SCENE VII MOXSIELH, MADAME
MADAMK, outrant de ^Miiche.
OÙ donc est cette fille! lApoivevant Monsieur. Ail ! vous êtes là, vous! Vous êtes encore là, je veux dire.
MONSIEUR
Encore là !
M Al) ami:
Oui. Vous allez déguerpir, j'imagine. Vous vous rappelez nos conventions.
Quelles conventions?
MADAMi:
Oh! ne faites pas la hète! c'est inutile! Je sais tout... tout... Vous comprenez?
M(».Nsii;rit Alors, si tu sais... dis, que je sache, moi aussi.
MADAME
Je sais que vous êtes un hypocrite!.. Un être ignoble! Je sais qu'Adèle est grosse ! Là !
MONSIKIR
Ah!
MADAME
Cela vous surprend.
MONsn::rii Non, C'est assez visible, en effet.
MADAME
Visible ! ah 1 vous n'allez pas vous ficher de moi.
MONSIEUR
Mais, enfin, ma bonne, que crois-tu donc?
MADAME
Oh! pas de comédie, hein? Pas de mensonges. Vos niaiseries d'il y a huit ans ne prendraient plus. Je vous avais prévenu, bien prévenu. Vous n'avez pas su vous retenir. — Allez-vous-en !
Et si je te donne ma parole d'honneur.
MADAME
Je vous répète que je ne vous crois pas.
MONSIEUR
Je t'affirme cependant.
MADAME
Menteur! Coureur de filles! Allez, vous en trouverez dehors des filles ! (Un temps.) Et grosse encore ! Elle est grosse ! Voilà que vous leur faites des enfants, maintenant !
MONSIEUR
Ho!
MADAME
Pourtant, je l'avais choisie laide et bète, je l'ai endurée sale, je croyais que c'était une garantie !
MONSIEUR
C'en était une.
MADAME
Nous devons être la risée du quartier. Et nos amis ! Les Paul Justin... et madame Rose, hier, qui plaisantait ici !... Tous se sont aperçus que ma bonne est grosse!
Mais, moi-môme je m'en suis aperçu et bien avant toi.
MADAME
Qu'est-ce que vous dites?
MONSIEUR
Je dis que si tu étais plus calme et que si tu étais capable de m'écouter...
MADAME
Je sais...
MONSIEUR
Tu ne sais rien du tout.
MADAME
Qu'est-ce que vous allez encore inventer?
MONSIEUR
Tiens, tu m'embêtes ! Et si c'était ton fils?
MADAME
Paul ! oh ! n'insultez pas mon enfant. Laissez-le en dehors !
MONSIEUR
Es-tu certaine qu'il y soit resté en dehors? Et s'il avoue?
MADAME
Comment?
Il te le répétera quand tu voudras. Veux-tu que j'aille le chercher?
MADAME
Taisez-vous. Mon garçon! Un enfant qui ne m'a jamais quittée, qui n'est jamais sorti.
MONSIEUR
Justement. C'est bien là le tort que tu as eu. Il a vinj^t ans et à son âge...
MADAME
Ça n'est pas vrai.
MONSli-l'R, remontant.
Je vais le chercher.
MADAMi:, rairclaiit.
Est-ce possible! Lui si comme il laul ! si gentil !
.MONSIELU
Ah ! Tu commences à comprendre. Tes façons de toujours l'approuver, de tout lui tolérei', donnent de fameux rt^sultats ! Il te païaîtra, siins doute, que tu aurais pu mieux surveiller ton garron et nous éviter...
.AI Al »A au:
11 me paraît surtout tpie vous pourriez garder vos réflexions pour plus tard.
MONSIl-LlU
La chose a quelque importance, cependant.
M AI» A mi:
Nous devons signer son contrat d'ici peu. Voilà qui est important! Et vous voulez qu'on dise?... Mais alors son mariage est rompu! Ce mariage (jue j'ai tant désiré. Ces gens-là ne donneront jamais leur lille, leur chère mignonne, à un garçon... C'est qu'ils sont rigides sur la morale. Le pénM'st un autre homme que vous: un ancien magisirat qui a des principes solides ! Non, je vous le ré|)ète, ce n'est l)as Paul.
MONsii:ru Encore.
MADAMi:
Il ik; faut pas que ce soit lui.
MONSIEUR
Tu en parles à ton aise. Il ne faut pas...
iMADAME
Et cette fille ! Quels calculs n'a-t-elle pas faits. Elle mijote un scandale, un chantage pour le moins. Elle sait nos projets de mariage et elle est capable de tout... Elle est rouée.
MONSIKIK
Ho!
Je ne m'y fie pas... Allons, il faut, sans tarder, tirer notre enfant des griffes de cette créature ! Sans quoi tout est perdu. Il faut absolument qu'aujourd'hui même, un autre...
MONSIEUR
Un autre ! Un auti'e quoi?
MADAME
Il faut qu'un autre endosse cette paternité ridicule.
MONSIEUR
Endosse! Mais qui, voyons?
MADAME
Oui? Vous.
MONSIEUR
Moi!
MADAME
Assurément. Vous n'allez pas aller chercher le fils du concierge. Du reste, qui est coupable ici? Vous!
MONSIEUR
Moi, je suis coupable?
MADAME
Ne sont-ce pas là les fruits de votre conduite passée? Vous êtes châtié dans votre enfant ! C'est de l'atavisme, cela, monsieur ! Mais, le fils n'est pas responsable d'un vice légué par son père, Dieu merci !
MONSIEUR
Alors, c'est moi?
MADAME
C'est vous, en tout cas, qui devez nous tirer de ce mauvais pas. Et le meilleur moyen... oui, le meilleur moyen,
c'est... Laissez-moi faire. (Elle remonte vivement et sonne.
MONSIEUR
Mais, qu'est-ce que tu?...
MADAME
Vous allez voir...
(Elle s'assied sur le canapé.)