‹ Adélaïde Labille-GuiardChapitre 7 sur 24 · PASTEL PAR LA TOUR ET M°° LABILLE-OUIARD · texte numérisé non relu

PASTEL PAR LA TOUR ET M°° LABILLE-OUIARD

(Collection de M. Pierre Decourcelle.)

devenu si Parisien, le peintre du satin et des jolies femmes. Lequel pourtant d'entre ces artistes aurait pu, comme distinction, comme richesse de coloris, surpasser, égaler même en talent M""' Guiard dans le portrait de Madame Elisabeth?

Ce fut une heureuse fortune pour M"'^ Labille-Guiard de rencontrer sur sa route cette touchante figure et d'avoir été admise à l'honneur de la peindre. Le portrait de l'infortunée princesse restera l'un de ses meilleurs ouvrages.

L'affection de Madame Elisabeth pour sa famille, son obstina-

tion à lier son sort au sien, sa fin tragique qui en a été la conséquence, sont bien faits pour émouvoir devant une toile qui rappelle d'aussi poignants souvenirs. Plusieurs artistes ont tenté de rendre ces trais si fins; Drouais l'a représentée enfant, son carlin sur les genoux ; M"'^ Vigée-Lcbrun, qui l'avait déjà peinte, célèbre son visage remarquable de fraîcheur.

Avant la Révolution, Madame Elisabelh vivait heureuse auprès du roi et de la reine, allant du palais de Versailles, où elle occupait une partie du rez-de-chaussée de l'aile gauche donnant sur la pièce d'eau des Suisses, à sa propriété de Montrcuil, longeant l'avenue de Paris à Versailles, que le roi son frère lui avait donnée. Il l'avait acquise de la princesse de Guéménée, et c'est un jour de printemps de l'an 1781 que Marie-Antoinette, y passant en voiture avec elle, lui en ht la surprise.

Là, sous les ombrages, (die venait lire, coUationner, et peut-être aussi se faire peindre, en compagnie de M""' de Mackau, sa dame d'honneur et de sa hlle, de deux ans plus âgée qu'elle. M"" de Mackau était sa meilleure amie, et quand, en 1778, elle épousa M. de Bombelles, le roi la dota et lui accorda une place de dame pour accompagner sa sœur. Comme c'est chez les Bombelles, à Presbourg, qu'a été retrouvé en dernier lieu le beau portrait exécuté par M""" Guiard, on peut supposer que la princesse le ht faire pour le lui offrir en souvenir.

On connaît d'ailleurs deux portraits de Madame Elisabeth de la main de notre artiste, tous les deux forts beaux, de même dimension et de la même année 1787. La princesse y est peinte jusqu'aux genoux; les attributs seuls diffèrent : dans l'un, un cahier de musique ; dans l'autre, une sphère et un compas. C'est ce dernier qui iigura au Salon de 1787, inscrit au livret sous le n° 109 : Madatne Elisabeth peinte jusqu'aux genoux, appuyée sur une table garnie des attributs des sciences.

Non sans émotion, nous avons admiré cette magnifique toile, où M'"" Labille-Guiard a déployé le meilleur de ses qualités. On ne peut rester froid devant la noble figure, alors dans toute la fleur de la jeunesse et que guette le martyre.

Assise dans un fauteuil de bois doré recouvert de velours bleu de roi, la jeune princesse, aux traits délicats dans leur vive carnation qui rappellent ceux des Bourbons, regarde avec douceur devant elle. Sa haute coiffure, formée de plumes et de gaze, surmonte les cheveux blonds légèrement poudrés.

Le corsage bouffant, qu'entoure une collerette de dentelles, est

M"^*nuiardpjiix,

Cnxetto dos Beaiix-Arts

MADAME ELISABETH, EN 1787 (Collection de M. le Marquis de C.)

Estaii6-Massard Kélio^.

]mp.Geny Gros, Paris

ADÉLAÏDE LABILLE-GUIARD oj

barré d'une ceinture sertie de pierres précieuses qui fait déjà pressentir les tailles courtes de l'avenir. La robe de gaze lamée d'or recouvre une jupe de satin blanc, et la main s'appuie sur un bureau aux cuivres formés de figures de femmes engaînées, chargé d'une mappemonde et d'un cahier de musique maintenu ouvert par un compas indiquant ses études de prédilection, cependant que la main droite, négligemment posée, tient une brochure rouge passé.

D'une grande harmonie, cette peinture, signée, comme d'ordinaire : Lahille /""^ Giiiard, 1787 , est aussi d'une extrême distinction; on sent la grande dame, le modèle de race. La vertu, la bonté s'y révèlent. M""^ Guiard n'a jamais fait ni plus ferme, ni plus large.

Et pourtant, non moins bien peinte, non moins gracieuse, est la remarquable réplique exécutée, en même temps sans doute, par ^1""= Guiard, où les attributs des sciences ont seuls disparu. Peut-être le velours bleu y est-il plus éclatant et la physionomie offre-t-elle plus de douceur, ainsi que le croit le propriétaire de cette seconde peinture, M. le comte de Castéja? 11 provient également de la famille de Bombelles, par M™*^ la comtesse de Castéja, née Bombelles, dame d'honneur de la duchesse de Berry. 11 faut donc supposer que les deux belles toiles ont été demandées à la même époque à l'artiste, pour être données à M""' de Mackau et à sa fille '.

Ecoutons ce qu'en disait Bachaumont, ou plus exactement Mairobert, dans ses Lettres sur le Salon de 1787 :

« Ce tableau n'attire pas la multitude comme celui de la reine, mais plaît beaucoup aux connaisseurs. Au surplus, Madame Elisabeth, peinte jusqu'aux genoux, appuyée sur une table garnie de plusieurs attributs des sciences, montre que M"'" Guiard sait, quand elle veut, donner de l'éclat et du brillant à son pinceau. La fraîcheur de la jeunesse y règne dans toute sa pureté, et si l'on n'y retrouve pas la gaieté, la vivacité qui la caractérisent, l'artiste adroite a motivé ce ton sévère en mettant à la main de la princesse un livre qui nécessite en ce moment un air sérieux, un air de réflexion. Ce portrait, par la beauté des chairs, peut figurer à côté de tous ceux de M""-' Lebrun et même, comme la touche de M""' Guiard est plus ferme, elle leur donne plus de vie et marque mieux l'élasticité de celles du jeune âge... »

Il nous faut bien le constater, le voisinage du grand portrait de

1. Bouillard a gravé en ovale seulement ce portrait, comme aussi Henriquel- Dupont, en plus grand, pour l'ouvrage de Feuillet de Couches sur Madame Elisabeth.

Marie-Antoinette au Salon de 1787, son éclatant coloris et l'empressement de la foule, ne furent pas sans nuire à ceux que M""= Guiard exposait. Un critique le dit expressément et remarque « qu'ils auraient eu plus d'effet si le tableau de la reine placé auprès ne les avait point affaiblis par un ton de couleur que la nature du sujet rendait plus éclatant ».

Une mention est due à la réplique, en buste seulement, qui appartient à M. Luis de Errazu. C'est une agréable toile, identique d'ailleurs à celles que nous venons de décrire : môme coiffure ornée de plumes, mêmes cheveux blond cendré, même collerette de dentelles. Le portrait n'est pas signé, et M""" Guiard, nous l'avons maintes fois constaté, aimait à signer ses ouvrages. 11 est possible qu'il soit d'elle, mais enfin, si l'on venait nous apporter la preuve qu'il a été exécuté sous ses yeux par sa meilleure élève, M"" Capet, nous n'en serions pas autrement surpris.

Veut-on maintenant se faire une idée des prix payés à M"'" Guiard pour ses portraits ? Voici une note recueillie aux Archives dans les Dépenses extraordinaires de la Maison de Madame Elisabeth pour 1787 :

« A la dame Guiard, peintre, pour différents tableaux ordonnés par Madame Elisabeth, suivant son mémoire détaillé montant à la somme de 9.010 livres. »

Etant donné que l'on connaît plusieurs portraits de la princesse, on peut supposer que les plus grands furent payés de 3 à 4.000 livres. Si l'on veut bien nous permettre maintenant de mentionner le prix de 100.000 francs, récemment payé pour celui du Salon de 1787, on conviendra que la réputation de l'artiste comme peintre de portraits est établie auprès des amateurs et ne laisse plus rien à désirer. C'était alors l'avis de beaucoup, et spécialement de Mesdames de France.

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Mesdames de France, grand'tantes du roi, qui avaient choisi M""^ Guiard pour les peindre, formaient une petite cour à part, toute glacée des froideurs de l'étiquette et parfois en opposition d'idées avec Marie-Antoinette et son entourage. Elles habitaient au palais de Versailles le rez-de-chaussée, sous les grands appartements de leur père le roi Louis XV, et le conservèrent pendant le règne suivant : c'était l'ancien logement de M'"'' de Pompadour, situé dans l'aile nord, avec un beau salon d'angle spécialement attribué à Madame Victoire : « Les princesses n'avaient qu'une volonté, celle de Madame Adélaïde, qui commandait à ses sœurs par la tournure mâle et le ton impérieux de son caractère. »

Mesdames avaient le goût des lettres et des arts, s'occupaient de musique et de peinture. Chacune d'elles possédait sa bibliothèque particulière, aux livres reliés de couleur différente : Madame Adélaïde s'était réservé le maroquin rouge. Madame Sophie le citron et Madame Victoire le vert. Mais, à l'époque oîi M""*" Guiard fit leur portrait, Madame Sophie était morte et deux modèles restaient seuls à l'artiste.

Les peintres désignés se déplaçaient, naturellement, les jours de séance. M""^ Lebrun raconte que le comte de Provence lui faisait galamment envoyer par son grand écuyer, M. de Montesquiou, une voiture à six chevaux pour la conduire à Versailles et la ramener à Paris. Nous doutons que Mesdames envoyassent autant de chevaux

au-devant de M""" Guiard, mais il est fort probable qu'un carrosse venait la prendre pour ramener au palais. Les études préliminaires au pastel d'après la nature, sinon les œuvres terminées, y ont certainement été faites.

Ce sont de vrais portraits d'apparat que les trois grandes toiles du musée de Versailles exposées en 1787 et 1789 : Madame Adélaïde, Madame Victoire et Madame Infante, portraits en pied dans de riches costumes de Cour, où le velours, la soie, les rubans et la dentelle tiennent une importante place. Us ont de l'allure et de la distinction, non sans garder quelque chose d'intime sous les falbalas. Certes l'artiste n'avait pas alors de bien beaux modèles sous les yeux, et Madame Adélaïde, aux traits masculins, pas plus que Madame Victoire, envahie par l'embonpoint, ne devaient avoir la prétention d'être encore de jolies femmes : aussi jM""" Guiard ne les a-t-elles pas flattées. Elle a été sincère, à son habitude, et les a peintes sans courtisanerie, et non pas idéalisées comme ce llatteur de Natlier, alors qu'elles étaient, à la vérité, beaucoup plus jeunes. « Madame Adélaïde, dit M""" Campan, avait eu, un moment, une figure charmante, mais jamais beauté n'a si promptement disparu que la sienne. »

M""^ Guiard débuta, comme toujours, par des études très poussées au pastel des tètes, et exécuta d'abord le portrait de l'ainée, qui figura au Salon de 1787. De composition savante, d'aspect majestueux, il est ainsi décrit :

« Madame Adélaïde : au bas, les portraits en médaillons du feu roi, de la feue reine et du feu dauphin, réunis en un seul bas-relief imitant le bronze. La princesse, qui est supposée les avoir peinls elle-même, vient de tracer ces mots : Leur image est encore le charme de ma vie... »

Ce que le livret ne dit pas, c'est que la princesse a la figure couperosée et le nez rouge. Pourtant l'artiste a su lui donner grand air et la ressemblance y semble parfaite. Sur les cheveux relevés s'étage une coilTure formée de rubans et de dentelles répétés au corsage. La robe de velours rouge ondule, ouverte, sur une jupe de soie gris perle brodée de fleurs d'or. Madame Adélaïde, un style à la main, regarde devant elle.

Moins souple peut-être que chez M'"'' Lebrun dans la peinture des chairs, l'exécution chez M""" Guiard est supérieure pour tout ce qui touche à la toilette et aux accessoires. Le moelleux du velours, l'éclat du satin, la légèreté de la dentelle, sont rendus d'exquise façon. Hyacinthe Rigaud lui-même, du bout de son pinceau, ne

détaillait pas avec plus de finesse les fleurs de la Malines ou du point d'Angleterre. Le bois tarabiscoté du fauteuil, le cbevalet orné sur lequel est posée l'image du feu roi, le médaillon lui-même, les étoffes de ce costume de Cour, tout est traité avec une aisance et

POlSTliAIl UE MADAME ADELAÏDE, PAU M" (MusiSe de Versailles.)

une fermeté qui font honneur au talent de l'habile artiste. Aussi Mairoberl, le continuateur de Bachaumont, n'épargna-t-il pas les éloges. Après une longue dissertation sur le portrait de la reine Marie-Antoinclte, il continue ainsi :

<( On ne peut parier de M""' Lebrun sans mellre à côté M""' Guiard. sa digne rivale, nommée premier peintre de Mesdames. Cette qualité

lui était bien due pour le portrait de Madame Adélaïde. La princesse est en pied, de grandeur naturelle et son tableau, éclipsé au premier coup d'œil par celui de la reine, gagnant à l'examen, est jugé n'être point inférieur, bien qu'il n'y ait qu'une figure... On conçoit qu'un tel sujet exigeait un style austère. 11 y règne une mélancolie douce qui, loin de repousser le spectateur, l'attire et l'intéresse. La douleur de la princesse est parfaitement sentie ; elle est debout devant son ouvrage, et tient de la main gauche son mouchoir dont elle va essuyer les larmes que lui arrache la réflexion et qu'elle a retenues durant son travail... »

M'""^ Guiard, lit-on ailleurs, a déployé toute la richesse de son pinceau dans le portrait de Madame Adélaïde. La composition en est heureuse, les médaillons imitant le bronze sont bien faits ; la robe de velours est de la plus grande beauté; mais le critique qui signait Lanlaive, tout en louant son arrangement, trouva le tableau sombre et la physionomie du personnage sans mobilité, reproches qui ne manquent pas de justesse.

M""^ Guiard a fait deux répliques au moins du portrait de Madame Adélaïde : nous avons vu l'une d'elles passer à la vente La Béraudière en 1883, oii elle atteignit 7.000 francs. C'était la môme toilette de Cour, à la longue traîne de velours rouge, et son beau cadre en bois sculpté s'ornait des armes de France. Madame Adélaïde l'avait commandé, pour l'offrir à quelqu'un de son entourage, à son amie M""^ la duchesse de Narbonne peut-être. Un autre portrait, conservé par l'artiste, afin d'avoir toujours sous ses yeux l'image de sa bienfaitrice, se trouve encore aujourd'hui chez les héritiers de Vincent. Identique à celui de Versailles, on le dit aussi brillant de qualité et beaucoup mieux conservé.

Avoir la faveur de la Cour, être pensionnée, pouvoir se parer du titre de premier peintre des altesses royales, procurait sous l'ancien régime plus qu'une satisfaction d'amour-propre, un résultat palpable. Cela équivalait à un certificat de talent, en tous cas à une protection efficace et à des commandes. Déjà, en 178o, le comte d'Angiviller avait annoncé à M""= Guiard, pour ses étrenncs (31 décembre 178.j), que le roi lui donnait une pension de mille livres sur sa cassette.

Les portraits de 1787 lui attirèrent une autre faveur. Dès l'ouverture du Salon, at sur la demande de Mesdames Adélaïde et Victoire de France, le roi, « toujours attentif à donner des marques de sa bienveillance aux personnes qui, par leur zèle et la supériorité

Gl

de leurs talents, se distinguent dans leur art », conférait à la dame Guiard le titre de peintre de ces princesses, l'autorisant à le prendre dans tous actes publics et particuliers.

Le brevet, contresigné dubaron de Breteuil, figure aux Archives Nationales avec les cerlificats, extrait de naissance, bons de paiement, etc., portant signature de notre artiste. C'est là qu'on voit apparaître ce nom de Lahille des Vertus, « femme séparée quant au

MAIlAMK VICTOIllE, PASTKL PAU M""' L A li I L L E - G U I A 11 IJ (Muscf'e du Louvre.)

bien de Nicolas Guiard, premier commis du Clergé de France ». Labille des Vertus — nom sous lequel l'artiste avait été reçue à l'Académie, il est vrai, mais qui ne figure pas dans les actes de l'état-civil — se rapporte sans doute à quelque propriété, car nous ne croyons pas que notre femme peintre ait voulu se poser, de sa propre autorité, en champion de toutes les vertus.

En même temps que ses deux portraits, on pourrait dire officiels, de Madame Elisabeth et de Madame Adélaïde au Salon de 1787, M'"'' Labille-Guiard avait montré l'étude au pastel très poussée, très

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réaliste même, de la tète de Madame Victoire, dont on peut apprécier au Louvre, dans la salle des La Tour, la belle exécution.

Le livret du Salon mentionne qu'elle doit « servir à faire le pendant du portrait de Madame Adélaïde ». Elle exécuta la grande toile, l'une des mieux venues parmi ses œuvres, dans le courant de 1788 et l'exposa au Salon de 1789 :

(( Portrait de Madame Victoire, montrant une statue de l'Amitié, sur le piédestal de laquelle on lit cette inscription :

Précieuse aux humains et chère aux imuiortels,

J'ai seule, auprès du trône, un temple et des autels... »

Madame Victoire est représentée en pied, sur la terrasse du parc de Versailles. Les traits rappellent beaucoup ceux du roi son père. Elle a son nez fortement bourbonien, ses beaux yeux, et paraît plus aimable que sa sœur aînée. Coiffée, comme elle, d'un large poutf sur les cheveux poudrés, la princesse est habillée d'une robe de satin gorge de pigeon agrémentée de volants de dentelle, et tient à la main des bleuets mêlés à des coquelicots qu'elle vient de cueillir. Au pied de la statue de l'Amitié, due, semble-t-il, au ciseau gracieux de Falconet, croissent des lys majestueux, emblèmes de sa famille, que la Révolution, bien proche, n'a pas encore fauchés.

Signée Labille f"^^ Guiard, 1788, cette toile est peinte avec plus d'aisance encore que l'autre, dans une gamme très tendre où le paysage tient large place. L'artiste a bien rendu l'air de douceur de l'excellente princesse, et, dans le portrait qu'il a laissé d'elle aussi, Heinsius, s'il l'a peinte avec autant d'élégance dans sa robe de soie bleue, n'a pas mieux donne cette impression de bonne grâce et de bonté.

D'après le Journal de Paris, le portrait en pied de Madame Victoire dans un fond de paysage est d'un effet clair et brillant, avec beaucoup de noblesse dans la composition et seulement un peu de crudité : « En général, les ouvrages de cette artiste justement célèbre brillent par une touche agréable et facile. »

Pour le fond de paysage de son tableau, elle s'était fait aider, paraît-il, par un artiste de ses amis, Jean-François Hue, élève de Joseph Vernet et surnommé souvent « son clair de lune ». Grave imprudence, que ne manqua pas de relever vertement le Frondeur au Salon de 1789, dans un dialogue supposé :

c( A propos de M""= Guiard, dis-je à l'abbé, que dites-vous de ses deux portraits? — Je vous répondrais bien que je ne me connais pas

en peinture, mais je veux ménager un peu M""" Guiard en faveur de son portrait de Madame Victoire, qui est le chef-d'œuvre de M. Hue. . .

POinUAlT l)K MADAME VICTDlItE, PAR M"° L A li I L 1. E - G U I A R D

(iMusce Je ViTsailIcs.)

M""^ Guiard a fait le portrait de Madame Victoire, et M. Hue, aussi galant que complaisant, a prêté son pinceau à M'"*= Guiard. Tout le paysage est de lui, ce qui lui fait plus d'honneur que tousses tableaux.

6î ADÉLAÏDE LABILLE-GU I ARD

car le dessin, les plans, les fonds, sont charmants et pleins de goût et de finesse. La touche en est facile et légère. C'est la belle nature, sans fard et sans ornement. »

Toute la petite critique, celle « à vingt- quatre sols », continua, du reste, à propos de ce portrait, à opposer les ouvrages de M"^'' Lebrun à ceux de son émule, à leur trouver plus de vérité : « Ne comparons point leurs tableaux, disait l'une d'elles; ce qu'il y a de sûr, c'est que ces dames prennent le chemin de l'immortalité, chacune dans leur genre. »

Enfin, dernier écho de la rivalité des deux académiciennes : M""^ Lebrun, pourtant si demandée à la Cour, ne l'avait jamais été par Mesdames. Il ne fallut pas moins que la mélancolie de l'exil pour vaincre leur réserve à son égard :

« Plusieurs des portraits que je fis pendant mon dernier séjour à Rome, dit-elle dans ses Souvenirs, me procurèrent quelque satisfaction, entre autres celle de revoir Mesdames de France, tantes de Louis XVI, qui, dès qu'elles furent arrivées, me firent venir et me demandèrent de les peindre. Je n'ignorais pas qu'une femme artiste qui s'est toujours montrée mon ennemie, je ne sais pourquoi, avait essayé, par tous les moyens imaginables, de me noircir dans l'esprit de ces princesses ; mais l'extrême bonté avec laquelle elles me traitèrent m'assura bientôt du peu d'effet qu'avaient produit ces viles calomnies. »

Bien que M™" Lebrun ne lui ait pas fait l'honneur de la nommer, la femme artiste ainsi désignée ne peut être que M™*" Guiard. Jalousie professionnelle, hélas ! qui n'était que trop justifiée. M""= Lebi'un avait la vogue. Toutes les jolies femmes s'adressaient à elle, et, sérieux grief, le comte d'Angiviller lui avait demandé, non seulement de le peindre, mais encore sa propre image. La mauvaise humeur de M""^ Guiard s'explique donc un peu.

Satisfaites de leurs portraits en pied. Mesdames voulurent avoir, de même grandeur, celui de leur sœur Louise-Elisabeth de France, plus connue sous le nom de Madame Infante, la seule des six filles de Louis XV qui ait été mariée : elle avait épousé le duc de Parme. C'était un portrait rétrospectif qu'on réclamait là de M'"'^ Guiard. Daté de 1788, c'est-à-dire vingt-neuf ans après le mort de la princesse, il figura au Salon de 1789. Il est toujours délicat d'exécuter une peinture sur documents d'après une personne que Ion n'a pas connue; M""^ Guiard s'en est aussi bien tirée que possible. Louise- Elisabeth de France, debout, comme ses sœurs, svelte et bien prise,

coiffée d'un large chapeau à dessous ponceau ombragé de plumes blanches et rouges, vêtue de satin noir broché d'or à crevés rouges,

l'ORTHAIT L>E MADA.MI-; INFANTE, PAR M"'° L A B I I, L E - G U I A R D (Musée lie Versailles.)

avec collerette de dentelle, tient par la main un enfant blond, son fils, âgé de deux ans, et s'appuie à une balustrade sur laquelle est perché un ara.

A remarquer le joli effet de lumière de cette toile, comme aussi l'originalité et l'élégance du costume, note toujours caractéristique des portraits de ^1""= Guiard. Toutefois, à la vue du superbe portrait que Nattier a fait de la même princesse en costume de Cour, ou ne s'explique celui-ci, tout réussi soit-il, que par le désir de Mesdames d'avoir, dans leur salon particulier, de même dimension que le leur, l'image de leur sœur bien-aimée si tôt disparue. On lui trouva, à l'époque, » de la vérité dans son effet de soleil, sans oublier quelque négligence >k

Passionnée pour les idées de réforme qui agitaient toutes les cervelles au début de la Révolution française, M""" Guiard, d'accord avec Vincent, Moreau le jeune, Miger et beaucoup d'artistes de leurs amis, trouvait les règlements de l'Académie royale surannés. Elle était donc du parti opposé à Vien, nommé directeur à la mort de Pierre, et qui tenait pour les anciens privilèges. On voulait leur révision, la nomination de commissaires pour y procéder, l'égalité absolue de tous les membres. Effarouché par cette effervescence, Vien s'était retiré devant leur opposition violente.

Le graveur Wille, qui assiste, comme membre de l'Académie, à ces tentatives de rédaction des nouveaux statuts bientôt emportés dans la tourmente, relate dans son Journal, à la date de mars 1790, la part que M™^ Guiard prend aux discussions, notamment à celle oii il est question de recevoir des associés libres choisis parmi les savants et les gens de lettres: « M™^ Guiard, peintre, a beaucoup parlé, de même que M. Moreau, graveur... »

Le 23 septembre, Vincent, faisant fonction de secrétaire, lit une lettre du bureau de l'Assemblée nationale en réponse à une adresse, assurant l'Académie qu'elle sera soutenue et protégée par la nation. C'est à la suite de cet incident qu'une altercation s'éleva entre Moreau et Vien, venu à la séance. La réconciliation eut lieu immédiatement, et ils s'embrassèrent tous deux sincèrement, « la larme à l'œil ».

« Cependant M. Vien prit congé de nous. C'est alors que M""" Guiard, assise à côté de moi, ajoute ce bon Wille, fit un discours très bien motivé sur l'admission des femmes artistes à l'Académie et prouva que le nombre indéterminé devait être le seul admissible. La motion de M'""" Guiard fut décrétée par la pluralité au scrutin. »

Devançant son époque, touchant l'émancipation du sexe et

son accession aux fonctions réservées jusqu'alors aux hommes, M""' Guiard se démenait fort à ce propos. Par une autre motion, qui fut soutenue par Vincent, elle demanda à l'Académie l'abrogation de la clause qui empêchait les femmes d'être professeurs dans les écoles, disant qu'il n'y avait pas d'autre moyen pour elles que d'être admises au nombre des conseillers. (( Cet article, malgré l'opposition de M. Lcbarbier, fut approuvé et passa au scrutin tout aussi bien que le premier. »

L HOMME AU lîAXIlKAU NdlU

PASTEL PAU .M"" LAUlLLE-(,UIAliI)

Collcclioii de M. Carrela, à Rouen.)

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Au Salon de 1791, M™'^ Guiard a enfin le champ libre. Sa rivale est partie pour son tour d'Europe et n'y figure que par une simple carte de visite, un portrait de Paësiello, signé Vigée-Lebnin, qu'elle adresse de Naples. Aussi se multiplie-t-elle. Le plus important des morceaux exposés par la vaillante artiste, entre une foule de pastels de députés de l'Assemblée, était un portrait de M. de Bauffremont, peint en 1790 et de sept pieds de haut.

Nous n'avons pu retrouver cette importante toile, qualifiée alors de « morceau capital », mais seulement un projet, une esquisse peinte avec feu, que possède M. le duc de Bauffremont, où la symphonie des rouges et des verts est du plus heureux effet.

Le prince Charles-Roger de Bauffremont, dont c'est l'image^ l'ami du roi Stanislas, le fidèle de M""^ de Boufflers et de la marquise du Chatelet, celui que M""" du Deffand appelait l'Incomparable, alors à la fin de sa vie, a toujours grand air. M'""" Guiard l'a représenté assis à son bureau, drapé dans un manteau rouge sur un fauteuil de couleur verte, portant au cou la Toison d'or que le comte de Provence fut chargé de lui remettre. De grandes draperies verdàtres forment le fond sur lequel so. détache la tête à la perruque poudrée. Un siège auprès du bureau, couvert de plans et de papiers, sert de repoussoir et donne de l'air au tableau.

Bien que fort riche, qu'il ait traversé sans être inquiété la Révolution, qu'il soit porté même comme ayant reçu en 1792 du ministère de la Guerre une pension de 5.000 livres pour services rendus en qualité de maréchal de camp, le prince de Bauffremont avait stipulé que son portrait, du prix de quatre mille livres, serait payé en quatre annuités de mille livres chacune. Nous trouvons ce détail dans l'acte de substitution de biens faite en faveur du prince de Listenois par son oncle Roger de Bauffremont. Le malheur des temps l'empêchat-il de remplir ses engagements? M""= Guiard, à court d'argent ellemême, dut mettre opposition sur les revenus du prince pour obtenir la juste rémunération de son travail. Un accord intervint sans doute, puisque nous la voyons, le 3 juillet 1792, en donner mainlevée \

On commençait alors à n'être guère respectueux pour les grands. ]y[ine Guiard ayant représenté le prince avec ses décorations et sa croix de Saint-Louis, la Béquille de Voltaire de s'écrier : « Tout cela donne l'air de quelque chose. »

Les Lettres critiques sur le Salon de 1791 , qui passent pour être du peintre Chéry, renferment aussi cette appréciation, oii le serpent se cache sous les fleurs :

« Portrait en pied de Monsieur Bauffremont : le morceau le plus capital que M.""" Guiard ait exposé au Salon de cette année doit lui faire honneur. C'est un tableau peint d'une bonne pâte de couleur. Il est brillant et vigoureux. J'y trouve de la vérité ; pourtant mon œil se fait difficilement à de certains accords : l'habit est vert, le fauteuil aussi, aussi le tapis de la table, de même le rideau.... Malgré cela, c'est un beau portrait. Je voudrais que M'"'= Guiard se confiât davantage en ses talents qui sont réels et qu'elle ne réalisât point ce que dit J.-J. Rousseau, qu'il faut toujours se défier du talent des femmes, qu'il est rare, très rare que l'on y reconnaisse la touche de l'homme. M""= Guiard a beaucoup d'autres portraits peints en buste, soit à l'huile, soit au pastel. Ces derniers sont mieux que les autres. On y voit une facilité qui flatte l'œil. M. Vincent manie le pastel fort bien aussi, dit-on. »

Un autre critique plus aimable ou plus juste trouva son tableau, comme tous ceux de la (( charmante artiste », d'une bonne couleur, tout en n'étant pas ce qu'elle a fait de mieux. Généralement elle n'eut pas une bonne presse :

d. La mainlevée de M"'= Guiard contre le prince Roger de Bauffremont- Listenois nous a été communiquée très obligeamment par M. le duc de Bauffremont.

« M""^ Guiard attache sa réputation à celle des grands hommes de notre siècle. Il est à craindre que la médiocrité de son talent ne les fasse pas passer à la postérité.... On la dit très active. Quatorze départements lui assurent le consentement de tous les autres pour faire la famille royale, où on verra Le Roy remettant la Coiutitution au Dauphin. Elle se préparc de grands travaux et elle sera obligée de soigner la santé de M. Vincent, qui est fort délicate et qu'elle surcharge d'un genre qui appauvrirait son talent. » Allusion à là fois au tableau dont M"'" Guiard cherchait alors à obtenir la commande, grâce aux quatorze députés de l'Assemblée nationale, ses modèles, et à l'aide que son ancien maître était soupçonné lui apporter.

L'artiste fut cependant appréciée et traitée avec déférence par les hommes en vue de la Révolution qui voulaient bien détruire les abus et les privilèges, mais non manquer aux règles de la vieille galanterie française. Voici le billet qu'écrivait le dernier des talons rouges, M. de Robespierre, à M""' Guiard s'ofîranl à le peindre :

r*aris, le 13 février 1791 ^

On m'a dit que les Grâces vouloient faire mon portrait. Je serois trop heureux d'une telle faveur, si je n'en avois vivement senti tout le prix. Cependant, puisqu'un surcroît d'embarras et d'aiïaires, ou puisqu'un Dieu jaloux ne m'a pas permis de leur témoigner jusques ici tout mon empressement, il faut que mes excuses précèdent les hommages que je leur dois. Je les prie donc de vouloir bien agréer les unes et de m'indiquer les jours et les heures où je pourrais leur présenter les autres.

ROBERSPIERRE [sic).

Effet curieux de la marche des événements : les seuls portraits possibles sont ceux des politiciens, et c'est maintenant Maximilien de- Robespierre qui demande séance à la portraitiste. Les premières rafales de la Révolution, signes avant-coureurs de tempêtes, ont alors dispersé ses élégants modèles. Plus de duchesses ni de marquises. Elles sont dans leurs terres, à l'étranger ou en prison. Mesdames de France cherchent réconfort auprès du pape... Le comte de Provence, prudemment émigré, ne songe guère au grand tableau qu'il a commandé, et Madame Elisabeth va bientôt tomber victime de son attachement à la famille royale. Force est bien à

\. Revue universelle des Arts. Lettre reproduite d'après l'autographe du British Muséum.

l'artiste courageuse de se mettre au goût du jour et d'aller vers les hommes aux idées rénovatrices, Talleyrand, Barnave, les frères Lameth, Robespierre, Alexandre de Bcauharnais, d'Aiguillon, tous députés à l'Assemblée : voilà les héros du jour, ceux dont elle va fixer les traits en vue de la postérité.

A l'époque où elle crayonna le pastel de l'ex-évèque d'Autun, vers 1791, Maurice de Talleyrand-Périgord, excommunié parle pape pour avoir consacré des évêqucs constitutionnels, était un homme de trente-sept ans. « Son visage était gracieux », suivant M""' Lebrun, qui savait faire aussi un portrait à la plume en quelques lignes ; « ses joues étaient très rondes, et, quoiqu'il fût boiteux, il n'était pas moins fort élégant et cité comme un homme à bonnes fortunes » .

Combien il serait intéressant de mettre en regard des portraits bien connus de Prud'hon celui que traça du spirituel homme d'Etat notre artiste! Elle a montré Talleyrand, dit le livret du Salon, tenant à la main des papiers sur lesquels est écrit : Liberté des Cultes et Éducation nationale, allusion pour celte dernière à son rapport sur l'instruction publique, lu à l'Assemblée en septembre 1791, et dans lequel il rendait un solennel hommage à M""= Guiard, la qualifiant d'artiste ingénieuse et louant son mémoire sur l'éducation des jeunes personnes qui se destinent à la peinture.

Nous nous demandions comment, en dehors de ce mémoire qui avait pu attirer l'attention, M""^ Guiard avait été amenée à faire ce pastel. L'explication ne nous est-elle pas donnée par lui-même ? A cette époque, l'abbé de Périgord était au mieux avec la comtesse de Flahaut. Une anecdote plaisante de ses Mémoires relate qu'au moment oi!i il allait débarquer à Hambourg en 1795, revenant d'Amérique, M"*^ de Flahaut lui avait fait porter un message, alors qu'il se trouvait encore dans l'Elbe, pour l'engager à ne pas descendre à terre et à retourner en Amérique :

« Son motif était qu'elle passait pour m'avoir été fort attachée et elle craignait que, par celte raison, je ne fusse un obstacle à son mariage avec ce bon M. de Souza. »

Il n'est donc pas téméraire de supposer que, vers 1790 ou 1791, le simple désir de M""' de Flahaut, le charmant modèle de M'"'' Guiard, ait été tout puissant auprès de Talleyrand pour le décider à poser et même à la recommander à ses collègues de l'Assemblée. C'est ce qu'il dut faire, notamment, pour son ami M. de Baumetz, avec lequel nous le voyons partir pour Philadelphie, après sa mission temporaire à Londres. Peut-être est-ce grâce à son entremise encore

72 ADÉLAÏDE LÂBI L LE-GUIARD

que M™^ Guiard fit les portraits des frères Charles et Alexandre de Lameth, si ardents à embrasser les idées de la Révolution, bien que comblés des bienfaits de la Cour. Charles de Lameth, particulièrement distingué par Marie-Antoinette, fut un ennemi acharné de l'autorité royale. Alexandre de Lameth, comme son frère, avait fait en qualité d'ofiicier la guerre d'Amérique. Ce fut lui qui, à l'Assemblée nationale, à l'exemple de Talleyrand, qui en avait eu le premier l'idée, proposa l'aliénation des biens du clergé et la destruction des Parlements.

Députés très populaires, les frères Lameth pouvaient avoir de trente-deux à trente-cinq ans, alors que M"''= Guiard les montrait au Salon dans des pastels de forme ovale. Le portrait de Charles Lameth fut trouvé d'un dessin ferme et d'un ton vrai, et celui de son collègue M. d' Aiguillon « nature, d'un coloris frais et plus vigoureux qu'à l'ordinaire ».

Armand de Vignerot du Plessis-Richclieu, duc d'Aiguillon, l'un des premiers à proposer l'abolition des titres, l'ami du duc d'Orléans et d'opinions très exaltées, était le fils du ministre de Louis XV. Une lettre qu'il écrivait à son collègue Barnave ayant été interceptée, le fit décréter d'accusation. et il n'eut que le temps de s'enfuir à Londres.

A son portrait au pastel, M"^'' Guiard a donné une ravissante réplique, l'image de il/"''' d'Aiguillon^ ce qui prouve qu'alors elle ne vouait pas son talent uniquement aux hommes politiques. Elle l'a signée habille ditte Guiard.

C'est l'une des plus réussies parmi ses peintures. Impossible d'imaginer rien de plus « comme il faut », rien de plus honnête que cette jeune femme à l'abondante chevelure blonde tombant en boucles sur sa sobre et simple toilette de soie grise plissée à la vierge, du début de la Révolution. Les yeux bleus éclairent le pur et souriant visage. Les bras croisés, elle tient un éventail de sa main gantée de Suède. La simplicité de la pose fait déjà penser à David.

(( Il paraît que M""" Guiard, écrivait alors le « citoyen patriote et véridique », va peindre tous nos députes. Ils ne peuvent mieux s'adresser. »

Parmi « la douzaine d'enragés de TAssemblée » dont elle reproduisit encore les traits, nous voyons figurer avec Robespierre, Chabroud, Barnave, députés du Dauphiné, M. d'Orléans et M. de La Borde. Pour ce dernier, il est certain qu'il ne s'agit pas de Benjamin de La Borde, l'auteur des Cha?isons, ni de La Borde, le banquier de la Cour, dont la grande fortune avait déchaîné l'envie et qui,

M"." Labill e -Guiar a , Pi

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