‹ Adèle et Théodore, ou, Lettres sur l'éducationChapitre 20 sur 43 · LETTRE XX · texte numérisé non relu

LETTRE XX

La Baronne à madame d^Ostalié»

Je conçois bien ,ma chère fille, que vous ayez eu un peu d'humeur d'être obligée de rester deux jours de plus à Versailles , uniquement pour des affairés fort ennuyeuses j mais votre mari est absent , et vous devez surtout alors vous occuper de ses intérêts ; d'ailleurs , souvenez-vous de cet excellent conseil de madame de Lambert ^ ;

(( Pendant que vous êtes jeune , formez » votre réputation ; augmentez votre cré- » dit; arrangez vos affaires ; dans un autre î>' âge vous aurez plus de peine. Dans la » jeunesse, tout vous aide, tout s'offre à )i> vous, les- jeunes personnes dominent » sans y penser ; dans un âge plus avancé, )) vous n'êtes secourue de rien; vous n'avez

^ Avis d'une mëre à sa fille*

ET THEODORE. i5g

» plus en vous ce charme séduisant qui )) se répand sur tout, vous n'avez plus » pour vous que la raison et la vérilé, qui )) ordinairement ne gouvernent pas le )) monde. »

J'ai passé hier une délicieuse soirée chez madame de Limours ; Tambassadeur de..., que je ne connoissois pas, y est arrivé , et, presqu'en courant , a demandé si vous étiez revenue de Versailles ; alors vous êtes devenue le sujet de la conversation générale; chacun a vanté avec enthousiasme votrç conduite , vos taiens , votre figure , votre douceur, et cette gaîté franche et naturelle qui vous sied si bien et vous rend si ai " mable. Oh ! qu'il est doux pour le cœur et satisfaisant pour Tamour-propre , d'entendre louer sa fille , son ouvrage , celle qui vous doit ses principes , ses vertus, ses agrémens et sa réputation ! Et l'on n'est pas obligé de dissimuler celte espèce d'orgueil au contraire , on peut l'avouer , et même se glorifier ouvertement d'en être susceptible. De tous les éloges qu'on vous a donnés , il n'en est point qui m'aient autant

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^tée que ceux de l'ambassadeur de.., parce ^u'il ne me comioissoit pas , et ne pouvoit soupçomier l'intérêt extrême <{ue }e prenois à cette conversation.

Oui , ma chère fille , je vois arriver^ avec xm grand plaisir , le moment de retourner en Languedoc. Que pourrois-je regretter à Paris j puisque , pour cette fois , je vous ^emmène avec moi.... ? je crois que nous jn'irons pas directement à B... Notre^rojet e9t d'aller d'abord passer up mois en Brelagne^ je vous dirai pourquoi f c'est une longue histoire , et qui sûrement vous intéjressera. Adieu^ ma chère enfant^jecompte $ur vous pour samedi.

ET THEODORE.. rTn

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