un mode particulier et imparfait d’organisation. D’autres les considèrent comme des productions analogues aux végétaux cryptogames , et qui se nourriroient et s’accroîtroient soit par imbibition , soit par une véritable circulation vasculaire. Laissant de coté ces théo-* ries plus ou moins fondées, nous lious occuperons seulement des caractères anatomiques des tissus accidentels ; quelle que soit l’origine de ces tissus, il importe de les connoîlre.
Or, ils présentent sous ce rapport une foule de différences , qui cependant ne sont pas tranchées , mais se confondent par des nuances insensibles ; de!| plus, les parties dans lesquelles ils siègent, quoique j n’influant pas absolument sur leur nature , les font i jiourtant varier un peu, de sorte que leur étude en devient très-difficile : aussi les auteui’S ne s’accordent-ils point dans les classifications qu’ils en ont ! données. Quelques-uns ont fait plusieui’s tissus de., la même production prise à des époques differentes de son développement : nous avons déjà indiqué cette cause d’erreur. Une autre, non moins réelle a c’est que souvent plusieurs de ces altérations sonD réunies, soit qu’elles forment diverses parties dis-] tinctes d’un même tissu , ou qu’elles s’entremêlent ■' intimement dans ce tissu. Cette union peut avoir* lieu non-seulement entre les tissus morbides pro-jj
TISSUS ÀCCIDESTÈtSs 325
prementdlts , mais encore entre ceux-ci et les tissus accidentels ayant des analogues dans l’économie : les productions osseuses, fibreuses, par exemple, se joignent souvent aux premiers, comme on le voit surtout dans l’ovaire , la thyroïde , etc. Il résulte de là qu’il s’en faut de beaucoup que tous ces tissus soient également bien connus ; que l’observation journalière montre des productions qui ne ressemblent à aucune de celles décrites jusqu’à ce jour j qu’enfin il est des altéi’ations très-communes , comme les polypes des membranes muqueuses , les fongus de la dure-mère, etc., qu’on ne sait où classer, et qui paroissent consister tantôt en une simple hypertrophie , tantôt en une vraie dégénérescence. Les seuls tissus accidentels qui aient des caractères un peu tranchés sont, i°. les tubercules; 2°. le squirrhe ; 5“. le cancer; 4°- mélanose. Nous I allons les examiner successivement.
§ Des Tubercules i
J Les tubercules, ou tubercules sctophuleux , ainsi nommés d’après leur figure communément arrondie et leur cause la plus fréquente , existent sous plusieurs formes , qui sont autant de degrés de |cette dégénérescence , et qu’on peut toutes renfermer en deux périodes , l’une de crudité , dans lajquelle ils sont à l’état solide , l’autre de ramollisse-
ite
ment. M. Broussais regarde cette dernière comme
un véritable mode de suppuration propre à ce tissu,' et résultant, comme la suppuration ordinaire^ de F I l’inllammation c[ui s’y développe.
Première période. Des granulations grisâtres, demi-transparentes , assez fermes , du volume d’un grain de millet à un grain de chenevis , irrégulièrement disséminées , constituent ordinaii'eraent les tubercules dans leur principe. Bayle, qui en avoit observé dans le poumon à cet état , a cru que c’étoit une altération dilférentedes tubercules ; M. Laennec a prouvé qu’il n’en est pas ainsi. Ces grains, en grossissant , prennent un autre aspect : souvent ils se réunissent les uns aux autres et forment des masses plus ou moins volumineuses ; toujours ils deviennent opaques , jaunâtres , d’abord dans leur centre , puis à leur circonférence , à - peu - près comme les cartilages qui s’ossifient, et acquièrent en même temps la consistance des fromages durs. Cet état, qui est proprement celui de tubercule cru, n’est pas toujours distinctement précédé par le premier, dans lequel le tubercule est dit miliaire; il se fait quelquefois primitivement une sorte d’infiltration ou d’imprégnation delà matière tuberculeuse, qui envahit tout-à-coup une certaine étendue de l’organe affecté , devenu grisâtre, plus dense, et demi-transparent ; des points jaunes et opaques se manifestent ensuite dans cette étendue , et y amènent le seçond état.
Le tissu tubei'culeux adhère le plus souvent au tissu sain qui l’environne , quelquefois même semble se continuer avec ce tissu, d’autres fois, au contraire, s’en isole avec une grande facilité. Dans certains cas, une membrane en forme de kyste entoui’e le tubercule : c’est surtout lorsque celui-ci ! s’ est développé lentement. Cette membrane n’est
TISSUS ACCIDENTELS. SaS
pas toujours de la mcrae nature : tantôt molle et pour ainsi dire couenneuse, tantôt plus consistante ,
' elle devient cjuelquefois cartilagineuse , et môme osseuse : elle paroît être le résultat d’une exsudation.
Les vaisseaux sont écartés ou oblitérés par la substance tuberculeuse ; on n’en voit point dans les masses qu’elle représente.
Deuxieme péi'iode. Les tubercules se ramollissent et se fondent pour ainsi dire du centre à la circonférence ; ils se convertissent tantôt en une matière opaque, épaisse, jaunâtre, et qui ressemble beaucoup à de la crème, tantôt en un liquide I clair et transparent , dans lequel nagent des llo- |[ cons semblables à la matière caséeuse. L’évacuation r, de ces produits a ensuite lieu, comme dans les I abcès, soit au dehors , soit au dedans,* le foyer,
: que tapisse ordinairement une membrane de nouvelle formation , analogue au kyste dont nous avons parlé plus haut , se cicatrise , ou subsiste , et en- ; traîne la suppuration , l’ulcération du tissu qui en ■ forme les parois, ou enfin persiste indéfiniment, j mais reste revêtu par une membrane demi-cartlla- [ gineuse sèche, comme M. Laennec l’a observé le j premier.
' § IL Du Squirrhe.
i Le tissu squirrheux est plus ferme que le précé- ' dent : sa consistance varie depuis celle des cartilages jusqu’à la mollesse des fibro-cartilages inter-vertébraux ; il crie sous le scalpel. Sa couleur est blanche, légèrement bleuâtre ; coupé par tranches
5^G ^rDiTJOKs.
minces , il paroît clemi-trausparent. Il forme des ' jnasses plus irrégulières que le tissu tuberculeux : il se ramollit de même^ et se change alors en une matière transparente, grisâtre , ou rougeâtre quand un peu de sang la colore , offrant l’aspect d’une gelée ou d’un sirop, '
On doit regarder comme des variétés du squir- 3'he les sarcomes pancréatoïde, mammaire (ou analogue au tissu de la mamelle) , et tuberculeux d’Abenrethy. Dans ce dernier, dont la dénomination est impropre, puisqu’on est convenu d’appeler iu~ hercules un genre de tissu particulier et non une variété de forme , la masse squirrheuse est divisée en lobes distincts.
§ III, Du Cancer,
On désigne sous ce nom, en pathologie, des alté-' ^ rations diverses , parmi lesquelles on comprend i souvent le squirrhe que nous venons d’examinei\ . Nous entendrons seulement par tissu cancéreux ce j que quelques-uns ont appelé cancer mou : c’est la | matière cérébrlforme ou encéphaloïde de M. Laen- j nec, l’inflammation fongueuse de Burns, le fongus hématode de Hey et Wardrop, le sarcome médullaire de Abernethy, etc.
Ce tissu a moins de consistance que le squirrheux, quoiqu’il en ait plus que la substance cérébrale ; il est d’un blanc laiteux interrompu, quand on le j coupe, par des points rouges formés par les vaisseaux divisés : ceux-ci y sont, en effet, très-nom- | breux; mais leurs parois sont très-minces et sup- ,
portent à peine TefFort de l’injection. Les masses que forme ce tissu sont divisées à leur surface eu lobes contournés à-peu-près comme ceux du cerveau : un tissu cellulaire très-mou remplit l’intervalle de ces lobes. Ces masses n’occupent d’abord qu’une étendue très-circonscrite, et se propagent ensuite dans tous les sens : c’est ce qu’on voit, par exemple, à l’oeil, qui est fréquemment le siège de cette altération , et dans lequel elle n’occupe le plus souvent, dans le principe, qu’un seul point de la rétine, d’où elle envahit la totalité de l’organe.
Dans la période de ramollissement , qui survient de bonne heure dans ce tissu et y affecte une marche très-rapide, il prend l’aspect de la svdjstance cérébrale ramollie , et forme une sorte de bouillie de couleur rosée , à cause du sang qui s’y mêle ; souvent même la rupture des vaisseaux qui le traversent donne lieu à de véritables hémorrhagies , et à des épanchemens de sang ayant quelqu’analogie avec ceux que la même cause produit dans le cerveau : Ü se fait quelquefois , à la suite de ces exsudations , une membrane en forme de kyste , comme dans les apoplexies.
Au reste , la ressemblance n’est pas parfaite entre le tissu cancéreux et celui du cerveau , et l’on ne doit pas encore admettre l’opinion de ceux qui regardent ces tissus comme identiques , et en concluent qu’il y a épanchement de substance nerveuse dans la production du premieiv