‹ Adèle et Théodore, ou, Lettres sur l'éducationChapitre 17 sur 43 · LETTRE XVII · texte numérisé non relu

LETTRE XVII

La Baronne à madame d^Ostalis.

Je ne sais , ma chère enfant'^ si 1 oh parle à Fontainebleau de l'aventure de raadaiiEUB de Valcéj la voici dans l'exacte vérité* Lundi dernier, 20 octobre , madame de Valcé dit à sa mère qu'elle iroit souper ait Palais-Royal ; en effet le soir elle sortit^ à neuf heures et demie, avec la comtesse de Germeuil, qui la vint prendre, et elle ne rentra qu'à trois heures et demie après minuit . Le lendemain, elle dit à sa mère qu'elle . avoit soupe en eflfet au Palais-Royal, qu'à lulnult on avoit entendu du salon une musique charmante; que, madame de Germeuil l'ayant persécutée pour l'engagera descendre un moment dans le jardin , elle y avoit, consenti, et qu'au bout d'un quart d'heure, elle avoit reconduit madame de Germeuil chez elle , s'y étoit déshabillée pour y prendre du thé tête à tête avec eile, et qu'enfin

ET THEODOllE. i&5

elle s'y éloit oubliée jusqu'à trois heures.

Le soir , le chevalier d'Herbaiu averiit ma* dame de Limours qu'on prétendoit avoir vu sa fUle et madame de Germenil se prcmieneravec M. de Gréni et M. de L^"^"^, depuis une heure jusqu'à trois. Madame de Limours n'en voulut rien croire ; mais le lendemain, un des gens qui avoient suivi madame d^ Valcéy vivement presse par madame de ^ Limours, lui avoua que sa maîtresse ëtoit sortie à onze heures du Palais-Royal , avoid été se déshabiller chez madame de Grerlueiiil , étoii ensuite revenue au Palais-Royal, ei avoit passé trois heures dans le jardin.

Toute cette intrigue a été sue dans le monde par M.B***, amoureux de madame de Valcé depuis six mois ; il soupoit aussi au Palais- Royal , et prétend avoir entendu madame' de Valcé donner rendez-vous à M. de Gréni.

M. de B^^^ est descendu dans le jardin avec deux de sesamis; et là, ils ont vu M. de Créni et M. de L***^ attendre une demi- I heure , rejoindre ensuite madame de Yalcé et madame de Gerineuil, et se proniiene^ ^Yec elles le temps que je vous ai dit .

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M. de B'*''*'*, pour se venger de la coqueltcrie de madame de Valcé, et des fausses espérances quelle lui a données ^ a éiéiui*niême assez malhonnête pour divulguer toute cette hist(nrè> el maUieureusenient avec des circonsiances qui ne permettent pas d'en douter. Madame de Yaleé a supporté les reproches de sa mère ^ et voit , sa douleur avec im sang-froid et une indifférence qui m'ôtent tout espoir de la ramener de ses égaremens. Ce qu'il jr a de plus extraordinaire y c'est que son père lui donne presque raison, et traite tout ceci d*enfan-' tillage; il a même eu, ii ce sujet, une scène très-vive avec madame de Limoiirs.

Malheureuse mère«... I que je la plains.... ! Elle est désabusée , elle connoit enfin sa fiUe^ elle voit qu'il n'y a pas de ressources^ elle est véritablement au désespoir... L^on vous parlera sana doute de cette cruelle aventure; évitez autant qu'il vous sera possible ce triste sujet d'entretien, puisque vous ne pourriez défendre madame de Valcé qu'en trahissant la vérité. Ah ! con** servez^ ma chère fille, cette sincérité par-*

falte^ cette horreur du mensonge, qui vous rendent si estimable , et qui donnent tant de poidsii voti-e témoignage,..! Songez d'ailleurs que les mensonges officieux (quoique excusables, puisqu'ils sont produits par un bon cœur) nuisent toujours à la réputa«tion de celui qui les emploie, et qu'en même temps ils nous ôtent la possibilité de servir véritablement noft amis , quand nous pour-»

rions les défendre sans blesser la vérité.

Adieu f chère en&nt; revenez le plus promp* tement que vous pourrez.

Je rouvre ma lettre pour vous dire que j apprsoKls dans l'instant que M. de Créni et M. de B^^^ se sont battus ce malin; le dernier se porte à merveille , et le prunier en est quitte pour une égralignure à la main . Au reste, si le résultat du combat n'est pas., tragique, lei détails en sont superbes, et les témoins en racontent les plus belles ehoses, du mande. •• Grénérosité, présence d'esprit, délicatesse^ de tout enfin , excepté des coups d'épée donnés et du sang répandu.

Kntm nK)t, les deux rivaux, charmés de lear bravoure mutuelle, se sont end>iiMéf , II. 6*

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raccommodés; et^ ce qui me paroit encore plus sûr que le rapport des témoins ^ c'est que voilà cette pàuTre madame de Valcé plus affichée que jamais .

»ww>tWr w n<m(i»wvKinm v » ^

Billet de madame de Valcé à M. de

Crdnî.

Ne songez plus à yeni r chez; moi ^ cela est impossible; mais puisque madame de Gerville a envoyé savoir de vos nouvdies ; saisissez ce prétexte, allcfe la voir, liezvous avec elle et avec ma belle-mère, à quelque prix que ce puisse être * c'est le seul moyen qui nous reste, pour nous voir aussi souvent qu^autrefois. Louez madame de Gerville sur ses agrémen», son air de jeunesse, et parlez-lui de Versailles; jouez an quinze avec mai belle-mère, et tout ira bien. Je ne vous parle point de mxyn senUr" mentf vous ne le connoissez' que trop j que du moin^ le vôtre me dédommage de tout ce que j ai sacrifié pofur vous convaincre de

sa vérité.

. ET THEODORE. iB.)

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