‹ Adèle et Théodore, ou, Lettres sur l'éducationChapitre 27 sur 43 · LETTRE XXVI · texte numérisé non relu

LETTRE XXVI

Du même au même.

J'ai vu hier et av^nt-hîer monsieur et madame de Lagaraye occupés, d'un devoir qui n'est pas le moins intéressant et le moins uiîfe de ceux qu'ils remplissent; j'ai vu enfin M. de Lagarafye au milieu d'une troupe d'enfans , leur lisant des instructions mO' raies sur les devoirs de TRomme en général ; et sur ceux de leur état en particulier. Ce cours de morale^ qui forme un peut vôlnmQ , est écrit i^vec autant de précision que de dlarté «t de simplicité; il est divisé •par chiqpiires. M. de Lagaraye ^ à e^que séance , n'en lit jamais qu'un chapitre tout au plus , parce qu'il s'arrête trè6-«Mi¥Ènt pour questionner quelques-uns dés auditeurs , qu pour leur expliquer ce qu'il juge au-dessus de leur intelligence. C'est une chose véritahlement touchante que de voir

ET JHEODOilE. M

La bonté ayec laquelle il leur répond et les interroge , et comment il sait descendre jusqu'à eux , en se servant des expressions et des comparaisons qiû leur sont familières , afin de s'en faire mieux entendre : aussi tous ces enfans Técoulent avec une aUention dont rien ne peut les distraire. Monsieur e;; madame de Lagaraye m'oot donné chacun un exemplaire de leur ouvrage , l'un pour les garçons^ et Fautre pour les jeunes filles : j'ai passé une nuit à lire ces deux petits voulûmes ; on y trouve de la vérité , et un ton de sentiment qui attache ; et cet ouvrage , qui^ dans son extrême simplicité , me par oit aussi intéressant qu utile ^ est d'auiant plus estiniable^ qu'il n'est fait que pour une classe obscure y oubliée, ou dédaignée jusqu'ici par to^&les écrivains." Les en&ns no sont admis à l'école de M. de Lagaraye qu'à 1 âge de onze ou douze ans jusqu'à quinze; et avant ce temps^ le curé leur apprendre catécbisnïe : ainsi , l'école se renouvelle tous les trc^s ansj etjes disciples de douze rem« placent '.ceui; de/quiûze. M. de Lagaraye leur Ut s(9i ouvrage pendant les six pre-

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tiiiers mois ; à cette lecture succède celle de l'Évangile, qui dure dix^huit mois; ensuite on reprend l'ouvrage de monsieur de Lagaraye , et madame de Lagaraye ^ de son tàié j avec les jeunes filles , suit exactement la même marche. J'ai été curieux de savoir 61 dans ce grand làombre d'enfatis , dépuis douze ans , M. Ae Lagaraye nWoit pas trouvé quelque sujet distingué. J'en ai vu |)lusieurs; m'a-t-il répondu, qui aimonçoient dé l'esprit et de l'intelligence; mais, décidé à les laisser tous dans leu^ état , à moins d'une supériorité marquée , je n'en tii trouvé que deux qui fussent dans ce cas.

Comme il y a beaucoup d'hommes auxquels ta simplicité de mon école coQviendroient infiniment mieux que celle où l'on apprend à sentir les beautés d^omèreet de Virgile, 'de même les deux jeunes jgieâs dont je vous parle étoient v^rilablement déplacësi pàmi leurs compagnons^ et je leur ai procuré une éducation plus distinguée. L'un , né avec un çénîe singulier pour lés niathématiqQeÀ, est devenu un grtod gébmèt^e / ^ s'iôst fixé dans les pays étrangens j l'autre; , homme

Porpilire > fils d'un laboureur des environs , fut un de mes premiers dlsciplesj la douceur et la sensibilité de cet enfant m'y attachèrent, et bientôt je découvris en lui une mémoire étonnante et une intelligepçe qui me surprirent ; je lui donnai quelques soins particuliers; il en profita si bien^ qujç je me déterminai à renvoyé^* à Paris faire ses éfMr des; il a vingt^deux ans maintenapt; j'ai pour lui kl tendresse d'un père , et il la mérite par la sagesse de sa conduite , ses vertus et sa fecpnnoissance : d'ailleurs , il a autant d'esprit que d'instruction ; il aime la poési^ et, en général^ les lettres ayec pasi^ipi^j je suis $|ur qu'il les ciiltiyera un jour avec succès. Vous imaginez bien, mon cher yicomte, que j'ai demandé avec empressement l'a^ dresse 4^ ce jeune homme, qui pa^ tou$ les hivers à Paris; je le verrai çjif^çn^ent en retpurniEint ealliangue^oç , car je yeijf poiioottF^ l'élève et le disciple c\\éf\ de TjC^* de Lagaraye.

Nouq Ppi*ipQs 4^^ f^^^ l^Ç^>*i^i P!^ ^9^^ a]lonç coucher à ^^^ ; nos fn^m $on( au

désespoir de quitter Lagaraye. Mon fils jn^

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témoignant ce matin son chagrin à ce sujet:

c( Conservez , lui ai-je dit , celle admiraï) tion qui vous honore , nWbliez "jamais » ce grand homme j et , en vous rappelant » i sa vertu sublime , songez bien que la re- >y *Kgron et la piétë peuvent seules conduire W* ce parfait oubli de soi-même : un noble »' orgueil, l'amotir de la gloire, produiront ii souvent de grandes choses ; la bienfaity> sance et la pitié feront faire de bonnes I» actions; mais jamais les passions et des » motifs humains n'élèveront à ce degré «^^ d'héroïsme et de perfection. Il est dans » U%lfture d'exposer sa vie pour sauver D celle de son semblable ; il est au-dessus )) de l'humanité de se dévouer pour jamais î> aux devoirs que s'est imposés M. de Lar » giai^ye. L'homme est né bon, son pre- M miér mouvement est toujours généreux^ >i mais aussi la réflexion le refroidit, lé y^ change et le retid personnel ; il est in- » conséquent , parce qu'il n'est qu'un être ï^'unparfait et borné, et c'est la religion » seule (Jtii lui peut donner le goût cons^ )!^ tant d^ la vertu et là persévérance Mt»

ET THEODORE. a^

t) le bien. Enfin,, mon fils, si vous enten- ) dez jamais parler légèrement de celle re- ') ligion si sainte , rappelez-vous M. de La- >> garaye et tout ce que vous avez vu ici. »

Nousavons tous dînéchezM.deLagaraye, n, en prenant congé de lui, Adèle et Théo- :lore n'ont pu retenir leurs larmes ; pour moi, je vous avoue que je le quitte avec un intiment de regret que je ne puis çiyprimer; |e m'éloigne avec peine de ce séjour heu^^ reu:s,oii le génie bien faisant d'un seul homme I fait renaître l'âge d'or, où l'on trouve à [chaque pas l'empreinte de la bonté, delà irertuetrimage de l'innocence et de la paix.

Je ne saurois vous dire à quel point je, me suis senti ému, lorsqu en embrassant M. de Lagaraye, j'ai pensé que vraisemblablement je ne le reverrois jamais ; l'admiration qu'il inspire a quelque chose de tendre; c'est qu'il sst bon , indulgent , sensible , qu'il est sans 3rgueil , comme sans préjugés , et que sa venu touche encore plus qu'elle n'éblouit, 4dieu, mon cher vicomte, mes compagnons de voyage m'attendent pour partir, adieu.

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LETTRE XXVIL

Ija Baronne à la Ficorhte&se.

* Oui sans doute , ma ctiere djme , je rac fètrouve en Languedoc avec plaisir ; f âî éié charmée de revoir madame de Valmont ; â m'est doux de mè promener dans inon jparc entre Adèle et niadame d^Ostaîis ; ïnais Cependant 'mon cœur n'est point pleinement satisfait, je ne sù^ point /'âr- Jaitement heureuse , et je le seroîs encore tnoins ^ si je crôydis que vous ayez pu vous persuader tiii moment tout ce que vous me dites là-dessus. Je ne suis pas sujette à l'humeur ; mais j Woue que votre lettre m'en a donné : ainsi , vous n'aurez pour celte fois aucun des détails que vous avez la politesse de me demander ; vous saurez seulement que nous sommes tous en parfaite santé 9 qu'Adèle a pleuré de joie , en apercevant les tours du château ; qu'elle a dit que l^

jrai bonheur n^étoit qu^ici ou à La^ ^araye.^ que madame d'Oslalis s'est levée ivcc le jour pour dessiner le paysage qu'elle lécouvre de sa fenêtre ; que Théodore , mpatient de rçvoir toutes ses anciennes )romenades , a, ce matin j fait plus de troi^ ieues à pied avec Dainvillcj que miss Brid- (et a laisse le spleen à Paris , et qu'enfin e suis ^très-^érieuseixient fuchae coatre vMw. Adîeu ^ ma chère amie ; si ¥Ous déîli0iE pkis de détails ^ «criveK-iûoî iiae Petite 4MS96K «lètMibte .pour fne fak*e oublier »€Me <pie }e vieie^ de i^ecevoir.

H'jti ADELE

LETTRE XVIIL

Réponse de • la F^icomtesse.

Non, vous ne connoîssez pas tous les droits de ^amitié ; elle a même celui d'être injuste quelquefois , et c'est alors qu'elle prouve le mieux sa vivacité : eh ! si elle étoit toujours raisonnable, seroit-elle une passion ? Elle est bien froide quand elle

îi'a jamais tort Ma lettre, dites-vous ,

vous a donné de V humeur $ vous vous vantez, ma chère amie : depuis que je vous aîme , depuis tant d'années , je n'ai point encore pu parvenir à exciter en vous un mouvement de dépit ou d'humeur; ne prenez point ceci pour un éloge, ce n'est qu'un reproche très- sérieux et très- fondé ; car , lorsqu'on est véritablement sensible, on ne peut conserver, dans tous les momens de sa vie , cette égalité et cette supériorité de raison qu'on doit admirer sans doute en vous.

mais dont Famitië cependant a souvent le droit d'être blesséer Au reste, si j'ai des caprices^ je suis assez malheureuse pour que vous m'accordiez toute votre indulgence r vous vous éloignez encore de moi ; et que me restè-t-il quand je vous perds...? Vous savez tous les chagrins que me donne ma fille , et ceux que me cause M. de Limours; je ne vous ai plus pour les partager , et je les sens plus vivement* Ma petite Constance me reste , mais elle est encore si enfant...! A jprcqpos d'elle^ j'ai pinceurs questions à vous faire ; je vous prie de me dire quels sont les livres d'heures que vous donnez à Adcle^etlenom du confesseur qu'elle avoit àParis^ je suismécontenle deeelui deG>ns-* Umce > et je veux le changer. Mandez-moi donc aussi de qiieUe manière vous préparez Adèle à faire sa prenûère communion. Vous m'avez si bien fait sentir à quel point il est important de donner aux en fans une piété véritable , que c^est maintenant le soin qui m'occupe le plus. J'envoie Constance à la messe régulièrement tous les jours ^ et elle suit avec exactitude tous les offices des di-

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manches et (êtes; enfin elle se confesse tous les trois mois , et passe le ieàrénàe entier en retraite.^ c'est-à-^re > safts ^î»er à table ^ avec nous quand neus avons tia lùonde , et sans venir dans maciiambrèà l'beuredes visites. A<ËeH> ma dbère amie; Je vaii passer deux joufs à la campagne bheztifve femme bien appiiêtée^ bien froide^ biem ^xactBnwHi polie <^ez 'oUe et bien èédâ^oeu^ |fàrr tout aiHeiA>5î, »qai »i oit xfk^n ftè ^çfu^t ft?vôir jSii un 1}OH tan ^ m 4é se»^ )coMiHliuâ\ l<>ya^ 4uWi&'apas'Fava»t!agê^éCHe'À<kn^âM& sa sd€tété<pèirt9e«l!Îère'; «nfin ùlb^îftÉliiiÉe aftisèi énHQyeèse ^ipie sèefae » ^VMf^è'el ^énig!^tuMe ; jé crois qu'il iisti»iMAê dëW>^ k iièii^tâery ^)ep6i^kîc Yifos^ fefliVêK»^tlè4l^ aisément.

Afin de Bhir 'ccff fe ^rfe > î! fatft que je VOUS dise un noot nie Ptf t^îfie ; je vous remercie de me Pavoir fait «ortnoître ; il est réellement afussi aimable qû intéressant ^ et di^e , à tons égards , dé la tendresse de M. liagafraye. Il îpasse sa vie chez madame de M,.., qui a tant d'esprit et voit tant de gens de lettres : Porphire m*en a fait un éloge si charmant ^ qu'il m'a donné le dcsîr

d'aller chez elle : d'ailleurs , je m'ennuie , f ai envie d'avoir de l'esprit aussi ^ j'en trouverai là ; je vois toujours qu'on en prend quand on veut ^ et je suis justement dans l'âge où cette fantaisie vient communément aux femmes : ainsi , attendez- vous à me trouver , à votre retour , bel-esprit , et peutêtre auteur. Adieu , ma chère amie ; quelque forme que je puisse prendre, mon cœur sera toujours le même {X)Ur vous.

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