‹ Adèle et Théodore, ou, Lettres sur l'éducationChapitre 26 sur 43 · S . . A1)EL£ - J · texte numérisé non relu

S . . A1)EL£ - J

dans la chambre et nou$ aalue; M/ de La* garaye ya au-devant d'eUc > TciûIiRaas^ vont de?ine£ bien que c'ëtoic madame dé La^ raye. Oh nous présente ; elle noua Reçoit avec cet air de politôssq et d'aifsaace i^i le» caractérise l'un et Taïutre i et, dëjà préveâué par la femme de Saiiit-'Aiidr^ , elle tétiioî^ gna, dès ce premier zBomenft^ une atmtié èingtdière à madame d'Almade et à madame d'Ostalis. Elle est encore dWe Ijeauté rë-^ gniière et frappante^ et surtout d'iine fratehetif extraordinaire à quàrânte-sept ans^ sa pbysicmomie est égafément douce et gaie ; elle a dans s:i personne ^ektne chose de M noble et de st distingué, que son hal«illfement grossier n^a Y^t que d'un dégmpêtîkfiÀ : >éllé ^t vive, franche > dâ^non^tra'- ^e^ pàiUMe^y et àiet xxàe action et' mie lébSlëâi^i mma rii^têrét, fitem Pattenlicflf, et dtfenwït à ^a manière de s'etpri* Bfter' trti tour singtrfîei*, qut, dans'toate autre jicrtomie , paràf trait de f emphase et de l^aflectation, mai^ qtriy tenant à: son caracH <ère, n'a rien que de naturel; et rend sa eonversatio» égaîemerit afmn<?p, agréable

ET THEODORE. aS'j

ti âUâobânie. Elle admire son ràsn, €t elle l'aime avec ono passion qui ya jusqu'à l'enthousiasme; dk ëcoule avec avidité cl transport tous les éloges qu'on lui donne.

Au bout d'une demi-heure , je jugeai tout cdûp «t je compris fiMsilement qu^aimant autant M. de Lagaraye , avec ime tête vive , elle s'éloît laissé entraîner sans peine à tout ce qu^ avoit pu lui proposer f mais M. de Lagaraye étoit encore une énigme pour TDùi, et cliaqne instant a joutoii ii ma curiosité. Cependant on vint nous dire que le déjettner éuÀi servi; l'appartement de M. de Lagaraye est an rea-*dtt-chaussée ; il nous fait passer dans un petit hosquet de plainpied î son cabinet , ou nous trouvons une taèlecbergee de fruits et de laitage ; dans ce noomént arrive $a société , composée .de ses deult chmirgiens^ de ouré de Lagaraye, de Blâttche, ftmntè de Saint- André, et du chimiste qufe nous avions déjà vu. Voilà, nous £t M. de Lagaraye, les compagnons de noire solillKkf leur esprit, leur instruction, et surtout leur amitié, font^ depuis dix ans , le charme et ht douceur de

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notre intérieur. On se mità.table^ la CQQ* versation devint générale et fut .également agréable et gaie. Le déjeuner fini 9 on npus proposa une promenade dans Les. jardips > qui sont tous en potager, à l'exception d'une grande allée de marronniers. La dame de Lagaraye prit la parole , et nous faisant remarquer la beauté de& arbres et des fruits :

Tout ce que vous voyez y nous dit-elle f ces utiles productions sont l'ouvrage de M*. de Lagaraye; ces quinconces! d'arbres fruitiers étoient jadis des bosquets de roses et. de myrtes; ces .riches espaliers étoient de jasmin et de chèvre-feuille; ces vastes champs de légumes formoient des parterres émail- . lés de mille fleurs ; ici ^ l'on s'égaroit daos les détours d'un labyrinthe ; là ^ d'énormes charmilles s'élevoient jusqu'aux nues; partout la nature inutile et contrainte ne pré- . senioit aux yeux que les vains , chefs-d'oeuvre de. L'art. Une main sagç et bienfaisante a détruit ces frivoles monumens du luxe p j: faits pour, la mollesse. et l'oisiveté. Les jar^ dins d'Armideont dispar9^ ils ont fait plaça r. au séjour delà paix; de l'ordre , deTabon:

ET THEODORE. a4i

daiice et du bcmbeur^ séjour enCn digne du matlre quiThabite. Pendant que mada* me de Lagaraye parloit^ j'admirois le feu de 8e9 r^ards et les mouvemens expressifs et taries de toute sa physionomie. 11 faut eouyenir 9 mon cher vicomte , que les femmes f lorsqu'elles sont véritablement sensi* bles 9 l'emportent sur nous par une délicatesse dont nous ne sommes pas susceptibles :

elles ont une certaine finesse qui les fait jouir rivement de mille petits détails qui nous échappent ; leurs oi^aues plus flexibles les rendent capables d'éprouver, à la vue d'objets qui ne font sur nous aucune impression , des mouvemens passionnés que nous avons peine à comprendre ; elles ont une manière d'aimer qui n^appsfrtieiit qu'à elles, et celle qui proposait à son'amafnt prêt à s'éloigner, de regarder toutes les nuits la Inneà la même heure , se ftisoît sft-^' rement de cette convention une idée défideusej je suis persuadé que cette heure fortunée la consoloit de toutes les peixtes

duîoiu- Les tidismans, les chiffres, le»

bracelets de cheveux , toutes ces imagina- Il II

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lions délicates viennent d'elles^ tandis quQ nous , capables de leur sacrifier notre exi3tence, et même trop souvent notre ^loirej nous attachons peu de prix à ces petites choses qui les charment. Nos passions- ont peut-être plus d'énergie et de profondeur; mais leur sensibilité, plus facile à én^ouvQirj plus détaillée, plus continue, leur procure sûrement des jouissances qui nous sont inconnues , ei un bonheur préférable à celui que nous devons goûter. Je ne vous fais point d'apologie, mon cher vicomte, pour cette petite digression; vous aimez assez Iqs femmes pour me la pardonner.* Mainte?

nant retournons à Lagaraye.

;iy32^int-An4ré, sjb promenant a cpté de T^f,^eL»gdLraje , lui faisoit part de mon étonxiep^qat et de la difficulté qap je trouyois à f|xfrcmp^opinion s^r li;i : M. de Lagaraye £^prodia'de moi et me dit : Si vous avez lejteiçps de m'écouier un instant , je pourrai peutrêtre Siatisf^ire votre curiosité. Ma- 4j»tn^ deliagaraye se mêle à notre entretienj» ef^]e cpnjure de nous apprendre , avec un p,eu de détail, non l'histoire de ^a vie, znais

ET THEODORE. a43

oeDeckset aehtimens : il y conseiil , nous yentoaroDs tous ; il se plaoe sur un liane de gazon ombragé de quelques arbres , entre madame d'Almane et moi ; tout le reste de la coii^)0ignîe forme un cercle autour de lui; nos en&ns s'arrangent de manière qu'ils puissent le voir en face ; nous gardons tous un profond silenee, et M. de Lagaraye^ dont chaque parole s'est à jamais gravée dans ma mémoire y nous adresse ce discours :

J'ai passé la plus grande partie de ma vie dans le tumulte et la dissipation ; à vingtcinq ans, maître de ma liberté et d'une fortune considérable , ayant reçu l'éducation la plus n^ligée, ne sachant ni m'occuper , ni me suffire à moi-même , je cherchai le bonheur dans des choses qui m'étoient étrangères 9 dans des amusemens yains et frivoles; mon cœur demeura froid » ou^ pour mieux dire» sa sensibilité naturelle fut bientôt étouffée par le genre de vie auquel je me livrois; mais ma tête s'échauffa^ et je m'é-* garai davantage ; je voulois être heureux :

n'ayant nulle idée d'un bonheur pur et tranquîlle^le seul durable et solide; je méconnus

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les avanuges' qné: je possi^dois pour en cherchor de efaiiiiërn{iie& Me^ yeut; txim-* mencèrem à* s'ooyirir ; lalse^. d^goùlé de tout ^ n'ayant joui de^rienv OGfioiioincQtk satiété, sans>a^r iixânie^ëprdtt^ë:^«|ttraiis^ pori9 tumuhueus quitta' ppécédent ecrdiiiab^ rement , il ne me refluât de tant tcf iUusiôons qu'un souvenir importun et qu'une ineceti* titude cruelle. Je descendît au fond de mon cœur, je l'inter<»dgeai> je te twutaâ 9ensti>l<*^ et je vis enfin que', fovcc goûter le boiiheur, e'étoit lui:^<Hil qu^iifelloit^oniiiUel*. Un nouvel: unité rs parutsedëcouvrlr i mesre^ gards; jusqu'alors maUieunsux ètpersoraied, je passai rapidement d'une' extrémité àd'aù-* tre; aimefr^ ne vivret que pourle» objet» qui dévoient m'étre chers-, tel' fut le plan delà félicité nouveUe que je mepromeubis'./^.*^ J'étois père^y je me livrai toiit entier im

sentiment Ib pliisidôus: et léiplus nature*.. J'aimaiima filie avec passvqii ? alors «nfin je eonnuaile bonheur^maîs j'éprouvaiteit même temps des agitations et des peines donv, jusqu'à ce. moment, je n'avois jairhais eu d'idée... Bès Ifes^^ instîans même où mA^Wlé^

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par ses vertus et sa tendresse y rempUssoit man ame^e la plus douce satisfaction , une afimme pensée (cpioique yaguetet confuse ) oocpcnàpoit itD«ie ma joio;... L'idée qu'une {éèkàté si pure ^pouvoit m'étre ravie ^ qu'un êceiàitàty une maladie, qu'un moment enfin pouviGMt détruire^'et mon bonheur présent

et toutes mes • espérances pour l'avenir , y

cettedéditrameréfleidonm'arrachoîtrâme, et s'offroit surtout à mon imagination dans les momem où >je ine trouvois le plus heureux. Iii, M. de Lagaraye s'arrêta, rema rqjoant sans doute-que madame d'AImane, les yeux fixés sur Adèle , ne pouvoit retenir ses pleurs... Apres un moment de silence , il reprit ainsi son réck : Cependant peu à peu mes^idées se développèrent et s'agrandirent enoore; je désirai le bonheur de tout ce qui m^eiitouroit ; je -connus la bienfaisance :

d^fldM^je n'y trouvai que des charmes>mais bicAltôt l'in^possibilité de la satisfaire et de f^iendre au gré de mes désirs me fit faire, d'amènes réflexions sur le luxe et sur k va-^ nilé, qui dérobent à f humanité gémissante dès secours implorés en vain. J etois dans

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cette situation ^ lorsque révénement le plua aSreux et le plus imprévu, en m'arrachant une partie de mon bonheur, hâta la révola*' tion totale de mes idées. Ma fille , si digm par ses qualités, son esprit et ses charmes ) de la tefidresse passionnée que nous avion!

pour elle , cette fille chérie, aimable et ton chant objetde nos soins etdenosespérances tout à coup, au milieu d'une brillante féti ordonnée pour elle, tombe dans nos bras^ et comme fi^appéede la foudre, expire à Tinstafi sous nos yeux.... Figurez- vons , s'il est possible , Tefiroi , Fépouvante et la consternation que cette horrible catastrophe dut ré* pandre dans ce château....! Nous étion rassemblés autour de l'innocente victime, c nous entendions encore les chants et les cri d'allégresse de la foule éloignée qui céiëbn^ la fête. • .Contraste affreux, qui, faisant pan)i tre cet événement plus extraordinaire, n'oO le rendit encore {^lus frappant et plus térrâjc Revenu de la première stupeur iJU> donne un violent désespoir , je m'abat!

donnai à de nouvelles réflexions : Quoi disois*je , voilà donc où m'a conduit celt<

ET fîIÊObORE. 247

Sensibilité qui m'éioit si chère y et que je eroyois si précieuse! Un instant peut anéan-* tif tout le bonheur qu'elle a formé... ! Mais sans elle la vie n'est qu'une ennuyeuse et froide végétation ; il n'y a de biens réels que ceux que le cœur fait goûter : cependant f s'attacher passionnément à un ohjet^ en faire dépendre tout son bonheur ^ c'est s^exposcr à des chagrins^ à des tourmens dont la seule idée fait frémir. . . U faut aimet> il faut faire le bien ; mais pourquoi réunir toute sa sensihilité sur un ou deui^..êtres fragiles et périssables ? L'amour de l'humanité 9 voilà le sentiment vertueux qui reste au sage : en fortifîani et cfonservant dans son cœur cette passion sublime^ il se pré-* pare des consolations qui lui feront supporter toutes les peines qu'il éprouvera dans ses affections particulières; il gémira de la perte de ses amis ; mais il ne succombera point au désespoir^ il ne se trouvera point xsKÀê sur la terre tant qu'il y reste des infortunés, et qu'il peut les secourir. Quoi I je puis tendre une main protectrice à l'orphelin abandonné ; je puis relever le coii-

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rage abatlu de la vertu qu'un oppiime ; je puis arracher à la misère, au \îce^ à la mort; 4ci cœurs desespérés , saps appui, s^s ressources ; je puis changer d'affreuses destinées en des jours purs et sereiiis^ et la vie me semblçroit un fardeau! et, pouvant remplir une utile et glorieuse carrière, mon çomr, flétri par de vains regrets , consumeroit ddns la tristesse et le découragement les ^restes d'une sensibilité frivole et condanunable.».! O mafUle! tu n'es plus^... ! Je n'entendrai plus ta voix chérie me donner le doux now de père. • . ! Mes yeux neTJouir4mx- plus du charme de te voir...! Je ne le presserai plus contre ce sein... ce sein déchii^ qui reçut ton dernier soupir.««.

Tu m?est ravie pOur toujours... ! Mais mon cœur me reëlé ., je puis être encore heiurçux par lui.... J'enX/endrai des infortunés me bénir , ma main.^suiera leurs pleurs.. ^ en tarira la source..; et je jouirai délicieuse*^

ment de leur reconnoissance et de leur joie.

C'étoit ainsi que mon âme, ranimée par de salutaires réflexipns» sortoit de son engourdissement fatal , et repreuoit sa prenûère

énergie. Ma tête s'échaufiarit peu à peu p reaolkousîasme bientôt se joignit à la raÎ0QD^ aioa. imagination s'enflamma ^ et.)e&rmai ânfia le projet de me dévouer tout entier aux <leyoirs sacrés qui depuis ont partagé ma vie* Pour exécuter le plan que jelméditQÎSy cie n'étoit point assez de renoncer au monde, au luxe, à la vanité; il falloit encore s'oublier soi-même^ se compter pour rien dans l'emploi d'une grande fortune , afin d'en disposer augréde mes nouveaux désirs»

Je voxdois consacrer mes soins, mon étude, mes veilles à l'humanité souffrante , et je voulois être législateur d'une répuUique heureuse formée par mes bienfaits. Enor-^ fiueilii d'un projet si nouveau, jejû6 fiis pas d'abord insensible à la gloire qu'il me pré* sentoit, je crus faire de grands sacrifices ; et peut-être un peu d'orgueil^ se mêlant à mon enthousiasme^ m'affermit dans mes résolutions. Sûr du cceur de madame de Lagaraye, connoissant^ vertu etsa passion pour tout ce qui en porte l'empreinte , je Ibi fis part de mes idées, et son âme forte et sensible répondit à la mienne avec trans.*

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port. D'abord Tun et l'aulref , nous parlons pour Montpellier^ après avoir écrit à notre famille et à nos amis pour les instruire de notre irrévocable résoluticm. Le resle vous est connu , continua M« de Lagaraye ; je n'ai plus à vous apprendre à présent que la âtuation actuelle de son esprit et dé moii cœur«

Les projets que j'ai eiécutés m^'oflroiént, dans la spéculation ^ des sacriâces rigdu-< reuz et pénibles, et sails doute cet or-»

gueil dont je vous ai parlé ne m'étoît pas inutile pour m'en faire supporter ridée; je ne crains point de l'avouer, je me ptomettois plus de gloifé que de bonhetir : il est daos le bicjn une source intarissable et pure de félicité, que la seule imagination ne pourra jamais se représenter ; insensiblef^ ment je l'éprouvai ; profondément occupé des soins relatifs à l'agriculture, de mes manufactures, de mes habitans, de mes malades^ tous ces objets m'attachèrent avec passion^ et remplirent uniquement mon cœur , j'oubliai le monde et l'ambition frivole d'en être admiré j je tournai mes re-

garda Ters ce juge suprême , qui seul sak apprécier les actions des hommes; fosai croire qu'une partie de celles de ma Tie étott un hommage digne de lui. Cette pen^ sée^ arraciiârrt^ pour ainsi dire^ mon esprit de la terre> me reùdit insensible aux amorces trompeuses d'une inquiète vanitc^; et je connus que la religion seule pou voit me donner le courage de persévérer avec joie dans l'entreprise que j'avois formée. Com*ment vous dépeindre le bonheur ^ presque sans mâange^ dont je jouis depuis dix ans !

Je ne pourrai jamais vous en donner qu'une impar&ile idée; jugez-en^ s'il est possible , par l'énumération de tout ce que j'ai fait.

Je vais commencer pas les manufactures ; il ne fiiut pas plus de trois ans pour appren* dre quelque métier que ce pmsse être ; j'ai déjà vu près de quatre fois les ouvriers de mes manufectures se renouveler; il y a en tout cent ouvriers d-employés ; en triplant seulement ce nombre, vous aurez celui de tiôis cents. Les ouvragés des manufactures, ou . s'emploient au service de mes hôpi** taux oii se vendent à mon profit^ ce qui se

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joint à la niasse de. mes revenus; j^ai em«- 'Pky^î soiià l'agrîc^ture de terres^qmm'^^nt prodîgieûâemem paqpporlé, soit en bâtimeas»

-eaTiroiiideuix'oeoQitquiEitpe-vingis iowfn^; foignes'ioe pûobi» ii celui de trim. cepts^ ^008 .auras ^icmiq oeM qiiaire«-YÛig(a > «ipil* tezrj a peu près soixante peiaonfiea re* çues et établies à Lagaraye depuis: onae ans ; les inténdans, ^rdes et tloiliQaiâqiies -de mes hôpitaux ^ montent à soiaKante-dii:

.personnes;*fâi le oompte exact de «tons ks malades qaà ae sfmt -renouvelés )«[si{u'à ce ;}our; il y en a eu à peu près neuf nûllfii en 490mptant ceux d'un iiôpkal^Kîur l'imiour Jation dont je ne vous ai ipoint parlé, .et ;qm est à un quact de lieue d'ici« Toius ee3 nombres réunis forment en tout odui dé

neuf millesèpt cent dix. Dans les commeUr cemens de mies établissemens , )'ai eu de •très-HTortes dépenses à faire ; mais la;vante totale de tous nos meubles, iatTgenterie, dii^ tnanS| bijoca, garde-^robe, etc., nous a fourni l'argent nécessaire peur tous les frais {et depuis dix ans j'ai su augmenter mes. revenus de plus d'un tiers. J'aiimir

quante-'Mpt ansi, je puis espérer de virre encore dixan^ etalors il faudcxnt prescjne dèabler le eâfçulquè' je viens 'de Ëofie y et qoi est fort loin de Texagéraition ; sii je pir<-t tîfinr jasqofàl'Age de soixante^«»sept ans, il aeitâ ibiplë. Que cette idée me rend la vie pnkâeiise etdière ! J'ai multiplié les Hens ({oin/y attachent, je n'envisage qu'avec at« tm^drissement l'instant fatal où tant d'hommes: perdront cfn moilenr unique appui. Je doi» rendrecompte à mes héritiers du bien que j^itt ite^' de -mes pères ; je ne puis dis** ptiser que de Vaugmeuuàtion que }'^*fidte dan» maifbrtune , et dlfe:nf est pas assez oonaidénkhfi pour soutenir après moi les^ établisBÂncsi^que j'ai formés: d'ailleurs, re« mettre des^Uôpniis.enine le^ mains^^ de ^cfns incéreasescy. c^est sauvebk moins travailler pau^ les psfKvrea qov pomtjle» ac&iiaistra* leœ*s* Totdàdae simplement „pap:min] tesr tamem^ que tous: les: mafiâdes étaiaiis dans lés> hèpttaiHx; sm? jour dé ^a mort, scôent soignée jusqu'à Icnirgaérisén, et quVïn leur distribue une oertfrine^ommie d'argent; j^a^' jtmte, à l'égard dès-buvriers des mairafiiijÇ*

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tures^ qu'on leur laisse finir leur apprentis** sage ; j'assure le sort de quelques personnes qui m'ont bien servie et j'abandcmne le reste à la Providence.

Je n'ai plus à vous entretenir maintenant que de quelques détails sur mes faabitans :

en leur procurant l'aisance et le bonheur 9 j'exige d'eux l'amour du travail, de l'ordre et delà paix; j'accommode les différens qui surviennent dans toute société nombreuse , ex mes décisions ont toujours été respectées et suivies. Je réprime sévèrement toute es-^ pèce de désordre , et je ne tolère jamais l'oisiveté ; je veux même que les amusemens soient actifs et laborieux. U y a dans La«^ garaye des marchands de vin et quelques auberges , mais il n'y a pœnt de cabarets, c'esti-à-rdire , de nïaisons ouvert^ à la pa** resse et à llntenipérai|ce i on reçoit, on loge les étrangers ,. maîsilèft assemblées sont rigoureusement défendues ; et celiii qui en« fr^indrok cette loi, en. recevant chez, lui des habitans,, en leur vendant du vin , seroit chassé pour toujours. Les dimanches et fêtes, la jeunesse s'amuse à div'ers jeux , tels que le

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battoir^ la fronde^ le mail^^ ctc.^ mais sous la. condition expresse de ne point jouer d'ar-r gept; je me charge de fournir du vin ^ du cidriej et, souvent place parmi les vieillards itors^ d'étal de participer à ces jeux, j'en suis témoin et j'en jouis. Tirer de Tare est encore un exercice que j'ai mis à la mode, et tous les ans je donne un prix pour le plus adroit, U y ^ dans le village deux grandes places publiques destinées à cet usage y on y trouve des bancs ombragés d'arbres , et disposés en amphithéâtre pour les spectateurs ; les vieillards occupent le pre^iier rang ; les fe^lm|es , les jei^nes filles et les en^ns sont placés derrière.

. jFai proscrit les danses et les ménétriers, et cette sévérité, qui paroit peut-être outrée y a bjBaucoup contribué a la pureté des moeurs, que je vonlois surtout perfectionner.Xiea hommes vivent séparés des fOOies^ leurs amusemens ne les rapprochent pointy et jamais une indécente familiarité ne peut s'introdtdre entre eux;quelquefois les jeunes filles dansent pu rond au son de leurs voix, elles chantent des romances , elles sont ter

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moins des jeux publics, yoilà leur plaisir; et y n'jen cçomoissXnt point d'autres , elies n'imaginent pas> iju'il' eu puisse exister de plus piqusœs. J'ai eu beaucoup de peine a amener les choses à ce point d'innocence et de simplicité : il falloit réformer les mceurs depaysaas grossiers, abrutis par la paresse, k misère et la débauehe ; à force de patience, de fermeté, d'exhortatiotis et de -bien&it» , ye parrcnois insensiblement à mou im , lorsque madame de Lagaraye imagina un moyen-plus prompt et plus efficace , celui de Fémuiation, qui n'est autre chose que le desîr de se distinguer , sentiment qui se trouve dans tous les cceurs, dans «(ràtes- les conditions, et qui , conduiaanoàla vertti, y peut qu/elquefois suppléer. Madame deLagangiye, persuadée avec raiseoi,.que les moeivrs seront. toujoii^rs pores IpEtipie Hiimoa .régnera din» k» familles, n^'pr^poMy îiji a'sixou sept ans, de::foiidtr vtx prix ^uarle^iBonnes mines et lestAofz^ pèiW de fhmiUe^ : c'estune femme qui mé-

^ On a prîr cette: iSée^ de la (êit si ntîle et si respectable àiss bonnes Grensy de Canon.

rita le premier pru^ qui consiste en une médaille d'argent et 3oo livres une fois payées; l'anoée jd'ensoite un homme le reçut ^ et toujours alternativement : cette cérémonie se fait avec beaucoup de pompe et (PappareS; et voiis ne sauriez imaginer , continua - M* dfe Lagaraye , quelle révolution subite et miraculeuse cet établissement produisit dans les mœurs. De cet instant ^ les cabarets ae furent plus regrettés ^ les maris et les femmes devinrent assidus à leurs ménages^ ils s'occupèrent de leurs enfans , s'y attachèrent «vec pas^on, s'appliquèrent à leur donner de bons exemples ^ se réformèrent eux-mêmes en les instruisant , s^en firent respecter jet chérir ; et, en formant une gé^ nécation v^ertueuse , en remplissant les devoirs les plus sacrés et les plus doux y ils trouvèrent enfin le bonheur chez eux.

. (7est ainsi, mon cher vicoiute, que M. de Lagaràye nous ouvroit son ame enivrée de l'amour du bien. J'avoîs encore quelques questions à bû faire : Sans doute, lui dis^je, vofrè sensibilité , votre bienfaisance, vous pnocarent une félicité qui rend Votre sort II. 11*

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digne d'envie ; mai» enfin elle ne peut éin?

sans mélange^ chaque état a ses peines : par exemple , dans le devoir auquel vonavou»

consacrez particulièrement de soigner des malades^ le spectacle douloureux de leurs souffrances ou de leur mort doit vous faire éprouver de oruel» déchiremens ? Voila , en effet , reprit M. de Lagaraye , les seules peines de ma vie; cependant elles ne sont pas aussi vives que vous vous le figurez ; Tespoir de les guérir ou de soulager leurs souffrances m'occupe et me soutient; une piété contemplative déchire l'âme ; mais^ lorsqu'elle est active et qu'on se flatte d'être utile , c'est un sentiment qui redouble la force et ranime le courage. Je tâche , autant qu'il est possible , de leur adouci^ les horreurs delà mort; je proscris tout ce lugubre appareil qui la précède ordinairement ; jamais ma bouche^ à moins d'une absolue nécessité ^ ne leur en prononce l'arrêt fatal:

sans qu'ils soient en danger^ je les engagea remplir tous les devoirs de la religion ; mais je n'ai point la barbarie de jeter l'effroi , la consternation dans des cœurs foibles que

ET TîîEOnORE. aSg

je rempHrois d'amertume ; je les entreliens de Dieu, de sa bonté ^ de sa puissance ; )e les dispose à l'aimer et non à le craindre ; je ne leur ofire que des idées douces et consolantes ; et du moins l'espoir, la paix et la sécurité les suivent au tombeau. Comment se persuader qu'un homme sans éducation , sauf philosophie, énervé par les souffrances, puisse entendr^e patiemment les dures eihortations d'un prêtre qui vient effraya son imagination , et troubler sa conscience ! Conoment croire qu^il supportera sans terreur et sans désespoir ces funestes apprêts de la mort , ces cierges lugubres dont son lit est entouré, et ces prières de l'agonie qui retentissent à ses oreilles ^! Sa tête s'égare,

* Tontes ces choses se pratiquent encore dans tous \€S villages et la plupart des villes de province ; ces coutumes ( qui , dans aucun temps , n'ont été regardées comme indispensables) sont -maintenant abolies dans la plus grande partie des convens : ainsi il :m'ëtoit permis de les condamner ; cependant, quelques personnes ayant troQ'vé que, dans le» deux premières éditions d'Adèle et Théodore , je m'ëlevois contre cet

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son cœur succombe wax noires idées en&n* tées^par la crainte; on empoisonne ses derniers mbmens ^ on les rend affreux et terri* blés y que dîsf-je ? on les avance. Est-il possible ^qu'ube religion , dont la morale est aussi douce qu'elle est pure et subixiQO , puisse inspirer un déUriâ et Une cruauté si absurdes l.*. Mais^ poursuivit M. dé Lagaraye y pour achever de répondre à votre question ^ vous devez comprendre ^ par ce que je viens de dire, que le spectaete-de la mort est ici moins frappant et moins terrible que dans tout autre ;Heu , et que par conséquent j'en dois être moins ému et moins touché que vous ne l'imaginea : d'ailleurs 9 ina sensibilité pow tous c^ êtres malheureux et souffrans est vague , universfllle , et èomprénd la masse entière ; liul

usageaveclrap de vÎTacUé j fa& sapprioiné Ja note où j'en {uuplois:; H je ma coateaterai de répéter âci que }e oroîsqtt'on ne 8 oit dire tout haut les •^iëres éés agoaisahs à un niakide que lorsqu'il 4es dë»f 6 et les deaciâBde; Jt/est ce que j'avois dit «daiM • d'autres itermes y et e'jést t:«.'jqui se pratique pFésentemeat. ^/. .; .'^.. >. » •

ET THEODORE. a6i

choix , nulle préférence ne m'attache a l'un plus qu'à l'autre ; je les aime ^ je les soigne , parce qu'ils soufirent ^ et cette même raison me console de leur mort; lorsque j'ai le bonheur d'en sauver un^ et de lui rendre une santé parfaite, cette jouissance me donne mille fois plus de satisfaction que la perte des autres ne peut me causer de douleur. Après cette réponse de ]VI. de Xiaga-* raye^ je ja'avois plus rien à désirer : tous mes doutes éloient éclaircis ; je connoissoi» aussi parfaitement que lui-même ses sentimens et sa situation , et le résultat de cette con* Doissance me conduisit à le juger Thomme le plus étonnant 9 le plus digne d'être ad* mhré, Qt.le plus heureux qui fût sur la terre. Pourquoi faut-il qu'un tel homme, né dans une condition ordinaire, ne puisse donner qu'^n abrégé y et en p^iit , le modèle de toutes les qualités morales et législatives!

Ilauroit fallu qii*un Alexandre, après avoii* ravagé et soumis le monde , l'eût lai6;»é en d'aussi dignes m^ns* Quels l)eaux jows de p^i^ .et <}e ;f4b<ûfé iH>us sefoient transmis par riiistoire ! du moins ils nous présente^

âCa Ât^ËLË

roient l'idée de la perfeclion, et nouslaîsséroient la certitude de sa'réaliié. Mais un qutre état, d'autres circonstances eussent fait peut-être de M. de Ijagaraye un autre homme ; il lui falloit , pour s'élever à ce point de perfection, les événemens qui produisirent en lui cette fotJe d'idées enchaînées les unes aux autres, dont il nous a rendu compte. Quoique son âme soit forte et pas^nnée, il paroit qu'il n'a jamais connu Famour; deségaremens, une extrême dissipation, l'empêchèrent de s'y livrer dans cet âge où les impressions en sont si vives : ce temps passé , d'auires sentimens remplirent son cœur; mais supposons qu'il eût aimé, passionnément sa femme, que cet union n'eût élé troublée par aucun malheur , et que sa fflle vécût encore, il eût été sans • doute un époux tendre et fidèle , un père sensible et vertueux, occupé de sa famille, de sa fortune, de son avancement, cultivant ses amis et la société , un homme estimable et chéri; mais ce n'étoit plus M. de Lagaraye. D'après ces réflexions, faut-il s'étonner que les grands hommes soient si

rares ? Du génie, des vues justes et profondes, un esprit vaste et cultivé, l'accord heureux de toutes les vertus réunies, tout cela ne produit rien de véritablement uûle, sans le concours des circonstances , et le hasard fortuné d'un rang éclatant.

Voilà , mon cher vicomte , le détail que je vous ai promis ; je suis persuadé qu'il laissera de profondes traces dans votre souvenir r'pour moi, je sens bien qu'à jamais Lagaraye sera présent à ma pensée , et que rien de ce ique j'y ai vu ne s'eflfacera de ma mémoÎFe. Nous verrons demain monsieur et madame de Lagaraye dans leur école , instruisant les enfans du village. Je vous écrirai encore vendredi; nous partirons samedi pour Brest, nous y passerons quelques jours, mais je serai sûrement à Paris vers la fin du niois; et, comme ce ne sera que pour bien peu de temps, j'espère, mon cher vicomte , que je vous y trouverai avec toute votre famille , et que vous ne commencerez vos petits voyages qu'après mon départ pour le Languedoc.

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