LETTRE XVI
' ha Baronne à madame de P^almont»
De Paris.
Je suis arrivée , madame^ hier à midi; je trouvai, sur le grand chemin, à vlngi-cinq lieues de Paris , madame d'Ostalis et madame de Limours : ainsi vous croirez facilement que, malgré ma lassitude et mon aversion pour la voilure, les vingt-cinq lieues qui me restoient à faire m'ont paru tien courtes. En arrivant à Paris ei en entrant dans ma maison , madame d'Ostalis m'a conduite dans un petit cabinet que j'aimois particulièrement : j'ai vu avec surprise qu'il étoit orné d'une manière toute différente j j'ai voulu vous prouver, me dit madame d'Ostalis , que je n'ai pas été oisive~ en votre absence : tout cela est mon ouvrage^ j'ai brodé ce meuble, j'ai dessiné ces paysages, et j'ai peint ces fleurs, ces fruits, ces oiseaux et ces miniatures. Cette
ET THEODORE. i3i
attenlion si charmante a d'autant plus de prix , que madame d'Oslalis cultive encore beaucoup cfautres talens^ qu'elle s'occupe infiniment de ses enfans, et remplit, avec h pTtts scrnpileuse exactitude , tous les de*^ Toirs de sa place* Maïs on n'a pas d^dëe de.
tout ce qu'on peut faire quand on aie goftt de Toccupatioa , et qu'on ne perd' jamais unmoinent. Au reste ^ elle est belle comme le jour; son ime est aussi paisible que pure j elle ne veille points n'intrigue [>ôiut; elle He prend ni thé, ni café k la crémc; ainsi elle conservera long-temps sa brillante santé • sa beauté et sa fraîcheur.
Adèle et Théodore ont déjà regretté le Languedoc} ils ont été se promener aujoord'hui au Palai^Royal, ei m'ont fait de grandes plaintes de la poussière et de la foule; ils njie trouvent aussi bien malheureuse de n'avoir à Paris qu'un petit jarcKn dont on fkit le tour en dix minutes : miss Bridget les entretiendra parfaitement dans ces dégoûts; car le chagrin de manger seule dans sa chambre , lui rend le séjour de Pai Is extrêmement désagréable.
i3j ADELE
M. d'Alniane vient de recevoii* une lellre de M. d'Aimeri , qui mande qu'il compte resicr en *** jusqu'au mois de novembre, qu'alors il ira en Russie, et viendra au mois de juin à Paris; il y passera trois mois , et de là conduira Charles .à sa garnison. Adieu, madame; donnez-moide vos nouvelles : vous devez juger, par mon empressement à vous écrire^ du prix infini que j^ttacherai à votre exactitude.
Billet de la Ficomtesse à la Baronne.
Ah! ma chère amie, si vous pouviez disposer d'un moment , venez me voir.*., venez.». : je suis affligée...., bien cruelle^ ment affligée.. •• L'aventure du jardin n'est que trop vraie.... Elle se perd....! Venee, de grâce t il Êiut absolument que je vous parle.
ET THEODORE. i3S
BUIet de la marquise de iralvé d la comtesse de Germeuil.
NoTRB promenade nocturne n'est plus un secret.. ., et vous imaginez le train, les
cris, les€emiona qu'il faudra essuyer
Je n% puis sortir ; mais allez sur-le-champ conter notre désastre a madame de Gerville, dites-'lui bien qu'on veut donner le tour le plus noir à ce qui n'est au fond quuneétourderie....; elle intriguera pour nous*..* Adieu..., car je crains une anr^ prise.
iZi ADELE