‹ Adèle et Théodore, ou, Lettres sur l'éducationChapitre 25 sur 43 · LETTRE XXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXV

he Baron au vicomte de Limours.

Enrnf ^ j*ai joui ce matin du bonheur ifadinirer de près l'objet le plus respectable et le plus inlëressant qui soit peut-être sarU terre. Depms trois jours à Legaraje^ j'ai en le temps de mlostraire d'une mamère bien approfondie dt tout ce qu'il a fait : jedésiroiSi ayant de le voir, le coDinottre parfaitement par ses actions; je voti» lois surtout que mon fils ayant ce momem> qull souhaitoit passionnément ^ apprit ayec détail à quel point M. de Lagaraye méritmt son admiration , afin d'examiner ensuite ^ i la première entreyue^ l'impression que prodniroit sur Théodore la présence d'un homiiie si extraordinaire : ce n'etoit pimit assez pour moi qu'il ytt M. de Lagarayeayec attendrissement : je désirois qu'il ne put en approcher sans transport ^ et je

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îue disois : a Si Théodore n'est pas D de lui en apercevant le bienfaiteu » Saint-André, et Tauteur de tous let D blissemens que nous ayons vus , je D busois, mon plan d'éducaiion ne » rien , et je n'ai rien fait dont je i » m'applaudir. »

Ce nu^tin, mon âls, éveillé pas soi patience , s'est levé avant le jour ; ei habillés c^t rasseoies à six heures^ , e , dés par Saint- André, nous soyons p chemin du lieu qu'on i^ppc^e encpn par habitude, le Château : il esta un, de lieue du village , et une superbe a^ de vieux orgies y conduit. Adèle et*] dore, qui sont naturellement d'aune e^l vivacité , se tenoient paisiblement pr nous , en gardant un profond silenci lieu de s'agiter et de parler sans intei tion, comme ils font toujours .quai sont animés par quelque chose d'int salis; c'est qu'ils étoient véritablemé) nétrés : un sentiment ordinaire s'exj par des mouvçmens vifs, et turbulensi une impression profonde produit tov

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une espèce de saisissement et nh recueille* ment qui rendent également sérieux /attentif et réfléchi. Nous étions tous à pied | et^ au' bout d'un demi-quart d'heure de marche; nous* apercevons au bout de l'avenue un château dont l'architecture élégante et noble annonce la grandeur et la magnificence. Ici^ Saint* André nous fait arrêter un moment. Cet édifice somptueux, nous dit- il , fut l'ouvrage du père de M. de Lagaraye ; la vanité en posa les premiers fondetnens^ et ne dut pas prévoir à quel usage il serviroit un jour : comme le logement en étpit immense, M. de Lagaraye n'a fait qu'en changer la distribution suivant ses desseins; c'est là qu'il réside, et c'est là l'hôpital des hommes : tournez les yeux à droite , et vous verrez un grand bâti- * ment neuf, simple, dépourvu d'omemens, c'est l'hôpital des femmes ; il* fut construit par'Ieij OTdres de M. de Lagaraye. Connue Saint-André achevoit ces paroles , nous pré^ cïpitohs nos pHp , et bientôt nous touchpns enfin" aux portes du château. 11 étoît sept heures du'mâtin; un portier, revêtu de gris,

nous clemande nos noms , et nous laisse enirer • Nous traversons deux graadm goocs iomiiensfiscj ei nonsi arnrom ain Noovpi 4e logis. Qb flous diic^iiaM. de(Lag^r&Je•€^ dsus la. chapelle > oa Ton va diisala messej^ ei IW BOUS ; eonduie. Saîntr^Asydré noui jwtfriaiit cfu'il ne noue présemieia. à M. de Lji^Fa;ei<{aeloissqu'iisortira dala chapeUe* Nous eulronsy oa noms place près de la porte sur un baux; qpl se trouva vide. Vous ima^^z bien, avec ({uelle avidité j/e promexm rm^ regards^ po«r renfiontjper et tA^ cW de focoufiottror Mf de LagpEPajje. Sain^:

André me dk tMit bas.:. NuBe pUce^) nuUdr (tion.tKe vouele.lera]?eQiar<{ubers maî^ pouve^l le voirj^ eherçbei el darâi^a*' Siaps^cet, ÎA^tant^ je jiette* Lef yjsux. dur nioA» fife f( et I j^ IWoiue! ) l^i seirf ,fixe ttion atteati€fn^;,iirétoît<deboiitstir la.pointe des^piedeji kf eoa aUongé ^ 1» boncho: entr 'ouvetce^ sth pespu^ation^ pareisâoil2 difficile et préci|^tée'^i et daneoeUa.attiiude, ses regfirds ,. ». rou^ §ewp, les raouvemensde sa tête jr tout pei«»

gjfUM sa' cunosité et la plus vive émotion.^ Uy avoitdans^Ia<}bapelle| sans-nouecomp^

ET THBOOOIŒ. ait

HMriroii dinquanie personnea; les un», wmhAfn ooovalaficoiis ^ et ka oatuei, loiD0ili^ites 00 de& ouvriers ^ xbaî» tow friimfûjrmeinent d'une bcwe grise i pitH eé grossière ; il étoit assez difficile dis SLm M* de Lagaraye, babilla eomme le mowle, et plac^ au iMsard. Tom à i.iMMi iik mè saisit le bras avec traM« \^m^ flfécviant ; Regavd^z, levoilji , c'est rfU'^aEient.*^. U me momure un bomnie m figwe nol>Ie et tociehante ; ^neîqiia ige 9e fkrùi pas avaacé , de longs ma UaMs couvroîent se» epedLes^ et mwWi son ¥Îsege ua air TenéraUe HOpprîmiAt lerespeci^ soDveeueilleBaeDt is^ fHeie le <UstinguQieDt^ et tous les K ëtoient teucnÀ vers luL.... Oui, c'est '. me fëpetok mon fils, Toyez comne tê tous les regardà...l Eneffet, lWo«- «nese troBqpoîft'pa», et voilà sans doute iwls traii;s M. de Lagaraye mëritoit ire reconnu». Lsi messe finie> tont le 9<)e ce lèvej on- fait place à M. cfe- La- ^^ ei il sort, suit» de la fiiqbi, cpâ le «1^ .Alors Saint«^ AndreTabordc^ luiparlè

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basj llnstruit du sujet de notre voyage > et nous présente; U nous reçoit avec une politesse remplie de douceur et d'aisance , il nous embrasse, DainviUe et moi , et se dis* posoit à accorder le même honneur à mon fils; maià Théodore , emporté par un mouvement .qui me pénétra de joie , met un genou en terre , et lui baise la main, qu'il * arrose des plus douces larmes qu'il répandra peut-être jamais.. •• M. de Lagarayjs, surpris et touché, le relève, le prend dans ses bras ', et lui demande le motif d'une action que sa modestie et sa simplicité l'empêchent de comprendre. Madame d'Almane , prenant la parole, se charge de l'explication.

M. de Lagaraye l'écoute avec un air serein et doux , il embrasse mon fils , et lui dit : c( Je ne mérite pas d'être admiré , je me i> satisfais ; le genre de vie que j'ai choisi )) fait mon bonheur, et vous ne voyez en » moi qu'un ihomme heureux. » A ces mots , il se tourne vers nous , et nous propose de nous faire voir sa maison ; il nous guide lui-même , et nous conduit d'abord à l'infirmerie; c'est une pièce imm^ise,

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qui-60Xltient soixanterdeux lits; l'arrange* mieal en est d'une propreté et même d'une rechercl^e qui surpasse. tout ce qu'on peut en imaginer..Ce fut pour nous le speclacie le plus touchant de YO^r. M. de Lagaraye parler à tous sq$ malade^ d'ivpe, m^nj^rc affectueiose et consolant^, et de les eiitencire le bénir et le remercier avec les ei^pressions de la plus vive* et de. la plus tendre recpnnoissance. Au son de sa voix, nous vimes tons les rideaux s'entr'ouvrir, et toutes les têtes , dans toute l'étendue de la salle f se soidever et s'avancer pour jouirdu bonheur de Je voir. Il me parut alors une divinité qui. daigne descendre dans le temple où on l'implore pour venir y répandre les grâces et les bienfaits. Il y a dans cette salle quatre , fenêtres, en verre de Bohême^ deux grandes portçs et; deux cheminées. Comme j'admirois sa. grandeur et sa régularité^ M. de Lagaraye me. dit : Ce n'est point mon ouvrage , je l'ai employée telje qu'elle étoit. Je ]|ui ;.témoignai là-'dessus ma surprise ^ n'imaginant pas à quel us^ge elle ^voit pu

servir autrefois. U me répondit simple* IL lût

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SDcnt : Oëtùit une salle de coméîHe/ je Tai choisie pour mes malades, comme te lieu le plus spacieux , le moins humide et }e plus sain. Ces mois, mon cher incomtè ^ c^ét<Ht une saHe de eomécHel quelle foule de réflexions ne me firent-ils pas natirel Une salle de eouiëdie changée en un hô-

"pitaF^'lIoéllè étonnante métamorphose. ••!

■ Cet hônime qui me parloit ^ vêtu d'un sarirèau dte toile, entouré d'objets tristes^et dégoftlans,7e me le rèprésentois tel qu'il étoit jadis tïans icc même Keu, occupé des plaisirs les plus délicats et les plus doux , an milieu d^une société brillante et nombreuse , et je me disois : Ce n'est vraisemUablement que l'enthousiasme d'une tête ardente ^ ou la passion démesurée de se faire un nom célèbre, qui purent le dedder d'abord à tant de sacrifices; mais sa silmpfiehé, son air calme, modeste et paisible, n'annoncent ni le fanatisme ni l'orgueil; je ne vois en lui qu'un sage heureux et bienfaisant. Se pourrait-il que des vertus si douces eussent seules produit des desseins si vastes et une conduite si eitraordinairc ! Ces idées m'oc-

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cufX)îent profondément^ et je desirois avec pBsîoii qa'ime contersatîon pftrtiûulière pàt me ftiire eonnoitre^ s'il ëtoit possible, 01 son système et ses senthnens secrets.

Cependant nous sortons de rinfirmerie-; If. de Lagaraye nous conduit au logement dé PapOthicaire^ qu'il nous présente comme tti homme distingué par son mërite et son instruction; on trouve là une pharmacie complète et disposée ^ comme tout le reste, iirtt oi^re et même élégance : de là ^ M. de LÀgaràje nous mena à l'autre extrémité de la itoaisoii, dans une pièce trés-Vaste, aatre- ÊMS nù ;^c^rbe salon; on y voit encote ime boiserie peinie en blanc de doreur^ et par-r bitement bien sculptée ; cette salle est remédie de petites tables H banquettes placée»

Kef unes contfe les autres , autour d'une eispèce de chaire asse^ élevée , et posée dans te milieu de la pièce. C'est ici xm salle d'écote , nous dit M. de Lagaraye ; otx y en- Ééigne à lire et à écrire a tous les petits gar^ fens du voisinage , depuis dix heures du Étafin jusqu'à midi, et ààtis Vêftèshâiiiet, dtepirn trois fusqi/à quatre. £n outre ^ f y

vieps chaque soir > à sept heures^ lire à tous 003 enfaiis une instruction^moralé que j'ai composée et fait imprimer pour eux.

Cet ouvrage est en deux parties; la pre« mlère, pour l'enfance; la secondé, pour la jeunesse ; et madame de Lagaràyé, de son côté , a formé un établissement semblable pour toutes les jeunes fîUes du village.

Après cette inléressante explication , M. de Lagaraye nous propose de nous faire voir son appartement, qui consiste en ime chambre à coucher assez petite^ un cabinet charmant, une bibliothèque et un laboratoire. Vous voyez, nous dit-il , quelles sont mes occupations : dç la lecture , de la chimie, l'étude de la médecine et de la botanique ::.Y9i)^, mes délassemensj et je puis

vous protester que, depuis douze ans, je

n'ai pas éprouvé un seul instant de vide et d'ennui. Saint- André s'approcha de moi, et me dit tout bas : Vous faisiezr-vous une idée de tout ce que vous voyez? Non , assurément, lui répondis-je : pour le bien juger, il faut le voir et l'entendre; il parle de

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tout ce qu'il a fait^ avec une sîmplicitë qui semble en oier le merveilleux; on est tenté de croire > en l'écoutant^ qu'il seroit facile et doux de l'imiter; je ne vois en lui qu'un sagej qu'un philosophe; mais cependant je vous avoue que je ne puis accorder les sacrifices inouïs qu'il a faits avec une télé froide et une imagination si peu exaltée.

J'avois prévu votre étonnement, reprit Saint- Andréa j'ai voulu vous laisser le plaisir d'apprendre de sa bouche y par quelle chaîne d'idées il fut conduit à ce point de perfection auquel en effet il seroit impossible d'arriver sans une piété véritablement sublime^ et quand vous serez instruit de cette intéressai^te partie de spn histoire^ je ne. doute pas qu'une teU^ çpiuipîssilpc^ n'accroisse encore votre ^ admiraûc^ ^ W faisant cesser votre surprise. iCppuq^ îji achevoit ces mots^ M. de Lagar^ye s'av^nçf vers nous : Il est neuf heures, me dit-il, voici le moment où nous nous rassemblons pour déjeuner; ijçudriez-vous être de la partie..;.? Dans cet i/istant^ une femme vêtue de Fujoiforme de Lagaraye entre

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