PAJOU MODELANT LE BUSTE DE LEJIOYNE, PAR M"° LABILLE-GUIARD
(Musée du Louvre)
avec les personnes dont elle offre l'image fidèle, parle ton d'aisance et la facilité qu'on y remarque. On devine en quelque sorte l'esprit et le caractère de chacun de ses modèles. L'âme semble peinte sur le visage. »
Simplicité dans l'arrangement de ses portraits, naturel de leur pose, voilà les vraies qualités de M'"" Guiard. Elles lui attirent de Bachaumont, ou mieux de son continuateur, Pidansat de jNIairobert, critique plutôt bienveillant pour elle, ce reproche singulier, que ses tètes manquent de (( caractère », ce qui, dans le langage du
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temps, revient à dire que leur allure intime exclut toute prétention au style pompeux.
« Je passe, dit-il, à M"'* Guiard et finis par elle mon énumé-
ration des artistes les plus distingués Elle se voue uniquement
au portrait historié et dans ce genre déploie un talent très marqué. Aucune de ses tètes n'est de caractère. Elle a rendu M. Yien, "SI. Pajou modelant le portrait de M. Lemoine son maître, M. Bachelier, I\l. Gois, M. Suvée, M. Beaufort, M. Voiriot et a pour ainsi dire exprimé l'esprit, le genre de chacun de ces artistes sur leur physionomie ; mais ses deux chefs-d'œuvre sont le sien propre et celui du sieur Brizard »
Ce dernier et important ouvrage, commandé à l'artiste par M"" la comtesse d'Angiviller, fit grand effet au Salon de 1783.
« Le genre du pastel depuis M. La Tour avait été totalement négligé à l'Académie. Il manquait un modèle en ce genre quand M™* Guiard a paru. Elle s'annonce par un chef-d'œuvre. C'est le portrait de Brizard dans le rôle du roi Lear : composition, exécution, rien ne manque à ce superbe tableau. Ses pastels ont tous la vigueur de l'huile ' »
L'acteur qui personnifiait alors d'une façon si émouvante le héros de Shakespeare avait du talent et s'était fait une noble tête de vieillard. M"'® Lebrun, qui aimait le théâtre et l'avait souvent vu en scène, l'apprécie ainsi dans ses Souvenirs :
« Brizard remplissait les rôles de père. La nature semblait l'avoir créé pour cette emploi : ses cheveux blancs, sa taille imposante, son superbe organe lui donnaient le caractère le plus noble^ le plus respectable qu'on puisse imaginer. 11 excellait surtout dans le roi Lear et dans l'OEdipe de Ducis. Vous auriez réellement cru voir ces vieux princes si malheureux et si touchants, tant il y avait de grandiose dans l'aspect de celui qui les représentait. »
Il semble que notre pastelliste, dont on vantait à Lenvi « la mâle vigueur » dans ce portrait, se soit en effet surpassée pour satisfaire la comtesse d'Angiviller, également dévouée à l'acteur et à l'auteur du poème. Est-ce à Ducis, à ce bon Ducis dont M'"^ Guiard nous a conservé aussi la sympathique image peinte dans le feu de la composition, l'air inspiré et les cheveux épars-, que l'artiste dut de rencontrer sur sa route cette protectrice dont elle sut se faire une amie ?
\. Brochure de la collection de Loynes (Cabinet des estampes). 2. La gravure du portrait de Ducis par Avril porte que le tableau appartient à M^'î la comtesse d'Angiviller.
Secrétaire du comte d'Angiviller qui l'avait logé auprès de lui au Louvre, protégé comme littérateur d'espérance par la comtesse, d'une grande amabilité, Ducis employait ses loisirs à transporter sur la scène française, en les arrangeant — on pourrait dire plutôt en les dérangeant — les principales œuvres de Shakespeare, ce qui lui valut, du reste, l'honneur de succéder à Voltaire dans son fauteuil à l'Aca-
PORTRAIT DE J . - Jl . \- 1 E N , PAR M"" L A I! 1 L L E - G U I A R D D'après la gravure de S.-C. Miger.
demie. Il débuta par Hamlet oii il eut la chance d'avoir Lekain pour interprète et donna, le 20 janvier 1783, le Roi Lear, occasion d'un grand succès pour Brizard.
N'est-ce pas pour faire plaisir à la fois à Ducis et à M'"'' Guiard que M""^ d'Angiviller avait voulu posséder le portrait du comédien? Vivant dans un milieu d'artistes et de gens de lettres, intéressée par toutes les questions de littérature et de théâtre, la comtesse a droit à quelques lignes, en souvenir de sa protégée.
Marmontel ne tarit pas d'éloges sur elle et lui a, dans ses Mémoires, consacré des pages d'une très chaude amitié. Quand
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il la connut, Elisabeth-Josèphe de La Borde était l'épouse du baron de Marchais, gouverneur du Louvre. Excellente musicienne, son goût, sa voix, son esprit, l'avaient fait admettre dans l'intimité du château de Versailles et sur le théâtre des Petits Appartements, où M""' de Pompadour s'efforçait de distraire un roi blasé.
(( M'"'^ de Marchais n'était pas seulement la plus spirituelle et la plus aimable des femmes, mais la meilleure et la plus essentielle des amies, la plus active, la plus constante.... Imaginez-vous tous les charmes du caractère, de l'esprit, du langage réunis à un haut degré, et môme ceux de la figure quoiqu'elle ne fût pas jolie.... Telle était cotte jeune fée ! »
Marmontel, entre autres détails, ajoute que si la fée était petite, du moins sa taille était « faite au tour » et toute sa personne offrait « un caractère de noblesse imposant ». Il loue la culture de son esprit, la justesse et la finesse de ses idées, un choix d'expressions toujours heureux, et son obligeance qui ne se lassait jamais d'agir.
Voilà des éloges partis du cœur et qui paient bien des dîners fins, car c'était autour de sa table que se retrouvaient artistes, savants, gens du monde, et des littérateurs comme Buffon, La Harpe, Thomas, l'abbé Maury. Le plus assidu de ses commensaux était sans conteste Charles-Claude de Flahaut de La Billarderie, comte d'Angiviller, qui jouait là le rôle de soupirant, mais en réalité était son amant de longue date.
« Une belle figure, dit de lui Marmontel, un esprit cultivé, le goût des lettres et des arts, une âme élevée, un cœur pur, l'estime du roi et la faveur intime de M. le dauphin... '> Que d'éléments de succès réunis ! M. d'Angiviller et M"'^ de Marchais passaient leur vie ensemble dans l'union la plus intime, et cela dura quinze ans. Enfin, à la mort du baron de Marchais, le comte d'Angiviller, qui depuis plusieurs années déjà avait remplacé l'abbé Terray dans la direction des Bâtiments du Roi, se déclara et épousa la veuve.
M'"'' Guiard a-t-elle fait le portrait de sa protectrice, et celui que
l'on aperçoit aux murs de la chambre de Voltaire, à Ferney, dans
l'estampe gravée par Née, était-il de sa main ? C'est fort possible;
mais la miniature de la comtesse que tient le jeune de Flahaut dans
e portrait de sa mère, peint par M'"'' Guiard, est sûrement d'elle.
M""' Lebrun, qui l'a fort approchée, n'eut pourtant pas cet honneur : « II me serait impossible, a-t-elle écrit, de dire si M"'® d'Angiviller était laide ou jolie. Je l'ai cependant vue nombre de fois et j'ai souvent été placée à table à côté d'elle, mais elle
avait toujours la figure cachée sous un voile qu'elle n'ôtait pas même pour dîner. »
Cette femme originale et serviable, qui, sous le règne de Louis XVI, avait eu toutes les jouissances de la richesse et du crédit, vit, comme tant d'autres, à la Révolution, sa situation bien modifiée. Le comte d'Angiviller, accusé par Charles de Lameth, le 7 novembre 1790, d'avoir dilapidé les deniers de l'Elat, fut, sur le
«OUTRAIT DR DL'CIS, PAR M"" I, A li i I. I, E - (1 L I A 111) D'après la gravure de J.-J. A\ril.
rapport de Camus, le 15 juin 1791, l'objet d'un décret ordonnant la saisie de ses biens. 11 émigra en Russie et sa femme se retira à Versailles. Elle traversa ces temps difficiles dans des transes continuelles et, rencontre plaisante, pour éviter d'être inscrite sur la liste des suspects, elle fit solennellement hommage à la Société populaire de la ville d'un buste de Marat.
Mais revenons au Salon de 1783 et aux libelles dont il fut l'occasion. A ce moment, la comtesse, remariée au directeur des Bâtiments et Menus plaisirs du Roi, jouissait de toute son influence, et M""" Guiard eut bientôt l'occasion d'y avoir recours. Ils étaient nombreux alors et les pamphlétaires parfois pleins de malveillance.
Tant que l'on dit, comme Appelle au Salon, que « sa touche ferme et hardie paraît au-dessus de son sexe, » ou, comme dans La Morte de troi.'i mille ans, que son portrait de Brizard « ferait honneur même à un homme très estimé », M""' Guiard ne put pas se fâcher ; c'était de la critique permise, bien que, dans l'une d'elle, on feignît de croire à une erreur du livret et qu'il fallait lire Vincent au lieu de Guiard, comme signature.
Néanmoins l'artiste restait justement froissée de ces insinuations, quand, peu après l'ouverture du Salon, parut un opuscule gravé, où elle était chansonnée, en compagnie de M'"''^ Vallayer- Coster et Lebrun, ses collègues à l'Académie, et de Hue, jeune paysagiste, élève de Vernet. C'était elle de beaucoup la plus maltraitée, et ses relations avec André Vincent, son maître, incriminées grossièrement.
Grâce aux indications d'un jeune et intelligent bibliothécaire, M. Marc Furcy-Raynaud, nous avons pu retrouver dans la collection Deloynes la copie manuscrite, de la main de Ch.-N. Gochin, diton, de ces fameux couplets si soigneusement supprimés. Nous ne reproduirons ici que celui qui la concerne et les réflexions qui le suivent :
A MADAME GUIARD
Que vois-je, ù ciel ! l'ami Vincent Ne va donc plus que d'une fesse ?
Son amour fait votre talent L'amour meurt et le talent baisse.
Résignez-vous, fière Chloris, Dites votre De profundis.
Non content de ce mauvais propos, le médisant libelliste, payé bien probablement par un mari jaloux, continuait à mettre lourdement les pieds dans le plat :
« Ah ! je me rappelle une anecdote que je vais vous conter.
Dernièrement, un jeune peintre fut envoyé chez Madame (chut!
ne nommons personne). On le reçut gaiement, on loua sa figure : « Mais vous êtes charmant par-ci, vous êtes trop aimable par-là » et mille autres propos dont je ne me souviens pas; « vous devez » avoir bien des maîtresses, etc.. » Le jeune homme, sans répondre à ces sots compliments, lui dit : « Madame, quand on est aussi inté- » ressante que vous, on ne manque pas d'amants. — Moi ? j'en ai
» deux mille, car vingt-cents et deux mille, c'est la même chose. » Notez que Vincent retouche cette dame-là. C'est drôle, n'est-ce pas?»
M"'" Guiard eut rapidement connaissance dn pamphlet, qui se débitait à la porte du Louvre. C'est un curé d'Etampes, chargé d'acheter les critiques du Salon par le père Labille, qui le lui lit connaître. Sous le coup de l'émotion, elle s'empresse d'écrire à la comtesse d'Angiviller, pour la supplier d'employer tout son crédit à faire supprimer « ce libelle affreux'». Elle est d'autant plus impressionnée que le pamphlet a failli arriver entre les mains de son père, retiré à Etampes et âgé de quatre-vingts ans, qui se console de la perte de huit enfants par les succès de sa fille et qui mourrait de chagrin d'apprendre que l'on incrimine ses mœurs. Elle l'adjure de faire agir le lieutenant de police, et aussi M. de Champlost, gouverneur du Louvre. Qu'on dise, si l'on veut, que ses ouvrages ne sont pas de sa main, encore que les portraits de Pajou, Vien et Bachelier répondent pour elle, mais qu'on attaque ses mœurs, elle ne peut l'accepter. « Je ne désire pas connaître l'auteur, je sçaurois trop qu'il me touche de bien près. »
L'artiste prévenait en même temps Ducis, qui, le même jour, écrivait à son amie, M"'" d'Angiviller, pour la supplier de faire agir son mari auprès du lieutenant de police Lenoir, afin d'arriver à la prompte suppression des « couplets atroces » et à la punition des coupables -.
Les deux lettres, datées du 19 septembre 1783, firent leur effet, car, le 21, le comte d'Angiviller écrivait de Versailles au lieutenant de police et, par une missive analogue, au lieutenant général de la Prévôté, Clos, pour leur signaler les couplets diffamatoires où l'on déchirait « d'une manière cruelle », les mœurs de ces dames artistes et les engager à s'entendre avec le gouverneur du Louvre afin d'en arrêter le débit, de découvrir et de punir les auteurs.
Lenoir avait prévenu les désirs du comte. Le même jour, 21 septembre, il l'avisait qu'il avait fait saisir un grand nombre d'exemplaires de l'infâme production et arrêter l'un des libraires qui la débitait au Louvre. Le baron de Champlost témoignait aussi de sa bonne volonté. Nous avons retrouvé et sa lettre à M. d'Angiviller, et l'interrogatoire du vendeur du libelle, qui ne nous éclaire
1. Les lettres deMmc Guiard, du comte d'Angiviller, de Lenoir et du baron de Champlost ayant trait à cette affaire, ont été publiées par M. ,I.-J. Guiffrey, dans les Notes et Documents inédits sur les Expositions du XYiii'^ siècle (Archives Nationales, OM912, etc.)-
2. La lettre de Ducis a été publiée par la Revue rétrospective, année 1834.
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malheureusement pas sur la personnalité de son peu galant auteur.
Tout le monde avait fait son devoir dans cette grave affaire : M"'" Guiard et ses collègues féminins de l'Académie avaient satisfaction; les couplets gravés étaient saisis, les vendeurs emprisonnés; mais sut-on bien exactement leur auteur ? Fallait-il le chercher, comme semble le croire le baron de Champlost, parmi les derniers agréés de l'Académie, ou plus sûrement dans un libelliste sans scrupule, payé, comme le pensait M™*^ Guiard, par quelqu'un la touchant de près, allusion peu déguisée à son mari?
Critès, autrement dit Gorsas, grand faiseur de petits vers, s'excusant, lors du Salon de 178S, de n'avoir pas encore rendu compte des ouvrages de ces dames, qui savent pourquoi il n'a pu le faire, pourrait bien en être l'auteur. Ne fut-il pas, comme directeur d'une maison d'éducation de Versailles, emprisonné à Bicèlre vers cette époque, mais, il est vrai, pour de tout autres motifs?
Puisque nous tenons ce Gorsas', pamphlétaire spirituel, mais sans moralité, devenu un personnage pendant la Révolution, et qui finit par se faire guillotiner, il nous servira de transition, par sa critique fantaisiste, pour passer aux ouvrages que M'""^ Guiard exposait au Salon de 1785, où elle brilla d'un vif éclat. C'est bien lui le Critès- des Salons de peinture, tout plein de verve et de malice dans un opuscule qu'il intitula aussi L'Ane promeneur. Cet une était la bête noire de ces dames de l'Académie. Il les mettait sans vergogne sur la sellette et M™' Guiard tout spécialement. Les petits vers dont il émaille sa prose ne sont pas sans analogie avec ceux des fameux couplets.
Après avoir feint d'être introduit au Salon, avant l'ouverture au public, (( par le valet de chambre du secrétaire d'un honoraire qui connaît des suisses, » Critès parle de Houdon, de Debucourt, de Vincent, salue avec respect la Tempête de Vernet, admire avec quelle vérité M""= Lebrun a rendu les traits de M. de Galonné et vante sa Bacchante , celle-là même si agréablement gravée en couleurs par le comte de Paroy : « Je baisai d'intention son sein, sa belle
d. Gorsas, né à Limoges en 1751, mort guillotiné à Paris, le 7 octobre 1793. Publiciste, orateur populaire, fut l'un des promoteurs des insurrections des 5 et C octobre 1789, 20 juin et 10 août 1792. Député à la Convention, siégeant parmi les Montagnards, il se sépara d'eux, fut proscrit avec les Girondins et périt sur l'échafaud.
2. Promenades de Critès au Salon de l'année 1783. Londres et Paris. (Bibl. de l'Arsenal. 1
bouche et ses genoux d'albâtre, qu'il faut bien trouver trop gros puisque tout le monde le veut, mais j'aime les gros genoux, moi ! »
Il arrive eniin à M"'"' Guiard et Vallayer-Coster. « Il y avait deux belles dames dont je n'avais pas encore dit un mot; ce n'était pas fort galant, mais je compte sur leur indulgence, puisqu'elles savent comment et comme cela m'avait été impossible. D'ailleurs, quoique mon éducation ait été fort négligée, puisque je ne sais pas danser, que j'abhorre le figarotisme et que je n'ai guère plus d'esprit qu'un commis, je suis assuré cependant qu'elles ne présument pas assez mal de mon goût pour croire que je préférerais les contorsions d'une hideuse Alcmène... à la conversation de deux femmes aimables qui sont jolies, qui peignent comme Minerve, et peut-être comme leur sœur Euphrosine (M""' Vigée-Lebrun), et qui accompagnent sur le luth les hymnes qu'elles chantent à l'Amour.
» Enfin, belles dames, soyez assurées que vous m'avez souvent distrait agréablement pendant mes promenades, et ne me faites pas l'injure d'imaginer que je n'aie
D'une œillade à la dérobée Convoité parfois vos attraits; Qui plus est, mesdames, j'avais Déjà regretté Carie en voyant Amédée.
De Coigny, de l'Amour, j'avois vu les portraits; Par mes mains de Vernet la tête couronnée D'Antoinette elle-même a reçu les honneurs; J'avais baisé celui dont les crayons flatteurs Sont conduits par l'Amour et peignent Dionée. A ton père, Guiard, j'avois jeté des fleurs.
Sensible aux justes douleurs
D'une reine abandonnée
Pour le fugitif Enée, Avec Saint-Huberti j'avois versé des pleurs. J'avois à ses transports connu les traits d'Orphée.
Enfin Aréthuse en pleurs M'avoit en gémissant conduit au chien d'Alphée'.
[ . Des notes explicatives du critique éclairent ce qu'il pourrait y avoir d'obscur dans sa poésie : Amédée, c'est Amédée Vanloo, peint par M"" Guiard; Coigny, c'est ill"<^ de Coigny, peinte en Amour par M"^ Vallayer-Coster; plus loin, les portraits de Cochin et de yc/-ne«, par M""= Guiard, puis une allusion au buste de Lahille, père de M™" Guiard, par Pajou, au portrait de la Saint-Huberti, par Mme Vallayer-Coster, au Chien d'Alphée, par la même, et au Grétrij, de M"" Lebrun. (Voir L'Ane 'promeneur ou Critès promené par son âne, in-S». 1785.)
« J'avois aussi souri à votre portrait, belle Guiard, mais j'y admirai encore cette touche hardie, ces détails heureux et piquants, cette finesse qui jette sur la vérité une gaze transparente et légère, qui ajoute un nouveau prix à ses appas. J'avois envoyé des baisers à deux minois fripons sur lesquels l'œil se repose délicieusement et de la bouche desquels on auroit tant de plaisir à s'entendre dire le joli mot que vous inspirez et que vous avez prononcé quelquefois avec émotion, n'est-il pas vrai, belle Guiard?... Mais je me sons ému moimême. Ah ! Guiard ! Guiard ! Il faut fuir vos yeux, il le faut, car ce matin encore
L'Amour..., oui l'Amour, je vous jure.
En tirant les cartes, a vu Écrit, mais là, comme dans rÉcriture, Qu'en vous voyant, même en peinture, Mon pauvre cœur, pnr trop ému, Seroit mis en déconfiture. »
Continuant sur ce ton de persiflage, Critès, dont on croit entendre le rire moqueur ponctuer ses compliments exagérés aux dames artistes et aux ouvrages exposés par elles, se pose en beau Paris embarrassé de décerner le prix :
«... Encore une fois, femmes aimables il faut bien que je vous fuye... Jugez-en vous-mêmes, toutes les trois charmantes, toutes les trois élèves et favorites de Minerve, toutes les trois... que deviendrois-je ?
Nouveau Paris, mesdames, si j'avois
A choisir entre les trois Grâces,
Fort embari'assé je serois.
Car d'oser marcher sur les traces Du beau berger dont Cypris eut la voix.
Et l'eut..., hélas on sait comme.
Je ne saurois, en honnête homme.
Pour si peu, Critès aux abois?
Viens-ça, nigaud; compte un peu sur les doigts
Combien ces dames sont en somme.
Combien? Vallayer un, Lebrun deux, Guiard trois. Eh bien, nigaud, de Paris jusqu'à Rome Le plus nigaud, à quoi bon faire un choix ? Trois elles sont..., en trois partage-leur la pomme ! »
Les académiciennes furent-elles bien satisfaites de cette critique rimaillée et de sa publication? il est permis d'en douter. M'"^ Lebrun,
qui avait au Salon de 1783 l'exposition la plus brillante, et surtout le portrait particulièrement soigné de son ami, M. de Galonné, en habit de satin noir, était en butte aux calomnies des badauds et aux jalousies de ses rivales moins favorisées ; elle s'en plaint amèrement dans ses Souvenirs :
« Quoique je fusse, je crois, l'être le plus inoffensif qui ait