‹ Adèle et Théodore, ou, Lettres sur l'éducationChapitre 12 sur 43 · LETTRE X · texte numérisé non relu

LETTRE X

La Vicomtesse à la Baronne.

Je suis tous les jours plus conteme de ma situation 9 ma chère amie^ c'est-à-dire de ma fille ^ car mon bdnheur dépend de sa conduite et de sa tendresse pour moi. Je vous ai fait part de tous les petits sujets de jnécontentement qu'elle m'a donna dans les commencemens de son mariage \ mais enfin ces légers nuages se dissipent et je commence à croire qu'en doutant de sa sensibilité y la mienne me rend souvent injuste ; elle aime son mari avec passion :

en général^ tous les mouvemens de son âme sont violens^ et quoiqu'il y ait plus de dangers pour de tels caractères que pour les autres^ vous Conviendrez cependant que ce sont les seuls attachans. Je dois bien m'applaudir de lui avoir donné l'objet qu'elle avoit choisi : impétueuse , franche et -sensible comme elle l'est^ conimient au-

roh-elle supporté on engagement oonlraire à son inclination^ elle qui ne peut souffnr Tombre de la eontrariëtë dans les choses qui lui sont le plus indifférentes ? Elle a de grands défauts ^ je Favoue> mais il tiennent presque tous à sa vivacité et au peu de dissimulati(Hi dont elle est capable; TOUS m'avez vue la soupçonner de fausseté en quelques occasions, cette idée m^afiligeoit mortellement ; grâce au ciel j, j'en sois bien désabusée j conmie elle le dit elle-même , ce qu'on seroit tenté d'àttri-* buer à l'artifice , n'est que de Finconsé^ quence et de l'étourderie, et voilà ses deux défiiuts domina|is< D'ailleurs son âme est iusçeptible de tous les sentimens bonnétes^ et veut s'y livrer ; elle a fait cboix d'une amie 9 et elle l'aime avec excès ; c'est une jeune personne plus âgée qu'elle de quelques années^ mariée deptiis quatre ans p et également distinguée par sa naissiance , sa conduite y et l'existence agréable qu'elle a dans la société ; et je vois avec plaisir ma fille se livrer à ces transports , à cet en* thouûasme qu'insjnrent à la jeunc^e vive'

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et sensible les charmea <l'une première amitié.

Parlons à présent d'un objet [^us i&té-.

ressaut pour yous^ puisque vous devez Tçuiqpler un jour. G>nstaHce n'annonce aiiçui^ des agtémens ^piquans de sa sœur y mais sa beaat.é régulière et touchante ^ sa douceur, son ingénuité ^ la parfaite égalité de son caractère , attirent déjà tous les cœurs vers elle ; sa raison est au-^dessus de Vàge, de sept aw.. Sensible , mais timide y et peu démonstrative 3 toujours la même y toujours aéideuse > cfraîative et soumise^ malgré les charmes de sa %ure , elle paroît plus faite pour être aimée que pour plaîre;' je crois que sçhei caractère et le genre de soniesprit vou$ iconviendront égdemeRt , et .que vous ' trauv-^ez «& «Ue tme femrote simple, Tâi^W^^l^ et réfléchie , ce qui mm paroît être lf|(>bje|,4e tou6 vos vœus. Puisaet:elle faire le bonbbeuf de noire aknâble Théodore I de ç^t ^fant si précieux et si chjer |çt puissions^npus alors, réunies l'une et rat^tre^^nous applaudir et jociir ensemble, de, leur. félicité comimujûâ ! Qb • ma chère

ET T&EQPORE. 8S

amie , que ces temps heureux sont encore éloignés...! En attendant , quels sacrifices vous faites ! Je les admiiw,.mais j'en gémis chaque jour davantage , et je n'ai , pour les supporter , ni votre courage , ni votre enthousiasfttèr'^ nrvotre pliilosopliiie. Adieu , pardonnes-moi cette foiblesse^ en songeant ^u sentiment si tendre qui la prcxluiu

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LETTRE Xr**"*'*

Réponse ^de la Baroz^ne^. . .

Jb vous félicite^ ma chère àmie^ da bon*heur dont vous jouissez à présent : s&re du Gœur de votre fille, je pense , comme vous, que vous devez en eflet supporter et tolérer ses défauts j qu'elle vous aime, c'est assez : l'âgeret le temps , n'en doutez pas , réformeront ins^isiblement son caractère. Vous me dites que déjji elle a &it choix d'une amie; permettez-moi de vous communiquer là-dessus quelques réflexions que j'ai faites autrefois dans le monde , lorsque j 'élois ob^ sorvatrice et témoin des événemena de la

société ; cette partie de votre lettre me les rappelle ^ et peut-être ne vous seront-elles pas inutiles. C'est en prodiguant à des goûts passagers et frivoles les noms sacres^ 'die confiance et d'amitié, qu'on est parven ùà faire presque douter de l'exist ence du seur

tknenl qu'on a méconnu • Cette succession rapide de niouvemens vifs et tumultueux , épuise et dessèche le cœur, sans l'avoir jamais pu remplir. L'inconstance natt du.be* soin d'aimer; on veut s'attacher^ on change par le désir ou l'espoir de se fixer enfin , et la vie se passe à chercher ce qu'on finit par croii'e une chimère^ parce qu'on ne l'a point trouvé. Toutes ces erreurs viennent des préjugés qu'on nous donne ^ et qui se muJûplient tous les jours. Un seul senti-.

ment bien vrai suf&roit au cœur , et l'on nous persuade que^ pour être parfaitement heureux , il faut les éprouver tous en même temps. Comme pour rendre le bonheur une chose ,nk)îns commune, on établit des difiereneea qu^ n'existent point , on donne au mêmeseQtîme^AUjxerinfÎQÂ^.deiio^ns»

QQ le partagé ainsica[^plu^urs bnaoch^^y et Ton assure que la félicité parfaitje consiélc à. trouver les objets qui doivent, remplir i celte liste nombreuse : je Vais vous en faire le c^cul suivant les idées reçues. Une jeune femme ipstruile de celle ïnanièire^ si elle n'aime fK>int son marii^ sait qu'il lui faut d«

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ramoiir. et elle ôhercbe un amant; eli^ sait

de même quelle doit avoir de la téndréase pour ses parens f ce qui formé un^entînient»

à part qui n'a rien de commun avec l'a mi ^ tîe; elle leur rend des soins , leur fait de^ visites; voilà cette espèce de sentiment établi ^ et tout ce qu'il exige ; elle a des frères , des sœurs ^ , autres sentimens aux-* quels elle applique des noms particuliers :

tout cela ne suffit pas , elle a besoin d'une amie ; la sympatliie vient à son secours , et lui découvre au bout de six mois l'obj^^ digne de posséder toute sa confiance; outre cela , il faut encore ce qu'on appelle des âfnisy car il est nécessaire de pouvoir dire , pnon canie irvtknù^ex vftes ctmis , ce qui est fôric^ifférenti Gfs açiis ont po«r leur priagè4ès dexHii^bto(ideJteie9> les ^rets du lÂ^ii^iU'^'et &onttoi4J<)^ti^sUi^ hi^^pàtite liste : #<&^teui^^ s'ils soili i^tHsfdes^: on court s'en^ fermer aVec eux , op les garde , on les soigne , on les vent tous les jours ; ils doivent étr^ au nombre de cinq ou six , ont tous le mémerm^ et les: mêmes privilèges^ et ne soiit subordonna qu'à Tamic intime : voilà

4onc déjà , sans compter les sentimens de la nature etramottP^ deux espèces d'amitié tits-diâefêntes» Pour l'amie intime , c'est une passioo qui doit durer toute la vie : on a son portrait , de ses cheyeux , l'on a toujours deux oa trois secrets à lui dire à Fo-* reiilo quand on la rencontre , ne l'eùt-on perdue de Tue que depuis un quart d'heurç ; et l'on n'e^ jamais priée à souper qu'ayec eHe : au Keu que pour les amis ^ on n'é-^ proMve qu'un sentiment tendre , mais tran-qmlle j fondé sur Vestime et la convenance^ et qui n^ rien de violent. Si l'on est doué d'un peu de délicatesse , il y a encore uu cinquième sentiment, qu'on appelle de V intérêt ; il tomb^ sur une douzaine de personnes de la société générale , qu'on choisit cpmmuBéraent parmi celles qui ont^ le plus de considération par leur rafng ou par leur fortune : ce sentiment exige , dans l'absence , une lettre tous les mois ; dans les maladies^ on est obligé d'envoyer savoir des nouvelks trois ou quatre fois^par jour; et dans les cas de mort , on doit s'abstenir

^ ADELE

des spectacles au moins le reste de la i maine. Toutes ces choses sont marqu 4'une manière si précise^ et suivies si ex tement , qu'il est aise de voir qu'elles i été apprisespar cœur dès l'enfance ^ et q l'éducation et l'exemple les ont gravéei^ bonne heure dans la té le. N'est-il pas ai plaisant que ridicule qu'une jeune person] qui trouve si naturellement dans sa fami les objets qui doivent remplir son cœx aille former au dehors et parmi des ëtrsi gers ces nœuds frivoles, qui, sans Fattach l'ëloigneront insensiblement pour jani

de tout ce qu'elle, doit aimer ? Croyt

mpi^ qe n'est point upe amie qu'on cherc à dix-hu^t ans; ce n'est poiot un guide ^ conseil ^ qv^qn ^esire , puisqu'on le troi dans sa mère , dai^s son mari y et qu'on r glige, l'^ue et l'autre. On ne songe d'abc qu'à former une liaison brillante ; c^est te jours pour la personne qu'on croit de nu leur air et le plus k la mode , que la syi patine se déclare. Efailleurs , on veut ai une confidente cortiplaîsante et' facile,

presque toujours rintimité de deux jeunes l^rsonpes peut faire soupçonner entre elles ^elquè intrigue imprudente ou dange- Téu^. On commence par dire des secrets innocens^ peu à peu les têtes s'échauffent; ^ur remplir l'engagement d'tme confiance entière ^ on rend un compte plus détaillé qti'exact de tous ses sentimens , on disserte* on parle surtout de Tamour, on s'en commaniqtie mutuellement une idée fausse et exagérée, ensuite on se vante de ses conquêtes, des passions qu'on inspire. Dans ces petites histoires, Tamour - propre altère presque toujours les faits , et déguise sou* vent la vérité ; on prend le goût de l'intrigue, Fhahitude du mensonge, et l'on s'accoutume à la fau^eté en prodiguant à cette amie, qu'on n'aime que pour être écoutée, tous les témoignages de la tendresse la plus vive et la plus passionnée*^ •

Voilà ce que j'ai observé, voilà ce qu'il Ëiudroit faire remarquer aux jeunes pef r sonnes, en causant, en plaisantant, et en tâchant de jeter du ridicule sur des choses

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