‹ Adélaïde Labille-GuiardChapitre 6 sur 24 · PU II TUAIT DE M · texte numérisé non relu

PU II TUAIT DE M

(lAlll'.IEM.E GAI'ET, PAU ,M™° L A I! 1 L I, E - U G I A lU) (Collcclion cic iM. Sifiismond Bardac.)

C'est Gabrieile Capet que M""' Guiard a placée au premier rang dans son grand portrait de 1785, et c'est encore son élève, devenue son amie, que sur la tin de sa vie elle représenta si délicieusement expressive au Salon de l'an vi (179(S), peignant la miniature. M"" Capet exposait à ce même Salon celle du Ciloijcn Vincent. Elle était de la famille.

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Gabrielle Capet a aimé copier les œuvres de M""^ Guiard. C'est ainsi qu'on voyait la miniature de La citoyenne D*** tenant un enfant dans ses bras, au Salon de l'an vn, en même temps que la peinture originale y était exposée. A noter encore les portraits du peintre Siivée, grand ami des Vincent, de Meynier, élève de ce dernier, de M'-'-" Mars, épouse de Monvel, et mère de la célèbre actrice M"'= Mars, de Hoiidon travaillant au bronze de Voltaire, exposé en 1800; du peintre Pallière, en 1802. Le Marie-Joseph Chénier au pastel, que nous avons vu, est très modelé, très vivant. On dit son portrait du trésorier royal Griois de premier ordre.

M"'' Capet a également peint (1806) le portrait de Ch.-Simon Miger qui l'a gravé lui-même en le signant de l'anagramme Régim. Ce graveur, élève de Cochin, avait épousé en premières noces une demoiselle Griois, dont le frère, Marie-François Griois, alors secrétaire de Savalette de Langes, garde du Trésor royal, épousa en 1766 Suzette Vincent, sœur du peintre, que Fragonard a peinte adorablement.

Lebreton, dans sa notice sur M""^ Guiard, vante le talent de M"^ Capet, « qui s'est distinguée par des pastels et des miniatures du plus rare mérite ».

Touchant souvenir d'une scène dont elle avait pu être le témoin dans sa jeunesse trente ans auparavant. M"'' Capet exposa en 1808 un tableau où elle chercha à représenter /<'ei< M""^ Vince?it , occupée à faire le portrait de M . le sénateur Vien. Seulement une révolution s'était faite dans l'intervalle, non seulement en politique, mais en peinture. Gabrielle Capet est morte à Paris, rue de l'Abbaye, 16, le 1" novembre 1818.

Bien que l'on retrouve dans les livrets des Salons, peintes par M™^ Labille-Guiard, plusieurs femmes élégantes de la société parisienne, la comtesse de Clermont-Tonnerre, la vicomtesse de Caraman, la vicomtesse de Gand, entre autres, tous ses portraits importants sont loin d'avoir figuré aux Expositions de l'Académie, et par là restent fort difficiles à connaître, dispersés qu'ils sont dans les familles. L'un des meilleurs est un Duc de Choiseul , d'allure intime, de la collection du vicomte d'Harcourt. Peu de portraits le dépassent en intérêt historique, quand on songe à la place que le grand ministre a tenue sous le règne de Louis XV. Son exil restera l'époque la plus brilla,nte de sa vie. Sa popularité était si grande

ADÉLAÏDE LÂBILLI£-GUIAUD

que les traits de l'illustre ministre se voyaient sur toutes les tabatières. Les visites de ses amis à Chanteloup, son inépuisable gaieté et un fond de légèreté naturelle l'aidèrent à supporter sa disgrâce. Aussitôt roi, sur le désir de Marie-Antoinette, Louis XVI

TOUT HAIT DU DUC DE CliOlSEUL, PAR .M'°" LAUILLE-UUIAKD (CoUcclion de M. le vicomlc d'IIarcouit.)

lui accorda la permission de revenir à la Cour. Comme il est peu vraisemblable que M"'" Guiard, fort jeune alors, ait fait le voyage de Chanteloup pour le peindre, c'est donc après i77i et avant 1785, date de sa mort, que doit se placer l'exécution de cette belle toile.

« Le duc de Choiseul n'avait aucun des avantages de la figure ; ses succès ne lui permirent pas de les regretter. Sa laideur était

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piquante à force dannoncer de l'esprit: sa gaieté vive et naturelle ; ses manières franches, ouvertes, souvent tranchantes... »

C'est bien ainsi que l'artiste a compris cette spirituelle laideur. Dans son cabinet, sans pose officielle, le nez en l'air, souriant, le duc de Choiseul est assis auprès d'un bureau orné de cuivres dorés, celui, sans doute, acquis parle duc d'Aumale pour Chantilly. 11 est en costume du matin, robe de chambre de cachemire blanc doublée de satin blanc, la culotte rouge non bouclée, la coiffure en ailes de pigeon, sur un de ces délicieux fauteuils de bureau en bois doré, sculpté et canné, qui font la joie des collectionneurs'. Le visage est animé, coloré, vivant. C'est le grand seigneur et c'est l'homme pris dans le négligé élégant de la vie. Quant à la peinture, claire et brillante, c'est l'un des meilleurs ouvrages de notre artiste.

Le portrait de M'"" de **' faisant de la musique, du Salon de 1787, nous paraît s'identifier avec celui de ili""^ de Seive, dont M"'" Guiard avait étudié les traits au pastel deux ans auparavant. Il est daté de cette même année, c'est-à-dire de son meilleur temps, alors qu'elle travaillait au portrait de M""^ Elisabeth. Au moment oîi M"^^ Guiard l'a peinte, la comtesse de Selve était une jeune femme de vingt-huit à trente ans peut-être, au teint coloré, à la physionomie animée et spirituelle. Elle est assise, vêtue d'une robe de velours gris aux reflets chatoyants, échancrée sur la poitrine garnie de dentelles. Les yeux bruns regardent de face, la bouche est d'un dessin exquis ; la figure bien parisienne, aux cheveux relevés à la mode du temps et en poudre, est surmontée d'une large toque de velours assortie à la robe, qu'ombrage une plume d'autruche ; une main reste dans la pénombre, l'autre feuillette un cahier de musique posé sur un guéridon en bois de rose.

L'œuvre, d'une élégance supérieure, est placée dans le salon de M'"'^ de Polès, en pendant du portrait de la marquise de Puységur en laitière, par M"'^ Lebrun, figure charmante aussi; l'inévitable comparaison s'imposerait, mais ne tombons pas dans les redites : le portrait peint par M""^ Guiard, à la fois solidement dessiné et de couleur séduisante, pourrait la subir avec avantage, et vaut n'importe quelle œuvre de son temps, si séduisante soit-elle.

Qu'on se rappelle la tête ingrate, mais si vivante, de femme âgée, du musée de Marseille, qui figura àla Centennale, ou que l'on se reporte au portrait de la Comtesse de Cy pierre née ThéUisson, belle personne à la gorge opulente, à la haute coiffure, du château de

1. Ce fauteuil est conservé dans la collection de M. J. Douce t.

Vaux, l'artistique manoir du baron Warochclti, on doit reconnaître que l'artiste peignait également bien la bourgeoise et la femme du monde. C'est pourtant de ce dernier côté qu'allèrent ses préférences, et les portraits de la Vicomtesse de Caraman, de la Duchesse de

PORTU.VIT IIE l,A r.OMTEsSE DE S E I. V E , PAU M""' I. A li IL I. E - U L" I A R 1) (Collcclion de M»"' de Poli's.)

Narbonne, de la Comtesse de Clermont-Tonnerrc , de la Marquise de La Valette pinçant de la harpe, et d'autres femmes de qualité tenant à la Cour, marquent sa prédilection pour la société. Nous avons vu, chez le comte de Blangy, daté de 178i, le portrait au pastel d'une toute jeune Princesse de Be'thiine, un bouquet de lilas au corsage, qui est bien la chose la plus printanièrc qu'on puisse rêver.

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L'artiste semble avoir peu travaillé, en revanche, pour le théâtre, et les déesses de l'Opéra, si richement entretenues alors, durent s'adresser, pour retracer leur image, à des artistes de réputation moins austère. Aussi le portrait de M'^" Laguerre, qui lui fut attribué à la vente Yriarte (1898 , nous laisse-t-il sceptique quant au peintre.

A-t-elle dessiné l'un des modèles préférés de M"'^ Lebrun, la Princesse de Lamballe, née Savoie-Carignan, et le pastel de jeune femme blonde, signé bien authentiquement : Labille f""^ Guiard, que l'on voit chez M. Stiebel, représente-t-il l'amie charmante et infortunée de la reine, « dont les beaux cheveux blonds boucleront autour de la pique de Septembre » ?

Il est vrai qu'une certaine ressemblance existe entre ce pastel retrouvé à Londres, et les portraits peints par M™^ Lebrun, aux environs de 1781. Elle porte sur ses cheveux poudrés la haute coiffure de fleurs et de rubans mise à la mode par !Marie-Antoinette ; toutefois, nous ne voyons pas trop la princesse, de la grande intimité du cercle de la reine, demandant son portrait à M""= Guiard, l'artiste attitrée de la petite cour indépendante de Mesdames et du comte de Provence.

Autre pastel bien curieux, mais légèrement énigmatique, celui que possède M. Pierre Decourcelle. 11 provient de la collection Crignon de Montigny, oii il passait pour représenter M"'^ Poisson, mère de M"'*^ de Pompadour et d'Abel Poisson, marquis de Marigny. C'est au château de Ménars, sa dernière résidence, qu'il fut conservé jusqu'en 18o4. La physionomie très expressive l'a fait attribuer, non sans motif, à La Tour. Au dessin décidé des traits d'une femme qui n'est ni jeune ni jolie, à l'expression spirituelle des yeux, au travail des cheveux poudrés, il faut reconnaître l'empreinte inimitable du maître, tandis que l'arrangement compliqué d'une sorte de calèche de mousseline de soie, retenue par des brides de satin blanc, dénote une main féminine que signent encore certains blancs froids spéciaux à notre artiste.

Dans notre hypothèse, La Tour, s'en tenant à l'étude du visage, - — et l'on sait qu'il aima peu faire les accessoires. — aurait exécuté le masque seul, laissant le portrait inachevé, et M'"^ Guiard se serait chargée plus tard de le compléter. Quand à la personne représentée, est-ce M""' Poisson, ou bien M""= Filleul, mère de la marquise de Marigny et de la comtesse de Flahaut, comme nous l'avions pensé un moment ? Sa présence au château de Ménars n'exclut aucune de ces suppositions

ADÉLAÏDl^ LABILLE-GUIARD

Que d'autres pastels passent dans les ventes ou sont disséminés chez les collectionneurs et les descendantsdes modèles de M'"'^Guiard ! Nous possédons celui du Père Rit [fin, supérieur des Thcaiins, daté de 1780, physionomie intelligente, qui s'éloigne des types habituels de l'arliste. Mais où se trouve maintenant le portrait de M""^ Dupin de Saint-Jtdien, daté de 1785, celle que Voltaire appelait son « papillon

PORTRAIT DE LA PRINCESSE DE LAJIBALLE PASTEl, PAR M""" LABIl.LE-GUIARD

(CoUcclioii de M. Slicbcl.)

philosophe », et qui doit être la femme de ce receveur du clergé pour qui Fragonard peignit VEscmyolctlc ? « M"" de la Tour du Pin a bien récité son Oraison de Saint-Julien », disait-on d'elle au lendemain de son mariage, et le baron de Saint-Julien, grand amateur de dessins, grand l'aiscur de petits vers qu'il niellait volontiers au bas des pastels de son ami La Tour ou des marines de son autre ami Vernet, ne serait-il pas l'auteur de ce quatrain dédié à notre belle pastelliste ?

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0 divine Uranie, agréez nos hommages, Mille beautés en vous font taire les censeurs. Aux autres, en passant, on dit quelques douceurs, Vous seule avez tous les suffrages.

Auprès d'un autre pastel, celui du Comte de Saint-Simon, Fami intime de Talleyrand, le futur initiateur de la fameuse doctrine saint-simonienne, œuvre signée, mais exécutée pendant la Révolution, figure, dans le même salon le portrait, au pastel également, de sa sœur, la toute charmante Princesse de Montléar, les cheveux relevés à la mode du temps et les mains croisées au bas de son corsage de linon blanc. Non signé, c'est vrai, il rappelle étonnamment le faire de M""^ Guiard ou encore celui de M"'= Capet.

A ce point culminant de sa carrière, alors que nommée peintre de Mesdames et du comte de Provence, membre de l'Académie royale, pensionnée par le roi, conviée à l'honneur de peindre sa sœur, mise aux places d'honneur lors des Salons du Louvre, puisque le portrait de M'""^ Elisabeth figure à cùté de celui de la reine par M"'" Lebrun, ainsi que nous le montre l'estampe de Martini, pourvue d'une clientèle riche et élégante. M"'" Labille-Guiard avait peu de rivaux qu'on pût lui opposer pour le portrait.

D'abord la pastelliste, grâce aux conseils de La Tour, parvenu, comme Perronneau, au déclin de sa carrière, demeure presque unique dans sa spécialité. Chardin, solide et vrai, procédant par hachures vives et détachées, en vrai précurseur de l'impressionnisme, n'est qu'un concurrent occasionnel. M"'^ Lebrun, toute à la peinture, n'a pas suivi l'exemple de son père Vigée et ne fait pas le pastel. Restent Vestier, aux gris si fins ; Lundberg, brillant météore tôt retourné sous son ciel brumeux de Suède ; Claude Hoin, un ami, estimable dans le pastel, mais cantonné plutôt dans la gouache précieuse ; Ducreux, abondant, vivant, bien qu'inégal; Joseph Roze, aux chairs exangues et pourtant d'élégante facture. Le pastel, oiî s'essaiera encore ce charmeur de Prud'hon, se meurt. M"'" Guiard aura été l'une des dernières virtuoses, et non la moins distinguée, dans un art élégant, qui va disparaître pour ne refleurir que de nos jours

Parmi les peintres, deux ou trois maîtres portraitistes mis à part, comme Greuze ou Louis David, combien peuvent lutter do talent avec elle? M""' Lebrun, c'est entendu, a un maniement de pinceau, une variété dans la pose, un charme incomparables, nous nous empressons de le reconnaître. Mais notre artiste ne marche-

t-elle pas de pair avec Duplessis, au modelé pourtant si serré, avec Vestier, au faire précieux, ou Danloux, le peintre de la riche bourgeoisie? De la dynastie des Vanloo, il ne reste guère qu'Amédée, très inférieur à Louis-Michel, son frère ; Fragonard, c'est la fougue, la couleur et l'esprit, mais sont-ce vraiment des portraits, ces pochades superbes où la fantaisie l'emporte sur la ressemblance ? Lagrenée le jeune? Drouais le fils? Accordons Roslin, le Suédois

POUTRAIT DE M""" POISSON

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