‹ Adèle et Théodore, ou, Lettres sur l'éducationChapitre 15 sur 43 · LETTRE XIV · texte numérisé non relu

LETTRE XIV

Zra Vîcomte99e à la Barorme

Je suis triste ^ mécontente , ma chère amie : depuis quelque» jours des tracassa ries 9 des chagrin» .domestiques m^ont yivement occupëej Qt )e vais soulager mon cœur en vaus les détaillant. M. de Yalcé jusqu'ici s'étoit conduit de manière à. me satbfaire sur tous- les points; il paroissoit aimer sa femme; mais en même temps il lui laissoit une entière liberté y et jamais personne n'a semblé plus éloigné que lui de toute jalousie , et plus ennemi de toute contraint^. Lundi dernier, ma fUle devoit aller à un bal paré; madame de Valcé, sa bcUe-naère, est venue la prendre; Flore étoit dans son Ut ^ elle a prétexté une migraine; la partie du bal n'a point eu lieu..

Informée de ce caprice, j'ai passé dans son appartement; avant d'entrer,] ai entendu de grands éclats de rire , qui m'ont un pea

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rassurée sur l'état de la naïade : je suis entrée,, je 1 ai trouvée têie à têie avec la com*tesse de Germeuil, cette amie dont je vous ai parlé; en me voyant elles ont pris Tune et l'autre im air composé ^ et il y a eu entre nous un moment de silence causé, par leur entbârras : enfin^ j ai fait des questions; ma fille m'a répondu qu'elle se portoit à merveille 9 qu'elle étoit au désespoir de ne point aller au bal , et que c'étoit ime fantaisie de M. de Vaicé qui l'avoit obligée à ce sacrifice : j'ai demandé pourquoi. Eh mon Dieu! mVt-elle dit en riant, ne connoissez-^ vous pas son humeur bizarre, et ignorez»

vous son extravagante jalousie.. •• ? Je l'ai cachée autant que je l'ai pu, a-t-elle continué d'un air plus sérieux; mais ies scènes deviennent si ridicules et si multipliées^ qu'il n'est plus possible de n'en pas convenir. Pendant ce discours j'étois restée debout, immobile de surprise. Quoi! dis-je enfin, M. de Vàlcé est jaloux , et vous l'a*^ vouez avec celte légèreté ! C'est ainsi que vous parlez du plus grand malheur que puisse éprouver une femme honnête et IL 6

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sensible ! Pourquoi ^ reprit Flore ^ s'affliger (l'une folie? Je l'excuse^ je la plains > je cède aux caprices qu'elle inspire ; mais je ne croyois pas qu'il fèt de mon devoir de m'endésesperer. Cette réponse^ qui vouloit donner un tour ridicule à ce que je venois de dire, m'a choquée^ j'ai pris un ton sëvère :

alors Flore a mis en usage tant de grâce et de douceur pour m'apaiser, qu'elle y a réussi. Elle m'a conté que son mari devoit aller au bal avant qu'elle en fût priée , et que depuis il avoit témoigné beaucoup d'bumeur^ et avoit déclaré qu'il n'iroit point; et que toute cette journée il l'avoir traitée de- la manière la plus dure^ ce que madame de GermeuU affirma coamie en ayant été témoin, en ajoutant beaucoup d'autres circonstances dont le détail seroit trop long. J'ai fait là-dessus les réflexions' et donné lesileçons que je croyois nécessaires^ et j!ai été me coucher. Le lende-* main.-raalîn, j'ai fait venir M. de Valcé,' el jl9 lui ai parlé de sa jalousie j il s'est mise à rite : C'est la folie de madame de Y alcé^ m^a-t-il dit , de vouloir absolument que je

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sois jalonx^ en vérité, je n'y comprends rien;. elle m'en fait chaque jour des reliPoc^Sy elle le persuade à ses amis, et m'en paroit e}Ie<»même convaincue ; mais je vous proteste que rieu n'est plus faux : je fais ce que je peux pour lui ôter cette idée; elle a liberté entière de recevoir toutes les personnes qui lui plaisent; je ne l'observe ni ne la suis jamais, et je n ai d'hmncur que lorsqu'elle s'obstine à m'accuser d'un tort . que je n'ai dans aucun moment de ma vie.

Cependant, ai-je repris , elle n'a point été lîier au Jbal dans la crainte de vous déplaire, et c'est un gra,nd sacrifice pour elle. Oui, m'a-t-il répondu; et,si j'étois jaloux, comme elle le prétend, je n'en serois pas plus tran-* quille, car elle a passé la nuit au bal de rOpéra, où j'étois' masqué, et où le hasard me l'a fait rencontrer et reconnoitre. Mais, ajouta M. deValcé en voyant, à ces mots, l'étonneinent peint sur mon visage, je ne la désapprouve nullement : elle est jeune, elle a trouvé plus amusant d'aller au bal de l'Opéra avec son amie , que de suivre à un liai paré md mère qui l'ennuie^ cela me

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, fiaroit tout simple; et vous ne devez pas être plus sévère que moi. Mettez-vous un moment à ma place ^ ma chère amie , et jhcprésentez-vous, s'il se peut, la douleur qrie dut me causer cette explication, qui ïîie prouvait la sincérité efî'indulgence de M. de Valcé , et qui me découvroît dans la conduite de sa femme un tissu de faussetés, d'artifices et d'intrigues. Au desespoir et furieuse, j'ai été la trouver, et nous avons eu ensemble la scène la plus vive et la plus violente ; elle a beaucoup pleuré, m'a protesté que, lorsqu'elle m'avoît vue le soir, elle ne sorigeoit point au bal de l'Opéra; que celte idée éloît venue depuis à madame de GermeuH, qui Fa voit persécutée pour y aller, et qu'enfin elle avoît eu Isi foiblesse de céder à ses instances; elle m'a toujours soutenu que son mari et oit jaloux , et que la vanité seule l'empéchoit d'en convenir, en lui inspirant la crainte de se donner en ridicule. J'ai tracé à ma fille un plan de conduite qu'elle m'a promis de suivre avec exactitude; ensuite elle m'a fait des protestations si touchantes de tendresse

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et de confiance^ elle est convenue de ses loi'ts avec tant d'ingénuité et de regrets , nue, soit justice > soit peut-être foîblessc, elle a fini par me calmer; mais j'ai renia r* qué avec chagrin qu'elle avoit peine à se défendre d'tme humeur qui perçoit, malgré elle, contre son mari : cependant, depuis deux jours, elle paroit être entièrement dissipée , et la bonne intelligence est rétablie entre eux. Ce qui me fâche, c'est que cette histoire a /ait du bruit, qu'on la conte d'une manière fort infidèle, et toute au désavantage de M. de Valcé, qu'on** prétend injuste, jaloux et lyrannique. On croit ma fille fort malheureuse, on la plaint, oa s'attendrit sur son sort, et je ne puis me dissimuler que ces idées fausses, répandues dans le monde, viennent directement d'elle et,dc sa société. Tout cela, ma chère amie, m'afflige au dernier point ; je me flatte enr core qpe ma fiUe s'abuse elle-même, et qu'elle connott mal son mari, ce qui ce* pendant paroit incroyable, avec l'esprit qu'elle a; mais,, si eUe n'étoit pas de bonne foi, si c'étoit une comédie, afin de se

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rendre intéressante^ et pour se fournir un pi*étexte, en apparence légitime, djB cesser d'aimer celui qu'elle a choisi de [)référence à tous... Cette idée m'accable, elle est afTrease , et remplit mon âme d'amertume :

die supposeroit une combinaison, un sangfroid , un artifice dont une jéiine personne de dix-neuf ans ne peut êtï*e capable.

Adieu ^ ma cbère amie; j'ai grand besoin de vos rëfleiions, de votre sagesse, de votre andiié: conseillez-moi, éclairez-moi, yoilà ce que j'attends de vous seule. Adieu; répondez*mo4 le plds promptenièst qu^ vous sera possible. ' ,. * .

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LETTRE XT.

La Baronne à madame d^Ostalis.

Je me flaue^ ma cbère fille > que voua recevrez cette lettre avec plaiàir^ imis^' qu'elle vous annoncera que votre mère aura enfin le bonheur de vouf embrasser dans quelques jours. Je pars vendredi pro-* ehjùn ; et ^ malgré toute votre tendresse pour mm» souffrez que je vous dise qu'il n'est pas possible que vous puissiez vous former une juste idée de lexcès de joie que j'é-t prouverai en vous revoyant». Non, mon en-r faut 9 nul senûment humain ne peut se comparer aux senlimcns d'une mère ten«* dre. Si la nature ne voua a pas fait naiird ma fille.5 n'éies*vous p^^ l'enfant de moti (^oîx? et croye2i*vous que je puîsae jamais aimer davantage ceux que le hasard ma donnés? Enfin je vêts donc recevoir le prix du courage et de la raison iquiim'oni fait resi&ter pendant si lbng*temps'aiik

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instances que vous me renouveliez tous les trois mois de vou^ permettre de venir en Languedoc. Il étoit trop nécessaire aux intéréts de voire mari et à votre bonheur, pour la suite de votre vie, que vous restassiez à Paris, pour que je cédasse au désir passionné que j'avois de vous voir : c'est ainsi, ma chère fille, qu'il faut aimer. Enfin je puis vous dire à présent que , depuis un an surtout, je brûlois de retourner à Paris, et qu'il m'a £dlu bien de la force pour con*sentir de bonne grâce à rester ici six mois de plus que les quatre ans convenus'^ mais M. d'AImane a pensé avec beaucoup de raison, qu'il falloit ne quitter la campagne qu'au mois d'août, temps des vendanges et d'un grand amusement pour mes enfan», afin de leur donner un sujet de regretter la vie simple et champêtre, et le séjour oà ils doivent être élevés. Adieu, ma chère fille; voilà, depuis notre séparation, le premier adieu que je vous dis sans peine; vous me trouverez, sans doute, comme le prétend la yicomtesse, bien vieillie et bien brûlée de notre beau soleil de Languedoc,

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»iir lecpel elle a tant d'aversion : pour JUS, mon enfant ^ je suis bien sûre que jualre ans et demi n'auront fak qu'ajouter aux charmes de cette figure si noble et M intéressante que j'aime tant* Adieu ^ ma cbère enfant ; mon cœur palpite en songeant qne dans quinze jours je serai dans vos bras.

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