LETTRE XXIV
Làa Baronne à la Vicomtesse.
Oui, ma chère amie^ nous sommes ar^^ rivés à Lagaraye avant-hier au soir; M. A^AU mane, Dainville et mon fils ont fait une grande partie du chemin à cheval : aussi le pauvre Th(lodore étoil4I cruellement fatigué en arrivant. Vous allez éire l/ien éiomiée^ en apprenant cpie nous n'avons point encore vu M. de Lagaraye^ mais tout ce que nous en avons appris a hicn augment<î le désir que nons éprouvions de connoître cet homme Terilablemcnt incomparable. Comme vous m'avez rccom»mandé de mettre beaucoup d'ordre dans mes récits, et de n'omettre aucune circonstance, je commencerai ma narration de samedi, le jour de notre arrivée. En descendant de voiture , nous fômes nous établir dans une assez bonne auberge; mais*, au bout dune demi-»heure, nous vtmei
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entrer dans noire chambre un vieillard vénérable, de la figure la plus intéressante, qui naus pria instamment d'aller dîner chez lui le lendemain. Nous acceplâmes sa proposition, elle vieillard reprenant la parole: Vous venez voir deux anges , nous dit -il , oui, deux anges que le ciel nous a donnés pour le bonheur de tout le pays Nonseulement ils soignent les nialûdes, mais ils donnent de quoi vivre aux vieillards et aux infirmes ; ils font travailler la jeunesse, et tout le monde ici est heureux. Si vous le permettez, continua- t-il, je vous servirai demain de guide , et je suis sûr que tout ce que vous verrez vous fera révérer mille fois davantage un homme que la seule re- ' nommée ne peut peindre qu'imparfaitement. Ce n'est qu'en rapprochant, en l'écoutant, en voyant tout ce qu'il a fait, qu'on peut lui accorder le degré d'admiration qu'il mérite. Pendant ce discours , qui porioit au comble notre curiosité', je considérois avec aulant d'attention que d^étonnément celui qui nous parloit, et je trou vois sa naanière de s'exprimer bien exlraordi-
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naire pour un homme dont l'extérieur n'an- Donçoit qu'un paysan : je ne pus m'empé* cher de lui témoigner ]a surprise extrême qu'il me causoit ; il sourit , el me repondit: Mon histoire est en effet assez singulière , et si elle peut exciter votre curiosité , je vous la raconterai demain avec dauiant plus de plaisir^ que ce délai! sera pour M.
et madame de Lagaraye un hommage de ma reconnoissance. Je vis ^ je suis heureux y
et c'est par leurs hienfaits En achevant
ces mots^ ses yeux se rempUrent de larmes; nous nous regardâmes tous> et un sentiment d'une douceur inexprimable fît aussi couler les nôtres Je demandai au vieillard si nous pourrions voir M. de Ijagaraye le lendemain; il nous répondit qu'il étoit allé consoler et secourir les hahitans d'une ferme brûlée, à six lieues de Lagaraye, mais que nous le verrions aussitôt qu'il seroit de retour.
Le Ien4emain9 nous étions tous levés et habillés au jour naissant; notre bon vieillard vint déjeuner avec nous; ensuite il nous 4i( : Si vous voulez me suivre , je
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vais à présent vous conduire aux manu* factures; vous n'avez entendu parler que des hôpitaux 9 et vous allez voir que M. de Lagaraye a fonuë des établissemens dans tons les genres. A ces mots , nous sous 5omnies tous mis en marche ) et notre guide nous a d'abord condoîts dans la grande rue du villiige; là, s'arrétant : Vous voyee, nous a*t-il dit , cesmaisons simples et champêtres y elles sont remplies d'un peuple immense, la plupart de ces cabanes sont neuves. Les étrangers, les malheureux attirés et accueillis par M. de Lagaraye , depuis dix ans , viennent en foule habiter ce séjour de paix et de bonheur; tout êti'e infortuné trouve ici une pairie bienfaisante qui lui offre l'honorable ressource du tr^Hvail, et les moyens d'y subsister ou de pouvoir s'établir ailleui^. On trouve à Lagaraye des gens de Cous les pays, c'est le refuge assuré de la misère laborieuse ; Thomme oisif on vicieux y est seul rebuté et traite on étranger. Le ciel , qui bénit cette terre , accorde à ses heureux habitans la santé , la force , l'industrie ,* et dans aucun
tieu dix monde la popukdon n'est aussi extraordinfâre qu'ici.
En efiet le coup d^œîl de celte rue offre le tableau fo \ias intéressant et le plus agréable : on y^ rencontre à chaque pas une ninltitude de petits enfans ; toutes les maisons ouvertes laissent voir un inlérienr d'une propreté cbarmante ; on y découvre une quantité de femmes de tout âge et de jeunes fiUes , qni filent en chantant , Ttme à côté de son mari^ charpentier^ chapelier, charron , etc., l'autre auprès de son père, occupé aussi de son métier. Tout enfin y respire la* gaîté , et tout y peint Pabondance et le bonheur.
En sortant de cette rue y nous entrâmes dans une antre nn peu moins grande ; Bou y vîmes beaucoup de femmes , mais nous iumes surpris de n'y pas trouver ua «edl homme ; j'en demandai la raison à noire guide > qui me répondit : La rue d*o6 vous sortes est celle des artisans; une partie de jies hdbâians^ comme je vous Fài dit f conrsiste en étrangera^ en ouvriers maUieorenz, «sans pain et sans ressources , qui sont vemis
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s'y établir; les autres habitans sont des élèves des manufactures, qui^auiîeu dç porter leurs talens ailleurs^ ont préféré de se fixer ici : cette rue > composée d'artisans^ est la seule qui renferme une classe d'hommes sédentaires; celle où nous sommes^ et toutes les autres sont occupées par des ouvriers qui travaillent en bâtimens^ aux grands chemins , ou qui cultivent la terre.
Le soir , quand leurs travaux sont finis, on les voit tous accourir en foule ; ils n'ont point travaillé par corvées , mais pour asr surer la subsistance de leurs femmes^ de leurs enfans; ils reviennent gaiment^ et ne paroissent point fatigués.
Comme le vieillard achevoit de parler , nous aperçûmes iin grand bâtiment en briques^ d'une.forme longue et irréguliére, c'étoienules manufactures; nous y en trames ^ on nous conduisit dans une salle basse , où nous vîmes vingtrsix jeunes fille»-occupee« à faire de la dentelle; quatre femmes âgées présidoicnt à leurs ouvrages. Voyea-vous, me dit le vieiUard ■•, ces quatre jeunes perr sonnes au bout de cette petite table? ce sont
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mes filles ; j'ai encore là-haut trois garçons f et tout cela ^ le charme et l'appui de ma vieillesse , ne vit et ne jouit d'une heureuse eiistence que par la généreuse compassion de M. de Lagaraye. Après ce discours ^ qui en amena d'autre plus iniéressans encore^ le vieillard nous mena dans une petite galerie^ cil nous trouvâmes douze fileuses ; de lu ^ notre guide nous fit monter un escalier qui nous conduisit aux salles des hommes. Vous imaginez bien que nous commençâmes par celle dans laquelle ses enfans sont employés ; nous y vîmes vingt-six tisserands^ et nous passan[ies dans la dernière salle, où l'on trouve une manufacture de draps ^ dans laquelle travaillent quarante ouvriers , sans compter les personnes qui conduisent les ouvrages.
A présent., nous dit le vieillard^ si vous n'êtes pas fatigués , je vais vous conduire aux plantations; nousi. y consentîmes, il nous fit traverser le village, et lorsque noiis fumes en pleine campagne, notre ^uide s'arrétant :
VoyfE, dit-il , v^srà-vis de vous cette longue et belle aivenue de jeunes arbres, ces champs IL 8 *
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f«riiI(T$^ CCS prairies, ces riches inoiss<3n.s ; eh hien ! celle lerr©, auirefoîs incuhe ci (ihandonnëe , n'offroll aux regards que de vastes niar<iis , dont les vapeurs mairaisantes rëpandoient am environs les maladie» et hi mort. Admirez celles heureuse métamorphose, et reconnoissezen l'auteur , toujours M. de Lagaraye : on ne peut faire un pas ici qui ne retrace et ne prouve sa bienfaisance. Nous lui devons tout, jusqu'à Tair pur et sain que nous respirons. Pour do tels travaux , vous devez concevoir ce qti'il a fallu employer de bras ; il a formé des agriculteurs en les payant bien , en lesntnrçam sans relâche,; et la tertre , rendue féconde , en augmentant ses richesse.r, Ini donne la possrbîlitéd'entretenîr et d'étendre ces ouvrages immenses. Pendant que le bon vieillard nous parloit , je contemplois avec attendrissement cette terre herureuscel vivante, et je me disois : La volonté d'un seul homme peut faire naître tant de biens, pcTU produire tant dechoses utiles! Est^l passible qu'un tel modèle soit si raté ! Ah ! sthai vue An mal est dangereuse, sHcs exemples sont
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contagieux 9 que ceux de là vertu sont tou*cliadd cl persuasifs ! Le vice a beau prendre, pour se montrer , la forme la plus séduisante y il a toujours quelque côlë qui le décèle el qui répugne à celui même qu^il euiratne , tandis que les charmes attachés à la vertu sont sans mélange et purs comme ^ elle.
Mais revenons à I^agaraye. Après nous vive promenés jusqu'à midi^ il fallut rentrer; nous dtnamcs cheslc vieillard , qui, toivant sa promesse, nous conta ses aventures ; et cette histoire me parut si touchante et si singulière, que je revins sur-le-champ dans ma maison , afin de Técrire au moment même où j'en étois profondément affectée.
Je remis Adèle dans les mains de madame d'Ostalis et de miss Bridget, el Je passai le reste de la journé à écrire Ténorme cahier que je vous cnvoie.Ce matin, onnous annonce que nous ne verrons point encore AT. de Lagaraye aujourd'hui, parce qu'il ne reviendra que ce soir; ainsi , nous ne jouiit)ns que demain d'un bonheur si vivement désiré > et c'est M.d' Almane qui s'ès' charge d'écrire ^
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au vicomte le détail de cette intéressante entrevue : au reste, nous avons tous la tête tournée de tout ce que nous avons vu.
Adèle et Théodore ont versébien des larmes pendant la narration du bon vieillard :
d'ailleurs, ils ne parlent que de M. deLagaraye; ne pensant qu'à lui, ils ont véritablement un désir passionné de le voir : enfin je vois avec délices que leurs jeunes cœurs sont susceptibles d'enthousiasme pour la vertu,e t que par conséquent ils retireront de ce voyage tout le fruit que nous en pouvions espérer. Adieu, ma chère amie; ne perdez point l'histoire de notre vieillard , c'est Adèle qui vous prête ce petit manuscrit , car j'ai promis de ne vonsFenvoyer que sous la condition que vous me le rendriez pour elle ,. quand nous repasserons à Paris.
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Histoire de Saint" André.
Le père de noire bon vieillard se nommoit M. de Yilmore , homme d'une basse extraction ^ mais qui fit une fortune singu*
Hère et rapide , et dont vous devez vous ressouvenir d'avoir beaucoup entendu parler dand notre jeunesse à votre beau-père, qui étoit né dans la même province. M. de Yilmore eut plusieurs enfans, et notre vieillard, appelé Saint-André, fut le dernier de tous. M. de Vilmore, voulant marier ses filles à la cour, pour s'illustrer par de grandes alliances, et désirant procurer à son fils atné un état et un sort brillant , sacrifia le jeune Saint- André à ses projets ambitieux. Il le fit élever loin de lui , dans une pension obscure, où son éducation fut entièrement négligée; mais ses dispositions et son esprit naturel le firent surpasser l'attente de ses maîtres. Il atteignoit sa seizième année , et on lui déclara qu'il n'avoit d'autre parti à prendre que celui de l'église. Une tête vive> des passions ardentes , lès richesses de ses parens , tout lui donnoit pour cet état un dégoût insm^montable. Il demande à voir son |:>ère , à lui parlei^ , dans l'espoir de le faire changer de^dessein ; M. de Vilmore , ignorant, enoeve ses [projets, voulut bien lui . acicordcr cette grâce: ainsi, exilé depuis
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lYige de dinq ans, il revit son père el'sâ fiimillG à seize ans punr la première fois.
Il arriva dan^ la maison paternelle au mo^ ment où l'on marioit sa sœur au marquis de C^^^^; il vit son frère et ses^œvirs au sein du faste et de l'opulence, le traiter eh étranger, et son père même ne lui témoigner que de l'indifférence et du dédain. Il sentit alors à quels mallietirs un tel accueil devpit le préparer; cependant il parla^ et ce fiu avec autant de fermeté que de respect.
Que la médlocrîié, dit-il, soit mon partage, je saurai m'en contenter, mais n'attentez point k ma liberté, et ne me forcez point à prendre un état pour lequel mon aversion est invincible. M. de Vilmore, furieux de sa résistance , l'accabla des traitemens les plus durs : Votre obstination , lui dit-il , vous perdra ; par bonté, je veux bien vous laisser encore le temps de la réflexion; je vais vous envoyer en Flandre cbez une de vos tantes, vous y passerez six mois; si, au l)Out de ce 4emps, vous n'êtes pas résigné à mea volontés^ j Wploierai les iiK>yens les plu$ yio- Icns pour vous faire rentrer dans votre de*-
voir. Le malheureux Suinl-Andrc pariU |X)ur Lîlle^ accablé^ désespéré^ mais R^rnie dan$ ses résolutions. Une figure inlércs*»
saute y un caractère aimable 9 des manières douces et nobleSi le firent bientôt reclicr^ cher dans son cxîl^ et les charmes de la société lui en adoucirent les rigueurs : facile et sans expérience 9 il se laissa entraîner par tous ceux qui Taccueillirent. Il y avoit alors à Lille le régiment de... 5 on y jouoit très-gros jeuj on savoit que M. de Vilmore étoit d'une richesse immense; on engagea son fils dans des parties dangereuses* 11 commença > comme il arrive presque toujours, par gagner; et ce qui est plus inévitable encore y il finit par perdre ; Teapoir de recouvrer son. argent l'en^poriii plus avapt : enfin il fverdic sur w parole> vingir quatre miUefraocs.RaduH au. désespoir, il écrivit à son père, dans les ternies les plus iQuoi)ans> l'aveu de sa fauU) ; pour toùle répanse f on le fit arrêter, et on i enfeifua ,eu château dieSaumur. Il sesoumitàeetto pumiiona^^Ksiine éouceur qu'on ae devoit pas aJiiendre d'un calraGtère;mtafdlenient
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violent; saclianl que toutes ses dettes étoient payées, sa reconnoissance lui fil supporter patiemment d'abord un traitement qu'il n'imaginoit pas devoir durer long- temps :
cependant^ contre son attente , on le retint prisonnier deux ans entiers; cette sévérité barbare l'aigrit, le révolta, et lui fit perdre une partie des sentiraens modérés qu'il avoit conservés jusqu'alors : enfin les portes de sa prison s'ouvrirent , et voici l'arrêt qui lui fut prononcé : Il faut donner votre pa^ rôle d^ honneur d!* entrer dans Vétat ecclésiastique ^ ou bien vous décider à passer aux Indes sn qualité de volontaire. Mon choix est fait, reprit Saint- André : heureux de pouvoir abandonner une patrie étrangère poiirmoi, puisque je n'y ai ni père., ni pâTén», uti ami^. Celte réponse décida de son son, il fat envoyé à Brest,' et deux jours après il s'embarqua. C'est ainsi qu un père dénaturé envoyoit au-delà des mers un jeune homme de dix -huit ans, de la plus grande espérance, sans secours, sans argent, sans grade, sans état, et peut-être avec Tespoir qû'-entouré de périls^ de dangers^ aeca-
Jblé de misère et de doiileur^ U y termin^ou sa vi^ ûifortunée .
CependMit sa jeunesse lui fil supporter des âitigue» esLcessivegs , et son courage le reodit supériaur à sa fortune. U se distingua , parvint à des emplois moins subal« ternes , et bientôt fut tire de la misère et de l'ouhH. Ces premiers succès en amenè^ rent d'autres plu^ avantageux encore ; s'é-^ tant &it de la réputation et des amis ^ on 1 Associa à des eotreprises de commerce ^ qui > dans un pays fertile alors en ressources^ Idî assurèrent en moins de cinq ans un sort indépendant et heureus. Content d'une fortÉne nwdioere , maïs bonoèce > navette d'un ^ade honoraUe ^ il eomnienoa k tourner ses regards vers sa patrie ; jeune , îl 'ne fut point insensible au v^n ' 01IX yeux de sa âonille le iruk rapide de ses travaux y se promettant cepenrdam de revenir dsnsies Indes , mB\& &y re*tonraericonduiit psMr ràmbitioa et) la gloire, 01 aoB par la néeesské. Sou pèrey insiitilt dé son Wnbeur depuis deuK» a«s>^ ^feignoit enâft I» re<Kmtioltne pmxt^ ^i il lui IL 9
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éciiyoit y et paroissoit entièrement revwtu de ses préventions. Saint- André se décide^ il s'embarque avec sa fortune entière 5 qui consistoit en papiers ; une trèye , conclue pour un an , lui promettoit pour son voyage une sûreté qui ne lui permit pas de le différer : cette imprudence fut la source de toutes ses infortunes. A peine est-il en mer, que la trêve est rompue, son vaisseau est attaqué , pris par les Anglais , et il est conduit à Lanceston , province méridionale d'Angleterre. Il perd à la fois sa liberté, sa fortune y et tous ses projets se trouvent anéantis. U écrit à son père ; pour comble de maux , il n'en reçoit qu'une lettre remplie de reproches. Au bout de six mois on lui rend la liberté , il touche enfin aux côtes de France , il en revoit les rives &taies , et il arrive à Brest à peu près dans le même état où il étoit lorsqu'il en partit six ans auparavant. Sans .ressources ^ sans argent, dénué de tout,, il se ressouvint d'un homme pommé Bertrand, chirurgien, chez lequel; il a voit logé jadis ^ et dont il avoit reçu plusieurs marqyes d'attache?
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méat ; il fut trouver cet honnête homme , qui lui offrit sa maison , sa bourse et tous les services qui dépendoient de lui. Saint-André ne rougit point d'accepter les bienfaits de l'amitié ; il écrivit à son père^ n'ayant jamais touché sa légitime , l'ayant même~ oubliée dans des temps plus heureux 9 il se vit alors forcé de la demander.
M. de Vilmore lui répondit qu'il ne lui donneroit d'argent qu'à condition qu'il se rembarqueroit et retourneroit aux Indes sans délai , sur un vaisseau prêt à' partir , et qui devoit mettre à la voile sous peu de jours. Cette dureté inconcevable acheva d'aliéner un cœur aigri déjà depuis si longtemps; le ressentiment^ le désespoir^ anattirent son courage ^ il tomba dangereusement malade , et fut bientôt réduit à la dernière extrémité. Bertrand ne le quitta plus ; il passoit auprès de lui les nuits entières 9 et lui prodiguoit tous les soins généreux de là plus vive amitié. Bertrand avoit une fille âgée de dix- huit ans. Cette jeone personne , croyant rie suivre que le simple mouvement d'une juste compassion,
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attachée au chevet du malheureux :Saiiit- Audrë f partageoit arec son père i'emplgi de garde. Bertrand lui contoit les aventures de cçt infortuné, ses succès dans l'Inde , diHit plqûeurs témoins CEiistoîent à Brost ; il vantoit sa constance y son courage ^ ses agrémens , et l'un et l'autre pleuroient sur un sort si funeste et si. peu mérité. Saint* André , depuis le commencement de sa maladie , agité d'un transport furieux , ne pouvoit jouir de ces soins touchans ; ayant ce temps ^ accablé des plus mgrtels cha* grin$> toujours renfermé dans sa chambre , à peine avoit-il vu ou remarqué Blanche i c'étoit le nom de la fille de Bertrand. Ce* pendant celte jeune personne étoit dis^ tingnée et célèbre dans Brest^ malgré l'obs"* cnrité de son état ^ par une. éducation audessus de sa naissance 9 par un maintien rempU de douceur et de modestie ^«t sm*tout par une figure channwte. Un nuit qu'on désespéroit de la vie de Saint- André> Blanche^ tristement assise dans la ruelle de son lit^ Gonsidéroit , avec plus d'attendris^ sèment, qu'à Tocdinairà^ ce malheûfeux
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objet de tant d'inquîétades et de pebie9«La pâfeor de la mon sembloit eouvrir ses traits; }a jeQDesae s'y peignoit encore^ et les rendoit plus tovchans; ses yeux ferm^ pipoksoient Fétre pour toujours ; une de seâ
mains étoit étendue snr le Ht Blanche ,
emportée par un mouvement surnaturel , hissa tomber sur cette main une des siennes ^ et la trouvant immobile et glacëe , elle le crut mort. O del ! s'écria -t -elle, c'en est donc fait ^ infortuné jeune hom->i me. .. •! L'efiroi , la pitié ^ un sentiment plus vif encore, rempêchèrenl d'en dire davantage 9 et elle tomba sur le bord du lit sans ccmnoissance et sans mouvement. Dans cet instant y Saint-André revient de sa léthar-^ gie, il ouvre lès yeui ; et le premier objet qui le frappe 9 c'est Blanche évanouie près de lui f c'est la feonesse et la beauté envi* ronoées de» ombres de la mort.... U fait un cri pinçant 5 on arrive , Blanche est secourue; cette scène shigtdière est eijdiquée, et Saiol^André ne revient à la vie que pour ouvrir son âmé aux mouvemens de la re** counoiasahce la plus passionnée. C'est ainsi
qu'au milieu des horreurs de Tagonie y sur les bords de la tombe y l'amour unit à jamais deum cœurs infortunés ; c'est ainsi qu'il sut s'y graver sous une forme si terrible et si touchante >• et que ces traits profonds y laissèrent une empreinte éternellement durable.
Saint- André , bientôt convalescent y se livra tout entier à l'impression dangereuse d'un sentiment qu'il éprouvoit pour la première fois ; il obtint facilement l'aveu nécessaire à son bonheur ; Blanche s'étoit trahie même avant d'être aimée ; et Famour heureux et tranquille confirma , par les transports de sa joie , ce que son désespoir avoit déjà fait éclater. Bertrand lui-même^ séduit , entraîné par la pitié y la tendresse et peut-être par l'ambition^ après une foible résistance y consentit aux instances réunies de Saint- André et de sa fille. Il approuva le projet d'une union secrète y et Sayit- André^ six mois après^a maladie y £gé det vingt-cinq ans y épousa Blanche ^ et -se vit au comble de ses vœux. Ne voulant y n'attendant rien de son père y il résolut de
cacher , son mariage , et se décida à saisir la première occasion favorable de repasser aux Indes ^ suivi de son beau-père et de sa femme. • . Il fit des dén^rches^ et à l'aide de sa réputation et de ses amis il entrevit la possibilité d'être incessamment employé d une manière avantageuse. Dans ces entrefaites^ Blanche devint grosse^ il en pressa ]Jusjivemen t ses sollicitations^ dans l'espoir de partir et de l'emmener avant qu'elle fut accouchée; mais ses aâaires traînant eu longueur^ il coimut enfin qu'il ne pouvoil éviter l'éclat fatal , qui bientôt alloit rendre son secret public» Déjà ce n'étoit plus un mjrstère dans la ville , et Saint- André prit le p^irti d'en instruire lui-même son père.
Voici la lettre qu'il lui écrivit.
a Monsieur,
» Vous rappçlez-vous le nom et l'exis- » tence d'un jcaalheureux oublié depuis si )î> long- temps? Je dois croire que vous avez y> renoncé pour j aurais aux droits que la » nature vous donnoitsur mon sort ; je sais
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)) quelies farènt mes premières crrearsj si D ma )eanesse.ak>rs ne put les rendre, excu- )> sables a vos yeu^s:,. j'ai du qudqucCloîs )) me flalter depuis , que six ans d'exil^ ;) fiasses dans des travaux utiles^ et^ j'ose )) dire^gloneux ^ pourroient en &ire perdre » le souvenir : cependant, cmeUement » abandonné dans mes derniers inall>eors> » je n'ai trouvé que dans un étranger la.
» compassion ^ les secours et la tendrqsse » d'un père. Sans renoncer à celui qui me )> rejetpit; j'ai cru pouvoir adopter celui » que sa bienfaisance ft sa vertu rendent ^ dign^ d'un liiresi sacré. Obscur^ (lâovre^- » Bs^ïïs naissance et sans fortune y mais bon- » néle et sensible^ voilà le père que J'aî » choisi. En acceptant ses bienfaits^ en y) entrant dans sa famille , en épousant sa )) fille ^ je suis devenii son HU, elle l^n- ' y> heur qu'il m'a procuré surpasse , s'il est » possible^ tous les maux que j'ai soufferts. » Je respecté les distinctions établies dans » la société ; si je fusse né d'un sang qu*une » telle alliance te&t d^honoré^ j^attrois eu' » le courage de sacrifier et ma passion et
£T THEODORE. a»f
j^ lâ ^citë de ma vie i h gloire de ma
31 fiotiille. Mais^ grâce au oiel , cet obsude n ti'ei»toit points la naissance de ma Seok*
» me est égale à la mi^mne^ no» formne* » sont à peu près semblables. Son père est >^ pauvre. ••• 9 voila l'unique difflérence de )) son sort et du mien ; ainsi nulle raison )> n'a pu m n'a dû m'arrcter. Engagé par ^ un lien que Thonneur et Tamour me » rendent paiement cher et sacré, je voua 1^ supf^e de croire qu'en vain l'ambîtiony » rauloritéei les lois memes'armeroiem enn semUe pour le briser. Je vais dans lea » Indes recommencer une nouvelle car- D rière ; je vous conjure de ne point tron-^ 1!^ bler ma destinée par des éclats qui pour» » roient la changer; jene demande rien que m^ la paix et que Foubli profond d'une » paitrie que j'abandonne peut-être pour ja- » mais ; c'est Tunique grâce que j'oae D implorer , je dois Fespcrer, et je l'attends 7^ de votre justice.
» JaiPhonneurd^étre, etc; ».
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Cette lettre produisit sur M. de Vilmôre leseffets les plus terribles; elle choquoittrop sa vanité pour ne pas enflammer Tivement sa colère. Cette comparaison de la &mille Bertrand à la sienne , lui parut le comble de l'outrage; il obtient à la fois deux lettres de cachet : on arrache Saint- André des bras de sa femme éperdue ; on le précipite^ chargé de fers^ dans un cachot; et I^lanche, malgré sa jeunesse et son état^ subit un sort semblable. Ce fut là que l'infortunée mit au jour le fruit malheureux d'un amour si déplorable : on voulut l'arracher de ses bras ^ mais sa résistance^ ses gémissemens et ses larmes touchèrent des cœurs sensibles à la pitié pour la première fois; on lui laissa son enfant ^ et Blanche^ pour lui conserver la vie^ prit soin de la sienne. Cependjant Saintr- André , au comble du désespoir^ égaré, furieux, invoquoitla vengeance, demandoit Blanche ou la mort. Trois mois s'écoulèrent dans cette situation affreuse; enfin , on vient lui dire qu'un homme demande à lui parler ^e la part de son père.. .. Mon pèrel s'écrie-t*il, je n'en ai plus.. ••
ET THEODORE. so3
Dans cet Instant, il voit parottre un homme qu'il reconnott pour Tintendant de M. de Vilmore : Ah I lui dit Saint* André , le barbare qui vous envoie ^ exaucera-t-il enfin mes voeux ! Venez^vous m'apporter la mort?
voilà le seul bienfait que je puisse attendre
de lui Calmez-vous , monteur , reprit
l'intendant ^ calmez-vous y je viens vous annoncer un destin où vous n'osiez prétendre ; tandis que vous accusiez la fortune, elle travailloit pour vous ; votre frère est mort, et vous devenez l'héritier naturel d'un père qui vous tend les bras , et qui peut encore pardonner. Que dites-vous? interrompit Saint-André, mon frère ne vit plus ! Le ciel est juste , il ravit à mon persécuteur l'objet que son orgueil lui rendoit si cher j et moi, victime immolée à sa cruelle ambition , je n'aurai point en vain appelé la vengeance...
Ecoutez-moi, dit l'intendant, et plutôt méritez par votre repentir les grâces qu'on vous oflfre. M. de Vilmore, artisan de sa fortune, en peut disposer ; il a deux filles que sa leur dresse pourroit enrichir à vos dépens, mais n'ayaoït point de pétits-enfans de son nom.
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et plaignant vos erreurs et vos inibrmneSy il vous appelle à la destina que la tïiôtï vîeiA de ravir à votre frère; sa charge ei Ses biens vous attendent.. • Vous devez concevoir par quelle aveugle soumissicm it faut àeheter de tels bienfaits. Parlez , monsieur , reprit froidement Saint-Andrë , im père qui veut me reconnoîlre, et- qui choisît ma main pour esftuyer ses pleurs , est sans doute incapable de m'irtiposet* deisr condi* ti'ons déshonorantes ; ainsi ^ parlât , J6 vous écoute sans le craindre. Il faut , réporicfit rmtendant, abjurer à jamais une imioil avilissante autant qu'iDégïtime ; un sort honnête consolera Blanche de votre commun égarement; et pour £ssoudre dei liens honteux , on n^exige que votre co»^ seulement ; toutes les autres mesures ^nt déjà prisés , et ce n^eat enfin qu*i t:* prix que vous pouvez prérendre^ . . • # . .
C'est asseis , interrompit Saint- André; fâi prévti, dès le commeilcemeftt de votre dîs^ cours, cette odietise proposition ; j'ai eu hl pttfience de vous entendre : écoutez à votre te*ïr ma réponse. On peut me* persécirter ,
ET THEODORE. )oS
l9^pp|MÎmer^ m'arracher ma femme , xnon eiafimt ^ la vie , (outes ces cruautés aont possibles à la tyrannie armée du pouvoir ^ afta rbomieur est un liîen qu'on ne penft me ravir > je le conserverai pur et sans lâche y heureux de tout souffrir pour les oh)el6 que j'eitîaie ei que j'aime. Voilà ma dernière el irrévocable résolution ; la violence^ les tourmens^ les apprêts de ma mort; rien dans Funivérs ne peut la faire changer. L'intendant vonlnt répliquer ^ nuis Saint« •Ajndré refusa de Feniendre davantage ; il «ortit avec le regret et rbumiliation d'avoir cherché vainement à séduire un liomme incorruptible» Blanche ^ dan& sa prison y éprouve une persécution pkiS' odieuse et •|)lu5 injuste encore : on la presse de re- ^nmcer à. $es droits , à son titre d'épouse de Srât^'André ; on lui propose y ^ à -ce pris ^ xm sort; avantageux pcHu* elle et pour son .enfiint ; ion emploie tout à tour les prières et, Ufs menaces. Blanche répondit consiam- Pj^nt )qu elle attendoit . de Saint - André iei^^imple quelle* devoit suiv^^e; .qu'elle eià f»p4r9tf iQelui du. cOurage et de la fidéUlié p
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et qu'en tout elle ëtoit décidée à modeler sa conduite sur la sienne. M. de Vilmore^ désespérant de vaincre uijle résistance si ferme et si déclarée^ se livra à toutes les fureurs que l'orgueil et le ressentiment peuvent inspirer à l'âme là plus dure et la plus implacable : on arrache des bras d'yne mère éplorée cet enfant chéri y le seul soutien > la seule consolation de sa vie; on resserre les liens des deux malheureux époux ^ on rend leur captivité plus affreuse et plus cruelle encore ^ et^ pour comble de barbarie , on leur annonce qu'un tel traitement doit être à jamais leur partagé.
Quatre ans s'écoulèrent dans cette horrible situation t cependant Saint-André i soutenu par l'amour y se faisoit un devoir de vivre et de souffrir pour lui... A force de scnnsy d'intrigues et de persévérance; il parrint à séduire un des geôliers cotn* mis à sa gardé : n'en pouvant obtenir la liberté ^ il l'engagea du moins à lui procurer des plumes , du papier et de l'encre ; alors il traça dans un mémoire détaillé l'histoire intéressante de sa vie; il finissoit
ET THEODORE. ao^
par demander pour toute grâce sa liberté, sa femmeet son enfant^ ne prétendant d'ail»
leurs ni aux biens de son père ^ ni même à sa légitime. Ce mémoire avoit pour ins^ cription ces mots : A ma Patrie. Il c(uumeaçoit ainsi : « J'ai versé mpn sang pour die y je suis un citoyen obscur , mais inno** cent et persécuté ; ma cause est celle de toui les coeurs sensibles et vertueux : chargé de fers y mourant et désespéré dans le fond d'un infâme cachot; père y époux , £ds paiement infortuné , je me jette dans les bras du premier de mes compatriotes qui lira ce mémoire y et je le conjure d'avoir la .
généreuse compassion de protéger y de défendre un malheureux enchaîné depuis près de cinq ans par la violence. et la tyrannie.
Puisse une main bienfaisante et vertueuse déposer cet écrit au pied du tribunal au^ gustC; protecteur de l'innocence ! et puissé-je un jour y en embrassant et ma. femme et mon fils ^ oublier à jamais dans leurs bras tous les tourmens que j'ai soufferts I »
L'homme gagné par Saint-' André fit secrètement imprimer ce mémoire y et en
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distribua dans le piiblic plusieurs eiem** plaires. Un avocat^ célèbre par ses talens et sa vertu, touché d'une tdile lecture , voulut JiToir la gloire de soutenir une cause si singulière et si întércssaule • Malgré le crédit ei les oppositions de M. de Yijk store f bîeiuôt il fit retentir tous les tribu* naux des cris du malheureux Sain^As** itoé. U s'informa du sort de Bertrand ; il apprit que le chagrin avoit terminé sa vie depuis six mois ; il se fit remettre entre les mains le jeune enfant de Saint -André i et enfin il obtint sa liberté et celje de sa femme. Alors il se rendit à. la prison de Blanche ; elle ignoroit tous ces détails y et i au comble du désespoir , elle n'attendoit que de la mort la fin des peines cruelles qui déchiroîenl«oncoeur. Le généreux avocat^ coadaîl pai^rhnmaniié^ pénètre dans le sé*^ ^purtén^breuxoùla jeunesse, la beauté eih imtXM gianissantes offi*irent à ses regards le •peetacle lepltastouchantcil tienoit le filsdc Saint-«Andrédanss(esbras; il entre à laJneur dluiie lampe lugubre; il voit , dans le j^us affreux cachot ^ Blanche couchée sur de la
ET ^AEOBOIlE. ao<)
paiOè y lé^ cheveuic épars , couverte <ie larrn* heant déchirés^ le visage inondé de {deurs^ et leyaiit an ciel ses mains chargées de chfttûek; il s'arrête et contemple avec une ^ûé mêlée d'admiration , ses cbarmes , sa jettne$9e et les horreurs qui l'environnent.
Hbnobe y croyant entendre son geôlier ^ soniève sa léte. appesantie^ et demande^ d'onevon foîble et mourante ce qu'on lui veut. Je viens, s'écrie l'avocat^ rendre hommage h lu vertu malheureuse , et termine^ ses" peines. En àdbevant ces mots, il se pros^ terne ani pieds de Blaivche , et kii présente son enfant; Branche le reconnoit , lui tend ks bras en s'écriant : Ah ! s'il m'est rendu , je potirrâi supporter là vie. . . EHe Veut l'embrasser fmais la joie, le saisissement achevant d'épuiser ses forces, elle tombeévanouie dans les bras de son libérateur. Qui poti*roit expintner la surprise , le ravisseratônt , te^trampons de cette mère sehsiWe* et pals^ sionnée , lorsqu'on reprenant l'usage de séi isfSKBf die apprit qu'elle alkat revoir son épdtil , et^tfB^y i*ecouvrànt là liberté l'un et raatre , Itf^bietifeîsance d'un inconnu >
d'un étranger , les réunissoit pour jamais !
Yenescy lui dit YayocaH, quittez cétta demeure affreuse , qui n'a que trop longtemps retenti des génûsseinens de l'innocence ; venez que je dépose eintrè les bras d'un père et d'un époux , deux objets^^si cbers et si touchans ; mais^ contûiu&rt-il^^ vous ne pouvez sortir en cet indigne^ 4w$ j'ai tout prévu, vous trouverez daiM^ee, paquet tout ce qui peut vous être xiéc^aire j^ habillez-vous pendant que j'irai» chez le concierge pour lui montmr mon çrdre, et dans un quart d'heure je reviendrai vous chercher. A ces mots , il sort sans attendre de réponse. Cependant Blanche ouvre le paquet ; elle y trouve du linge et un babillement complet, dans lequel rieA n'étoit oublié ; elle mouille de ses larmes ces gages précieux d'une bonté si délicate et si at-r lentive , et son ame j rouverte au bonheuri s'enivre avec délices des charmes de la re- .connoissance.
L'avocat revient ; aussi heureux , aussi ^ijf^Xx que Blanche > il lui prçsqfn^e une |iiain tremblante, et l'aidaût a p6T^ son fiifor^ )\
ET THEODORE. au
l'arrache avec traQsport de ce lieu d'amertume et d'horreur ; une voiture les attendoit , et bientôt les conduit à la prison de Saint-André. On les introduit ; Blanche y serrant son fils dans ses bras ^ court se pré-' cipiter dans ceux de son époux ; ils éprou- Terent , dans cet instant j tout ce que l'amour et la joie peuvent inspirer de transports à deux cœurs passionnés qui passent subitement de l'excès du désespoir au
comble du bonheur L'avocat, debout
vis à vis d'eux , contemploit avec ravisse-^ ment un spectacle si doux j il se disoit < Voila mon ouvrage ; et sans doute il n'étoit pas le moins heureux des trois. Tout à coup Blanche s'arrache des bras de Saint- Andréa et vient tomber aux pieds de son généreux libérateur. Voilà ^ dit-elle , Tange tulélaire, le dieu bienfaisant qui te rend ta femme y ton fils et ta liberté Elle ne peut poursuivre > se» sanglots lui coupent la. parole. Saint- André s'élance et se prostpcpe à genpux à côté de Blanche : Ah I s'éf; ria-x-il > mon cœur, depuis cinq ans , enviçnimépar la haine y abjure en <cet instant eula«colèT£if ^
if) ADELE
ht vengeance ; la reconqoissan^ë et l'amour vont désorniAis Foecuper tout entier; pm^ * j'oublie mes infortunes et mes perséeuteurs^ )e renonce au tourment de hsAr, et je cou-' sacre k jamais tous les sentimens de mon âme qux chers objets qui me soM rendus^ et 9u plus gâiérenx de tous^ les hommes.
Depuis eecie scène touchante, le reste de la Tie <ïe Saint- André n'offre plus qu'un long enchaînement de malheurs, dont je ne dëtaillerai que les feits les plus intéressons. L'avocat, son bienfaiteur, le reçoit ch#2 ^i, l'établkavec sa femme dans u}iemais€)ii de campagne : là , Saint-André vécwt paisible l*espace de deux ans ; occupé de Tagricullure , ses soins et son industrie doa« blèrent presque les roienus de la terre^ et lui procurèrent le plaisir de pouvoir être mile a son généreux ami. II fk plfcrsieurs tentatives pour rentuer dans le service;* mais toujours iravenjé' parla haine active et con^fante de M. deVHmore, il n'y puty réussir; il eut lé màlfréthr deper^îrè son fils^ et peu de temps i5piiès*j-ibîl^bienfôîteur, son uniqtie et seul îf)>fyt*î;Acc?â?blé*de douleur, il s'éloigna de
ET THEODORE. %i\
P»rb avec sa femme, et por i a sa misère el sie» ehagrins au tood d'une province reculée f résolu d'y vivre , inconnu, du Iravaildeael mains : ce fut en Auvergne qu'il fixa sa destinée malheureuse ; ses takns. pour l'agri-!
culture y son courage et celui de sa fefnoia leur procurèrent les moyens de subsister; ils se mirent l'un et l'autre au service d'uu ricbe fermier; Saint-André cultivoitia terrei tandis que Blanche , employée aux travauii de la maison, surmontoit, pour ces en^lois grossiers, et son dégoût et sa délicatesse.
Six ans s^écoidèrend de la sor tef Saint- André eut plusieurs enfans , illeur donna une édur cation conforme à leur état, et s'aecoutoma hn^méme à ce genre de vie laborieux, maôs tranquille f enfin, il parvint à se rendre pos-? se^euir dUixa petit ebajup qui pou voit su£ve^ en Ie.cultivant,à la subsistance desafannlle; il s'y retira, et pendant dix ans, il y goûta tons les^ charmes de la paix et du bonheur.
Content de sa fortune , il QubKa , daris^ les bras de sa femme et de ses^ en&](iS(, te* sort si difiereiit pour lequel il semblait név Ua
éféniemem inattendu vint détruire l'ouvrage
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du temps et de la raison , et le replonger dans un abîme affreux de peines et de malheur. M. de Vilmore, attaqué depuis un an d'une maladie lente , mais mortelle , sentit quelques remords de sa conduite dénaturée envers son fils: sur le bord du tombeau ^ sa conscience troublée lui avoit fait aavisager avec horreur l'instant redoutable d'une destruction prochaine; la religion^ si consolante lorsqu'on a bien vécu , ne peut qu'ajouter encore à la terreur secrète qui l'accable ; en vain il veut s'affranchir du remords déchirant qui le poursuit ^ il touche au terme où l'homme le plus pervers n'a {dus la pernicieuse faculté de pouvoir s'abuser lui-même ; la vérité , si terrible aux coupables > vient malgré lui l'éblouir et le confondre. •• Enfin ^ il se décide à prendre des informations sur le sort de son fîls ^ il en parie à son intendant ^ et cet homme ^ plein de probité et d'intérêt pour le malheureux Saint- André, après beaucoup de recherches inutiles , parvient à découvrir le lieu de sa retraite^ et lui écrit cette lettré :
a M. de Vilmore se meurt , il vous dé-
ET THEODORE. ai 5
» sire> et son cœur oppressé peut serou- }} ivrir encore k la tendresse; n'hésites pasy » volez* dans les bras d'un père qui se re^ D proche chaque jour toutes les infortunes » dont vous avez gérai; venez , il en est » temps encore 'y profitez des niomens où D les vains désirs de Forguéil et de Fambi* » tion s'anéantissent. •«• Il voudroit vous D voir , mais n'a pas le courage de vous » demander; il est entouré de vos ennemis )) qui dévorent déjà sa dépouille et la vôtre. » Je vous avertis de. ses dispositions se- )) crêtes; paroissez.^ conduisez à ses pieds » votre famille malheureuse ; et vous re- » trouverez tous vos droits f mais hâtezy> vous^ tout dépend de votre activée et de » votre diligence. :» . .;
..Saint-André . n'hésite pas, J'intéqêvde sesenfans l'emporte, sur ses pressentiment et ses réficjxions ; il vend à vil prix son petit enclos; et part avec sa famille. En quittant ce lieu chéri, un mouvement confus le force à répandre des l^arm^es, il regrette son humble chaumière, et ne peut s'en arracher qtfayepfln gentiment in»prîmaWe de trQu^
ai« » AÏ)ELÉ ■
ble et dé douleur, PouPiarrivcr plût pronapM. teiileim^ W est ôbKgé d'acbéiêr une Toîtcrrej depreiidre la poste^ et ks frais du- y^yâg« comufu^rent presque etifièremem le fruit do teizo ans de itârr aux. Enfin il découvre t'es murs de Psiris^ et bier^tôi Fhôtel soiujf^ tuem de son père. A cette Vue, Blanche se jette dans ses bras : Voife don«^ lui dit-elle, le séjour oh vous auriez téeu sans moi, et vous pouTtez regnîtter celui que nous qjuîttona ... ! Saint- André pleure et l'embrasse, et ce moment ,. qui retrsfçoîf aux' yeux méraé d*tln objet qui savoit ii bien en connoître lé prix, des sacrifices qu'il n'avoit jamais reprochés , ce moment si toueliant et si flatteur fut pëut-éht*e uri des pftis doux de sa vie. Mais , Hélas ! quellçpâccabîatite houvdle lesàltendoit... I Uofficîeuxnûtendant de M. de Vilraore coùriit au devant d'eu»
étÏBur apprit que la veillé 3 avbit instruit son maître de leur prochaine arriyeéi' tnais que cette nouveMé n'avoît pir tèrttiiner surle-champ ses incertitudes; qu'il avoit passé utte nuit aflVéâséf i quefematîn , se tentant i l'ëxtrénûlé;il1àvoil^èiiHaïïemandétiùconfb*
seur^ et qu'après deux longues conférences^ il s'étoît déterminé-à faire un autre testament, «c Tout jusque là vous étoit favorable , '» continua l'intendant; le digne curé , au- D quel il a donné sa confiance , lui a parlé )) avec tant de force sur ses procédés avec » vous 9 que M. de Vilmore, pénétré de )) crainte et d'effroi^ n'a plus balancé a en- » voyer cbercher son notaire; mais un ins- » tant après votre courrier étant arrivé*^ et D annonçant que vous alliez paroître dans » deux heures, M. de Vilmore éprouva un )) saisissement qui produisit en lui la plus ]> fun/este révolution ; il a perdu au même » moment l'usage de la parole, état d'auy> tant plus terrible pour lui , qu'il a cony> serve toute sa tête et toute sa connois** » sance : enfin, continua l'intendant , il sait D . que vous êtes ici , il témoigne le plus » grand désir de vous voir ; le médecin )) dit que votre présence peut opererencore » une nouvelle révolution, et lui rendre la » faculté dont il est privé; venez, monsieur, » ne perdons plus de temps. » A ces ÉoùtB, Saint-r André , suivi de sa famille , vole à II. 10
31 3^ ADËiE
lapparteroout de soa^ père. M. de Viimore^ en le voya^ emrer^ l#va leâ yeux aiîi ciel y et )ui texuHt )e« bra^^ Saûstf^Andr^ conçut se preçip^leç igei^ous; dbnmu son ilt; M* 4»
yîli^Q It re^àf^:9i\^Q Veaqptessiûa la phis.
|iialLh<éû^UAA ^ h u&mc cb- SâiniK André échappe de. m boucha» .Soa aouCusti»
aocawt : «i 7^^ un effort^ liû crî&KtKÎl, 3ÙL ¥Olre DKPM^ efll là ;. esieoffe wi mot, ni» II. a€^ méoik pOHr«<^U asaiirer Je aort dW ]| iipfoptiii^ cpie; votRe aiknce et voire 9. miort y^U coMbiMier poaar: jaBiasa à la 9. muèrc^ la pluf» aJSîrouâe: ; denraa^es. à )». Dieu, h 9àGG 4et pourvoir cépacer^ dtana «L Q^t d^imip< ]»aipaeiib q^i irous lests^ les il pw3^ cpA soiiiiiJSeriieS: rinDooeiiOBv»»f u UQiEWQerawitepnèDejûj«Bieet:8ti)euH ^. c^hMiMM.fi» ^ A w$i uu;nb]ef parofesi^ UU de^Yibnai^ ^itot fea oraina» lesélpvt v^i;& la QÎdit ^ QWi^ WbeKicli%.paBCitt.T9i>« Im pi^idiefi j(mai^ n<Q pjQi»vaiyr aetioskr qua des^SQO^ eirtreeoupéiiel^ Cânftis^ la dookart^ X^ojt^ h remorda se peig^nent sur son» y»»
Htlgç^ftaaia^braa ae iXRdisaeiiA^ilft pâleur du la jnotot coovjre wvl from ; fo confesasnr mol
ET TH£O0ORE. «i^
màoaMi tin crucifix^ le maUieureuz aMrjttl y ^ar^ p«r la rdge el pur lé dëseswr^ :jellQ mi affirèum reg;ard sur son fil», st^ CDiiaidéiiiiA d'un air mûaire et farou* jb^leorndât qa'ott kdprésaoaey il le re* [iMsae e» frémîssaiil^ dt dan^ce momeii* ttlme la plu* eflrayaaie etmvulsion teraHe. esfifi aa vie. Mort terrible , ëpounntaiUey doni; 1^ seule image fcit fris»
lomaer dliorrenr; leçoiir à jaitiais utile et aan aot aiU e, s'il en est pour les pères capa-lies de bafir et d'abandennep leurs tn&oks.
l ■Éonnit aans: arvoir fait auQifiule disposiien. en fiveur de Saint- André ; on ne rouira que Bs testament que sa haine avoil igOÀ: nûAy ses krësoluttona et êea re^ iDpd» tor p' lerdifii ne servirent qui.'» rendre ifiti pkia douloureuse ei plus funeste ^ et e pcreot changer lé: sort de son malbeU)'»
mmSkÊL
Cependant Sainte-André^ mSUe fois plus -
plaindnr que jaflaoaôsy comiok en frév-
MMUit toute Vëtendva de» maux cruebi
b ce damier reveBSi le livre.. Il loi itntoit
H d WOiqDdq ue ai|fef t^iUmwuneHdMMn]»»
22<> ADELE-
dans un feiibourg éloign^/el s'y iwit^ avec sa famille poyr y réfléchir^ au moins duram la nuit^ au^rti qu'il pourra prendre.
Ses enfansy fatigués du voyage^^et trop jeunes encdtie pour ressenûr les tourmensde l'inquiétude 5 bientôt s'endorment ëc jouissent paisiblement' du plus profond repoa. Une triste lampe éclairoit ce sombre réduit ; Saint- André, muet, immobile, l'œil égaré, la démarche incertaine, se promenoît à grands pas , et tous ses mouvemens déceloient la violente agitation de son âmeT Blanche , jusqu'alors absorbée dans sa douleur, le regarde, frémit,, et courant se ^eter à ses (ûeds : Ah ! malheureux; lui dit-elle*, dans quel abîme: vous ai'je entratné ! Sans moi, sans ce fatalamoar qui* cause aujourd'hui votre ruioe, vous seriez beureuit, et celte vie déplorable se* roit aussi fortunée qu'elle est affineuse et. flmeiste • ; / Mais si tu ' m'aimes^ encore , ton courage ne t^abandonnera pas ; qu'il se ranime à Ja voix de taifemme, à la .vue:de tes en&iisl.. iMes. enûuas , reprit Saim-^Aar dré,. ix]eàjenfAn««ttJ!£Û:^ auppftffer >%fLi wr
sère et la' mienne , mais ces infortunés otit- ' ils ta raison et ta force...? les voir gémir et se plaindre ! non , non , il vaut mieux. . . A ces mots ,. il s'arrête , il va tomber sur une. chaise à l'autre bout de la chambre.
O ciel ! s'écrie Blanche épouvantée ^ que me faites- vous entrevoir , et quel affreux dessein»...! Elle n'en peut dire davantage , ses sanglots lui coupent la parole ; Saint- André se rapproche d'elle , et d'un air soi^bre et farouche : Crois-moi • Blanche • lui dit-il^ sèche tes pleurs^ nous avons assez supporté la vie j notre tâche, est remplie , mi jnoment peut nous soustraire à tant d'hoiTeurs, et mon courage t'en donnera l'exemple. A ce discours terrible, Blanche ranime et rassemble toutes ses. forces , et d'une voix ferme : Qui! moi,s'écria-t-elle, j'outragerois ainsi et le ciel et la nature ! : j'abandonnerois mes enfans ! je serqis à la fois impie et barbare. Ah ! je ne suis qu'infortunée^ l'innocence me ijeste , je puis tout
supporter Oui ^ si tu me:Condamnes à
l'horreur de te suivre. , j'auf aï le courage d'essayer dy.moiixs de^prolyoger çnçcM^e une
ADELE
si déploraMe existence... Je Tifrâi tes enfiins»..^ ces en&ns malheureux tu Teux tnAiir et livrer sans ressources maux que tu n'as plus toi-même la d'endurer..7'. A ces mots^ quelques h s'échappèrent des jeux de Saint-Andf sa femme» le voyant attendri^ saisit oc stant (âyorable pour achever de le toi et de le ramener à la vertu. Saint- Ai rendu à lui-même , reconnoit son é ment^ le déteste et Tabjure : il eoi enfin que la religion , l'honneur et 1 ture lui prescrivent également de y mais son corps succombe à tant d'à tion ; une fièvre violente s'allume da veines^ et bientôt le conduit aux por trépas. Blanche se trouve alors rëduil derniers excès du malheur : d'un côu époux mourant; de l'autre, ses enft] fortunés souffrant toutes les horrei froid et de la faim. Dans cet état , él voque lé ciel , et lui demande de ter enfin , par ùii même coup , Fexisteiie loureusë de tant d'innocentes victinii matin , "daprès du Et de Saînt-Andr
ET THEODORE. m)
msidëroit «on yisage défiguré par les omrc0 de la mort ,ei$e rappeloit ce temps s sa jeunesse où ^ dans une situation à m près semblable elle^ avoit éprouvé les remièreB impressions d'une passion depuis fil taie à tous deux ; ce souvenir ranimant tendresse plus virement que jamais^ elle Ut ane des mains de Saint-André , et a¥03ant de larmes : O cher époux I lui ditle en se jetant à genoux , peux-tu me parliliier les tourmens dont mon funeste
Mmr empoisonna ta vie ? Ah I reprit
sint*^ André , mes derniers momèns sont Xheox^ sans doute : je tè laisse , avec mes ifiths^ au (Comble de la misère ; mais s'il ifloit recommencer une carrière si triste :\& pénible^ je ferois encore pour toi lous
s sacrifices Conmie il âchcvoit ces
lOts , la porte de la chambre s'ouvrit tout
<Mi|>^ et le spectacle le plus inattendu va ïfft les yeut et l'aitëntion des deux malinireùx époux . Une jeune femme de vingti)Atre, ou vingt-cinqansi d'une figure charlante, paroit ^ s'avance d'un air attendri^
a24 ADELE
et s'arrête auprès du lit de Saint- André*; ,une petite fille de sept ans la tient par là main. La dame renvoie ses gens et fait fermier la porte ^alors elle s'adresse à Blanchei et f d'une voix douce , lui •demande son nom : Blanche^ interdite et confuse^ hésite et se trouble; Saint- André, malgré sa foiblesse ; fait un effort, se soulève , pt explique en peu de mots sa situation. Je vois, dit ta dame , qu'on ne m'a point trpnipée j faâ^e le ciel que je ne sois pas venue trop tard I Et vous , ma fille , dit-elle en se tpumant vers son enfant qui pleuroit, regardez ;)>ien cette chambre et les touchans objetsiqui la remplissent , qu'un tel souvenir jQe aorte jamais de votre mémoire ; tenez , çontinuat-elle , allez déposer cette bourse sur le pied de ce lit; approchez-en avec respect : on en doit au malheur; ne l'oubliez jamais, et ren-
^, On n'a fait ici que mettre ea action. If admirable tableau de M. Greuze , gui représente la dame de charité. On n'en offre, il est vrai , qu'une bien foible esquisse; mais l'original ^st si beau» que la copie la plus imparfaite paroîtra toujours intéressante*
ET THÉODORE. saS
dèii^iftmi ^âxgae un jour de Femplor Àcré dont je vous honore. ,
'Vous désirez sûrement savoir quelle étoît cette charmante et ffënéreuse inconnue ?
EUe vous intéressera bien davantage^ lorsque vous apprendrez que c'étoit madame de Lagaraye , dans l'éclat de sa première jeunesse f avec cette même enfant qu'elle perdit depuis ; cette fille unique qui mourut à quinze ans, et que de tels exemples et une semblable éducation durent rendre justement les délices d'une mère si vertueuse* Pour revenir à Saint- André , M. de Lagaraye^ en apprenant son histoire, fut si sensiblement touché de ses malheurs, qu'il lui offrit un asile dans sa terre; et par la suite il le plaça à la tête de ses nouveaux établissemens, que Saint- André a dirigés pendant six ans entiers. M. de Lagaraye se chargea du sort de tous ses enfans , et enfin il a couronné tant de bienfaits par le don d'une charmante maison entourée d'un potager inunense. C'est dans cette agréable retraite que Saint- André voit couler dans un doux repos une vie jusqu'alors si traversée; c'est
t^ ADELE
}à que les louanges de monsieur et de dame de Lagaraye retentissent à i heure I et que leurs nomsrespectablesj ces sur toutes les murailles^ sont céléb chaque instant du jour par la voix c|u liment et de la recounoissaoïce.
ET TIIËODORE. 127