‹ Adèle et Théodore, ou, Lettres sur l'éducationChapitre 21 sur 43 · LETTRE XXI · texte numérisé non relu

LETTRE XXI

Madame de f^alcé 4 M* de Créni.

VoRas me demimdez une explication , TOUS voyez bien que je suis mécontente ; en vain vpus en cherchaz te sujet....f puisque vous n'êtes ni asse^ pénétrant y ni assez délicat pour le deviner , je vais donc vous l'apprendre. Vous niaimez , je n'en doute pas y mais c'est, d'une manière qui ne me convient nullement : incapable de fein* dre^ détestant l'art de la contrainte, je n'ai pu déguiser ni cacher le penchant qui m'entraînoit vers vous , personne ne l'ignore ; vous devriez du moins , par votre conduite , tâcher de justifier la préférence que vous avez obtenue y mais vous suivez une route absolument opposée. Quand nous sommes seuls y vous ne me parlez que de votre amour, de l'excès de votre passion^ ce qui forme un entretien fort peu variée et qui , au bout d'un an y pourroit conduire

iGi ADELE

à Tcnnui la femme la plu^ sensible .: sûre de votre cœur , toutes ces protestations sont inutiles , et leur monotonie m'invtortunc.

Le sentiment vous porte à la tristesse :

quand vous mé p^îîghez votre bonheur, c'est avec un ton si lamentable , que véritablement à votre air et aui inflexions de votre voix on vous^croiroit désespéré: de grâce , variez-vous davantage , car je n y puis plus tenir. Mais^ en revanche, quand nous sommes dans le monde , vous prenez de petites manières dégagées qui me sont encore plus insupportables: à peine me regardez vous; alors tout vous occupe , tout paroît vous plaire , excepté moi : dans les conversations générales , selon vous , l'amour n'est qu'une illusion , qu'une folie ; vous en parlez avec une légèreté qui doit convaincre que vous n'y croyez pas , et vous appelez cette ridicule afteclaûon , de la discrétion , de la prudence, et moi je la trouve intolérable. On sait que je vous . aime, et l'on sa persuade^ d'après vos discours, que je n'ai cédé qu'à une fantaisie; ainsi vous m'ôiez la seule excuse que je

puisse avoir , celle de partager une passion vîolenle et véritable. Je vous déclare que je ne puis supporter celle opinion ; mon cœur et mon orgueil en sont également blessés:

je veux qu'à tous les yeux vous ayez l'air de ra'aimer, de me préférer à tout; en même temps je vous défends a jamais tout ce qui peul porter l'empreinte de l'aisance ou de la familiarité , et ces petits soins qui n'appartiennent qu'à la galanterie , et dont je dédaigne d'être l'objet. Soyez occupé de moi f respectueux et réservé , voilà votre rôle en public; tête à tête , soyez , si vous pouvez , léger , inconséquent , et surtout un peu plus gai j vous ne m'alarmerez points et vous m'en conviendrez beaucoup mieux.

Adieu : je vous fais connoîire mes seniimens et mon caractère ; d'après cela , vous voyez qu'il faut suivre exactement le plan que je vous trace , si vous voulez me con-

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