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mademoiselle d'Apremont, croit reprendre son avantage , en promettant aussi à ses rameurs une récompense quon pouvait mettre fort au - dessus d'une écharpe. Mais qu'est la promesse d'un baiser pour un mari qui peut en prendre mille, et pour des frères qui s'en soucient peu ? Ils ne sentent que la fatigue; et les autres l'oublient en regardant mademoiselle d'Aprtmont. Sa nacelle vole; elle arrive; elle glisse mollement sur une pente douce , émaillée de fleurs. Mademoiselle d'Apremont s'avance au bruit d'une fanfare et des applaudisscmens ; elle détache les écharpes de l'ormeau auquel on les a su«:pendues; ses jolies manis en décorent les Vainqueurs; sa tète^ charmàiitei présente le second et le piu#: précieux des prix ; ses joues rosées reçoî-' vent le triple hommage de la reconnaissance et de l'amour.
Mon père avait eu les honneurs di déjeuner, et une heure de conversation pendant le concert. Il était tout simph que le ihwer appartînt àceilxqui avaient procuré un nouveau U ioniphe à made-
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moiselle d'Apremont. Quel prétexte, i^alurel de les placer auprès d'elle , de les dédommager des privations du matin, de les leur faire oublier! Quel art que pçîui de prévoir le moment où des plaintes éclateraient, de les prévenir , de concilier des intérêts opposés , de satisfaire tout le monde ! L'art par excellence serait de pouvoir aussi se contenter soimême. Mais la satisfaction intérieure est le résultat de nos actions et non de frojds calculs ; et que pensent , que font de louable ces petits monstres qu'on aurait dû élouflér le jour de leur naissance ?
M. de Méran parait souflVir, et il est auprès de la jolie dame qui a disputé le prix à mademoiselle d'Apremont. Mais cette dame na pas étudié la grâce e^ l'expression d'un geste ; le piquant dç telle ou telle pose; elle ignore ce jeu de physionomie qui séduit , qui entraîne ; elle ne connaît pas ces mots qui ne compromettent pas , et qui cependant disent tout. Elle aime son mari dans toute la simplicité d'un bon coeur : à .qui ppurr rai t-elle plaire?
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Ou quitte la table, et M. de Mëran essaie d'approcher de l'enchanteresse. Le premier coup d'archet la lui ravit. Elle passe au salon avec Duverlant ; vingt couples la suivent, et la walse commence. Ah ! Claire , on ne danse pas comme cela sans avoir consacre des années au plus futile de tous les talens , et cette perfection même annonce un cœur et unetête vides. L'admiration est ge'nërale, et si je communiquais la réflexion que je viens de faire, mademoiselle d'Apremont ne serait plus qu'une femme ordinaire.
La walse finit , et elle propose d'aller former des contredanses sous les grands marroniers. Un désir qu'elle exprime est réquivalent d'un ordre ; on obéit avec empressement. On a porté la prévoyance jusqu'à placer sur le sable un vaste parquet portatif , et un riche pavillon sétend au -dessus des danseurs et les garantit du grand air et de la rosée. LU jeune homme, d'une assez jolie figure, vient m'inviter. Je danse comme tous ccfuxqui ne mettent aucune prétention à un simple amusement ; et j'ai l'amour-
propre de ne pas vouloir contribuer à taire briller celle qui a persuadé à tous ceux qui sont ici que des agrémens sont des qualités. Bailleurs, je veux rester libre : le moment des révélations approche , ou je me trompe fort.
Mademoiselle d'Apremont refuse de danser la seconde contredanse. Sachons à quoi elle va employer le temps. Je vais , je viens, je me jette derrière le buffet, je cherche le pavillon chinois, je crois y arriver par un détour, et je m'enfonce dans une espèce de labyrinthe dont je ne connais pas l'issue, Là , je rencontre , j'en frisonne encore , je rencontre des Audrets. Il veut me prendre la main : je repousse la sienne avec un cri d'indignation , et le geste du mépris le plus marqué. « Vous êtes une en- » fant , me dit - il ; vous contez tout à » votre maman -, à quoi cela vous mè- » nera-t-il? Une femme attachée à son » mari se garde bien de lui parler de )) choses qui se terminent ordinairement » par un duel. Ainsi je n'ai à craindre que » la mauvaise humeur de madame de
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)i Mëran , et je m'en soucie peu. La i) vôtre se dissipera , et vous céderez à >/Ia force de mes moyens. J'ai affaire » ailleurs , et je vous quitte. » Il me laisse! , confondue de la scélératesse profonde qu'il ne se donne pas la peine de dissimuler. Je tremblais de m'être trouvée seule , dans des lieux écartés , exposée aux attentats de cet homme. Je senfais quelles suites pouvait avoir mon imprudente entreprise ; j'allais y renoncer; déjà je revenait sur mes pas. Jeannette me joint h quelque distance du buffet. Elle a entendu mademoiselle d'Apreihont dire à des Audrets, sous le péristyle : Pendant la seconde contredanse, ^ Elle a refusé de danser; des Audrets fiTa quittée parce qu'il a affaire ailleurs; lelie lui a donné un rendez-vous. Un rendez-vous à des Audrets! mais en quel lieu , et quand je le saurais , oserais - je les suivre ? Je confie à Jeannette mes observations sur le pa^'illon chinois, mes projets, mes craintes ncluellcs et mon irrésolution. Elle croit le moment décisif contre mademoiselle d'Apremont ;
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elle me presse de ne pas le laisser échapper. Elle m'encourage en me représentant Jules, cédant, coni rue tant d'autres;,' aux pièges , aux sédnclio.ns , pi'oubliaht , et signant] le malheur du reste àe sa vie. «Etle; n'a rien à ajouter sur la faiblesse démon père : je lé respecte trop pour en parler à d'autres qu'à toi. Que le bien-aimé n'en sacbc^rien. C'est , je l'espère , la seule chose que j'aurai jamais àiiiii cacher.
Jeannette me persuade , m'entraine.
Elle s'est souvent promenée dans le parc avec Julie ; elle le connaît parfaitement. Elle me conduit au pavillon par le côté èpposé aux lumières. La base de ce bâtiilient, élevée'de huit à dix pieds, porte sur nous une ombre épaisse ; il n'est pas présumableque nous soyons découvertes.
Cependant le cœur me bat avec une force extraordinaire ; je sens mes genoux ployëi^ sôus moi ; Jeannette a de la peine h më soutenir; '' ->i -;; ,. ; r ^
Nous approchônsl. Oin, c'est^ ici le Keu de la sèène. On parle àdenù-voix; il nVest impossible de distinguer un mot.
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Pourrons- nous approcher encore sans être découvertes ? Oui. Ceux qui sont dans le pavillon doivent être tournés vers l'endroit où on danse ; c'est de là seulement qu'on peut venir , quand on n'a pas de raisons de se cacher , et ma-^ demoiselle d'Apremont ne peut soupçonner les miennes. Nous avançons sur la pointe des pieds, et à la faveur des ténèbres , nous nous glissons entre les vases qui décorent le pourtour du bâtiment.
« Je vous l'ai déjà dit , votre oncle , î) qui paraît si ferme dans ses opinions , 3) n'a que celles que je lui communique, )) et il n'y tient qu'autant que j'ai intérêt » à ne pas l'en faire changer. C'est à » moi seul que vous devez la rupture du » mariage qu'il voulait faire , il y a trois » mois ; vous savez à quel prix j'ai con- » senti à vous conserver sa fortune ; dès » long-temps je devrais l'avoir reçu , et » je n'entends pas que vous difTériea da- *) vantage. » C'est l'iufànie qui prétend m'aimer , me réduire , dont mademoiselle d'Apremont a maintenant à se dé-
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fendre. « Est-ce pour me répéter ces sot- » tises-là que vous m'avez demandé un » rendez-vous ici ? Vous pouviez me les » dire partout. — Ce n'est pas en courant qu'on traite un semblable sujet.
» J'ai voulu vous parler de vos vrais in- » térêts , vous les faire sentir, connaître » votre dernière résolution , et en pro- » (lier. — La voici. Je n'ai jamais eu de » faiblesse , et si je voulais m'en per- » mettre une , vous devez croire que » vous n'en seriez pas l'objet. — Je me » rends justice; aussi n'est-ce pas de l'a- » mour que je vous demande. Votre }) possession me suffit , je la veux, et je » l'obtiendrai. — Vous ne m'avez jamais h parlé avec cette insolence. — C'est que » je n'avais pas d'armes contre vous. » Vos relations très-intimes avec Du- » verlant, Beauclair et Vertpré ne m'é- » taient pas connues : j'en ai des preuw ves évidentes , et je m'en servirai , si >i vous m'y forcez. — Des Audrets , je » vais être aussi franche que vous. Je w n'aime aucun homme ; je m'amuse de w tous. Je dois peut-être à ma froideur
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» la conservation de ce qu'on appellr » vertu. Mais la mienne n'a reçu aucun )) atteinte, et une femme est bien fort » quand on n'a rien h lui reprocher. Que » direz-vous à mon oncle que je ne puisse )) démentir ? — Que vous ne craigne/ » pas de trahir lamitie' dans la personne » de madame Duverlant ; que vous avez » séduit , aveuglé son mari ; que vous lui » écrivez des lettres passionnées; que )) j'en aiuneama dispositron. Cetteîettre » est là, dans ma poche. Je vais vous la » rendre > ou vous perdre; décidez-vous » à l'instant. — M. des Audrets... M.
n des Audrets... vous ne ferez pas cette **)) action atroce... Vous iVeti êfês pas'cai» pahle. — Je le suis de tout pour vous » obtenir. Vous êtes a ma discrétion , » vous le sentez, rendez-vous. — Lais- » sez-moi... laissez-moi, vous dis-je, ou >; je vais jetefr des cris, qui seront eiiten- » dus du cjiâteau. On accourra ; je vous » accuse, je vous diffame, je yobs faîm » chasser d'ici. -—'Vous n'êtes ^oint assei » forte pour arracher le masque de vertu » que je porte depuis- vingt ans; votre
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)) oncle ne vous croira pas. — Il croira » au désordre où vous m'avez mise, à » celui où vous serez vous-même, car je )) suis résolue ^ me défendre jusqu'à la I) dernière extrémité. »
Un silence de quelques secondes a régné dans le cabinet. Mademoiselle d'Apremont a repris la parole. « Voulez-vous » me rendre ma lettre à Duverlant? — *) Jamais. — Hé bien , je vais trouver » mon oncle , j'avoue franchement ma » faute , je la pleure ; j'ai toujours des » larmes à ma disposition. Je déclare à }) M. d'Apremont l'usage infâme que M vous voulez faire de celte lettre; je » tourne son indignation contre vous^ » j'obtiens mon pardon ; et, reprenant )) sur lui le juste ascendant que vous » n'avez jamais pu me faire perdre, je » lui fais retirer la main bienfaisante qui » vous soutient depuis si long-temps. — » Mademoiselle... mademoiselle... — Je » n'entends rien. — Écoutez-moi. — Ma » lettre. — Un mot par grâce, u
Un nouvel acteur paraît subitement sur la scène : c est Duverlant. « Rendez
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)) cette lettre, Monsieur, ou craignez » mon ressentiment. — Je ne cède ja- )i mais aux menaces. — Il cédera à la » force , s'écrièrent Beauclair et Vert- » pré. »
Sans doute Us ont vu disparaître mademoiselle d'Apremont. Ils auront jugé qu'elle ne quittait pas la danse sans dçs motifs qu'il leur importait de connaître. Peut-être leur a-t-elle déjà donné quelques rendez-vous au pavillon. Ils auront pensé quelle pouvait y être avec un rival inconnu jusqu'alors. Ils s'y seront rendus isolément avant moi , et chacun de nous a occupé , par un hasard heureux ; une face différente du bâtiment.
« Vous n'aimez aucun homme, et » vous vous amusez de tous ! Ce n'est » pas là ce que vous m'avez juré et écrit, » a dit Vertpré avec amertume. Vous » devez à votre froideur, a repris Beau- » clair, la conservation de ce qu'on ap- » pelle vertu. Je crois la votre intacte... » — Et moi aussi... — Et moi aussi... — » Cependant vous m'avez peint en trait
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» de feu, sans doute pour m'altacher )) davantage, les combats que vous li- » vraient votre cœur, mon amour et » mes vœux ardens. Vous m'avez pro- )) mis votre main , au retour de votre )> oncle a Paris. — Et à moi aussi. — Et » à moi aussi, lorsque j'aurais légale- » ment rompu les nœuds qui me lient, » et que je vais resserrer avec une force » nouvelle. — Je ne vdlis parlerai pas, » mademoiselle, de l'indignité d'une )) semblable conduite. La confusion, que » vous éprouvez en ce moment, nous » venge assez, et si ces messieurs veu- )) lent me croire , nous n'avilirons pas » l'autel, où nous avons sacrifié de si » bonne foi.
« Le bruit est pour le fat , la plainte pour le sot ; \> L'honnête homme trompé s'éloigne et ne dit mot.
» Mais nous ne souffrirons pas que » M. des Audrets, à qui mademoiselle » n'a donné aucun sujet de plainte, » obtienne de la crainte ce qu'elle a rew fusé à notre amour, ou la force à s'al- ^j kr accuser devant son oncle. La ma-
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» nœuvre de cet homme est celle d'un M scélérat; il ne meVite aucun mënage- » ment. Messieurs, reprenons cette let- » tre, puisqu'il refuse de la rendre; nous )) lui ferons après l'honneur de nous » couper la gorge avec lui, s'il, le juge » à propos. »
De grands mouvemens se font entendre au-dessus de moi. On attaque, on se défend. Jt tremble de tous mes membres. )) Je n'ai pas de lettre, je n'ai » pas de lettre, s'écriait des Audrets, » j'ai voulu seulement effrayer made- » moiselle. » Et au même instant un papier tombe dans le fichu de Jeannette.
Elle se lève aussitôt; elle me prend sous le bras; elle m'entraîne, chancelante, éperdue, terrifiée de ce que je viens d'entendre.
Nous reprenons les détours par où nous avons été au pavillon. Mes forces lenaissent à mesure que je m'en éloigne. Je me remets toul*à-fait, en rentrant dans la grande ailée, illuminée de toutes parts. ]jh, Jeannette tire, de dessous son fichu, le papier qui est tombé du pa-
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viilon. C'est, ainsi qu'elle l'a prévu, la lettre (le mademoiselle d'Apremont. Elle
>t positive, passionnée, convaincante.
IVut-on peindre avec tant de charmes un sentiment qu'on n'a jamais éprouvé !
Que d'observations elle s\. du faire, et quelle habitude elle a de la perfidie ! du reste , il paraît qu'elle a des mœurs : la déclaration tormelle et maintenue de ses amans prouve qu'au moins elle a été sage avec eux. Ne la jugeons pas trop vigoureusement : laissons-lui les mœurs, pour qu'il lui reste quelque chose.
11 ne parait pas qu'on ait rien entendu ici de la scène qui vient de se passer. La distance , le bruit des instrumens , l'abandon des danseurs, l'attention de ceux qui les regardent ont sauvé mademoiselle d'Apremont d'une humiliation publique. Quel parti va-t-elîe prendre?
Hé , que m'importe ? J'ai réussi au-delà de mes espérances; j'ai un moyen sûr de rompre le mariage de Jules, et de désabuser mon père ; je n'ai plus d'inté-
•i à savoir ce que fait Cette fdterlà. Je renconlie ma bonne mèr-e , alar-
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mée de ne voir ni moi , ni des Audrets. Je lui réponds, sans réfléchir, que j'ai fait un tour de parc avec Jeannette , et je me mets dans l'impossibilité de lui répéter ce que m'a dit cet homme , ce que certainement il n'aurait pas osé dire en présence de ma femme de chambre.
Mais je me plains de la ténacité avec laquelle il a cherché l'occasion de me parler, et je prie maman de veiller sur moi plus exactement que jamais.
Bientôt un bruit sourd circule dans l'assemblée. On dit que mademoiselle d'Apremont est incommodée. Vertpré, Beauclair et Duverlant paraissent et annoncent qu'elle vient de rentrer au château. Aussitôt les danseurs s'arrêtent, les instrumens se taisent ; on se parle , on s'interroge, on s'inquiète; la rumeur est générale. A quelle femme s'intéresset-on , bon Dieu ! voilà les hommes : toujours dupes des grandes réputations, ils refusent un peu d'estime au mérite modeste qui dédaigne de les éblouir.
Les jeux, la danse sont rompus. La foule s'empresse; chacun veut s'assurer
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par lui-même de l'état de la divinité qu'on vient de dépouiller au pavillon de son auréole. Vertpré , Beauclair , Duverlant sourient de pitié, sans dire un mot. Des Audrets, maltraité par eux, est sans doute déjà renfermé chez lui.
M. de Méran s'avance aussi vite que le permet son âge ; maman et moi pouvons à peine le suivre.
Julie est dans la première antichambre de l'appartement de mademoiselle. Elle a , dit cette fille , une forte migraine ; elle ne peut recevoir personne, pas même son oncle. On se retire dans un morne ^silence.
Des domestiques apportent des lettres, très-probablement écrites aussitôt après l'aventure du pavillon; le ton peu naturel avec lequel on les lit ; le défaut de motif, pour les lire à haute voix, me confirment dans cette opinion. Madame Duverlant est dangereusement malade ; la fuite d'un banquier de Montauban expose la fortune de Beauclair ; Vertpré est appelé à Toulouse pour tenir un joli petit neveu que sa sœur vient
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de lui donner. Tous trois prennent congé de M. d'Apremont, et ordonnent que leurs voitures soient prêtes au point du jour. Il est clair pour moi qu'ils veulent s'éloigner sans e'clat, épargner la honte de les revoir à une femme dont ils ont tant à se plaindre : ce sont d'honnêtes gens.
Puisse la triste épreuve que Duverlant vient de faire de l'inconstance, le rendre pour jamais à une épouse , qui mérite , dit- on , son plus tendre attachement!
Nous rentrons chez nous. Mon père est sérieux, rêveur; le jour va paraître; ce n'est pas le moment de parler de mademoiselle d'Apremont.
Lorsqu'on a assisté à une fête brillante , on ne se rassemble pas le lendemain sans parler des plaisirs de la veille. Chacun a remarqué quelque chose, et là critique et l'éloge alimentent la conversation pendant quelques momens.
J'étais assez en fonds pour la faire durer nûe hièure au moins. Il entrait dans mon pîaii de voir vcnii^, et d'amener naturel-
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I^Unient ce que j'avais h raconter. Maman l^fcommencé par louer tout ce qu'elle a I^K Elle a coropté ensuite ce qu'a dé- ^^nsé iM. d'Apremont. D'après son calcal , cette journée lui coûte un an de notre revenu : c'est beaucoup d'argent dépensé pour déshonorer une femme dans l'esprit de cinq personnes.
Mon père n'a pas laissé échapper une occasion aussi favorable de parler de l'enchanteresse; il a fait l'énuniération de ses charmes ; il s'est étendu sur la grâce et la noblesse qu'elle met a tout ce qu'elle fait, sur l'aisance avec laquelle elle remplit les devoirs de maîtresse d'une grande maison; .sur la pénétration qui lui fait prévenir les désirs de tous. J'ai terminé le portrait en ajoutant , à demi-voix , qu'il est fâcheux de ne pas trouver un cœur sous la plus séduisante enveloppe.
Mon père a relevé le mot avec aigreur ; je m'y attendais. 11 m'a dit qu'il n'est pas d'une belle âme déjuger légèrement , et qu'établir une opinion défavorable sur de simples conjectures est une chose répréhensible, J'ai répliqué que, s'il